HomeIndependent scenes in Germany: getting off the beaten track and the example of the Freie Szene

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Independent scenes in Germany: getting off the beaten track and the example of the Freie Szene

Les scènes indépendantes en Allemagne : sortir des sentiers battus à travers l’exemple de la Freie Szene

Allemagne d'aujourd'hui journal

Revue « Allemagne d'aujourd'hui »

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Published on Tuesday, March 23, 2021 by João Fernandes

Summary

En sociologie de la culture, le terme de « scène » fut introduit par Andy Bennett et puise son origine dans le milieu du théâtre. Il renvoie à une acception plus fluide que celle de « subculture » ou de « néo-tribus ». On pourrait le définir ici comme un regroupement d’acteurs, de distributeurs et d’un public autour d’un champ culturel particulier, où les activités informelles et formelles se mêlent, où le rôle des publics, des producteurs et des interprètes sont enlacés (Cohen, 1999). Ce numéro se déclinera en trois axes de réflexion : cartographie des scènes en Allemagne ; stratégies de pérennisation des scènes et revendication des Freie Räume ; la réaction des scènes indépendantes à la pandémie.

Announcement

Argumentaire

Fermeture des théâtres, des clubs, des expositions, des cinémas et des salles de concert, annulation des spectacles, désertification de l’espace urbain : les répercussions de la pandémie sur le secteur de la culture ont fait prendre conscience de la menace qui pèse sur la survie des scènes artistiques indépendantes. Si des aides ont été déployées dans les Länder pour voler au secours d’un secteur touché de plein fouet par la crise sanitaire - comme le Sofort-Hilfe-Paket de 30 millions d’euros débloqués par le Sénat de Berlin - de nombreux artistes, employés en CDD dans le secteur de la culture ou mini-jobbers - se sont subitement retrouvés sans emploi, précarisés. Si la culture institutionnelle a paru davantage protégée en temps de pandémie par le recours généralisé au chômage partiel, les scènes indépendantes - compagnies de théâtre et de danse, scènes musicales, organisateurs de festivals, scènes techno) sont apparues beaucoup plus exposées. L’aide d’urgence de 5000 euros allouée à Berlin aux artistes indépendants, plasticiens, DJs, danseurs, comédiens etc. montre combien la question de la subsistance de la scène artistique est cruciale pour l’avenir de la ville. Elle n’a pas échappé au Kultursenator Klaus Lederer : c’est en partie grâce au Hauptstadtkulturfonds, le fond d’aide alloué à la culture par le Land de Berlin, que les scènes ont pu en partie survivre. Il en va du modèle économique de Berlin dont l’attractivité réside principalement dans la richesse et le dynamisme des scènes qui font sa réputation. Mais cette prise en compte des spécificités de la « scène indépendante » (en allemand Freie Szene) est assez nouvelle. Pendant longtemps, le Sénat de Berlin éprouva une certaine difficulté à assurer son soutien dans la durée, car cette « scène indépendante » ou « scène off » n'était pas encore un concept bien établi dans le paysage culturel. Si Berlin a eu la primauté de la presse eu égard à l’importance et la visibilité de son économie reposant sur la culture, les autres villes allemandes à l’instar de Munich, Francfort ou Leipzig n’ont pas été en reste.

Apparue dans les années 1990, la notion de « scène » appliquée notamment à l’étude des musiques populaires visait alors à proposer une alternative au concept de contre-culture, politiquement très marqué, ou de subculture. Le terme de scène est envisagé dans ce dossier dans son acception ouverte, comme « une manifestation large de l’urbanité, comme partie intégrale de la théâtralité de la vie urbaine » (Straw,  2014). Les scènes sont en effet bien plus que des agréments culturels. Elles composent étroitement le maillage urbain et façonnent les villes à tel point qu’en Allemagne, elles ont donné leur nom à ces quartiers qualifiés d’alternatifs et de plus en plus gentrifiés - les très prisés Szeneviertel - dont la traduction française de « quartier en vogue » restitue mal le sens originel. Le terme, qui fait référence à ces quartiers où se concentrent les scènes artistiques, désigne en réalité des sociotopes urbains multiculturels qui disposent d’une offre artistique et nocturne riche, des quartiers attractifs pour les artistes et la communauté LGBT, concentrant une population plutôt jeune et étudiante. « La notion de scène offre des perspectives probantes d’analyses sociologiques de l’art en permettant d’articuler à la fois le local et le global, l’artistique et le social, le culturel et le politique » (Kaiser, 2014). Si l’art y est souvent présent, il n’en constitue pas nécessairement l’alpha et l’oméga.

Manier la scène comme outil d’analyse implique d’étudier les conditions de production et de réception de l’objet culturel au sens large du terme. En 2018, dans son rapport annuel, la Club Commission - fédération des clubs de Berlin et des organisateurs d’événements liés à la musique électronique - rappelle que la scène, appliquée au champ des subcultures techno, dessine une communauté composée de trois volets : les producteurs et organisateurs d’événements, les artistes et, pour finir, le public. La scène techno en l'occurrence a pour spécificité d’être produite par les acteurs de la scène et pour les acteurs de la scène. Elle se situe à l’écart des systèmes de production et des circuits de distribution dominés par les majors de l’industrie musicale. La scène, en tant que marqueur de distinction sociale, est aussi étroitement liée à la notion d’ « authenticité subculturelle » et d’exclusivité. Les clubs veillent à constituer un espace sûr pour leur public et à garantir cette authenticité en obligeant le public à mobiliser un « capital subculturel » (Thornton, 1995).

En sociologie de la culture, le terme de « scène » fut introduit par Andy Bennett et puise son origine dans le milieu du théâtre. Il renvoie à une acception plus fluide que celle de « subculture » ou de « néo-tribus ». On pourrait le définir ici comme un regroupement d’acteurs, de distributeurs et d’un public autour d’un champ culturel particulier, où les activités informelles et formelles se mêlent, où le rôle des publics, des producteurs et des interprètes sont enlacés (Cohen, 1999). Plutôt que d’enfermer les manifestations culturelles dans des identités fixes, ce terme fait appel à la prise en compte de différentes échelles : locale, régionale, globale, glocale.  Reposant sur l’articulation d’une industrie propre et de supports de production et de diffusion propres ainsi que d’une communauté de fans, la scène - dans le champ musical - fait ressortir des dynamiques à la fois locales et globales, elle structure l’espace urbain et interroge sur la relation à cet espace.

Si la pandémie a aggravé le problème de la préservation de ces espaces culturels en marge, de ces contre-espaces voire de ces « espaces autres » au sens de Foucault, la lutte des scènes indépendantes pour faire valoir le droit à l’espace urbain n’est pas nouvelle. Beaucoup de squats historiques[1] comme le Tacheles, ont fermé depuis les années 1990 au profit d’investissements immobiliers. Pourtant ces scènes restent peu connues, tant elles résistent à l’idée de la tentation qui consisterait à faire d’elles autant de zoos et d’attractions touristique. Les scènes indépendantes font sortir l’Allemagne des sentiers battus, elles contribuent à la vitalité culturelle et économique du pays. A elle seule, la scène des clubs berlinois rapporta en 2018 presque 1,5 milliard d’euros de recettes indirectes à la ville[2]. Mais plus généralement, les scènes marquent et continuent à marquer l’identité culturelle et musicale des villes allemandes. De la Rote Flora et de la scène rock de Hambourg à la scène punk puis électro-pop à Dusseldorf en passant par la scène minimale techno de Cologne, une multitude de scènes musicales ont vu le jour depuis les années 60 jusqu’aux années 2000 et dessiné un paysage musical différent selon les villes et les Länder.

Les scènes ne s’arrêtent pas non plus au champ musical. Elles se déclinent dans une grande variété de champs culturels dont témoigne la création en 2012 de la « coalition de la scène libre » (Koalition der Freien Szene). Cette dernière se présente comme une alliance de différentes fédérations d’artistes indépendants, des acteurs de théâtre (Landesverband Freie Darstellende Künste) aux danseurs (Tanzraum), des artistes plasticiens aux auteurs littéraires indépendants (Netzwerk Frei Literaturszene) en passant par les créateurs musicaux (Dach-Musik). Cette initiative visant à unir les forces de la scène libre fait valoir les intérêts divers de ces scènes indépendantes. Elle œuvre en faveur d’une nouvelle politique culturelle.

Axes de réflexion

Les contributions s’appuieront sur l’apport des cultural studies et pourront se décliner en trois axes de réflexion :

  • Cartographie des scènes en Allemagne

La scène comme terrain d’analyse révèle la ville en tant qu’espace culturel. Comment borner géographiquement une scène ? Saisir les contours de ces scènes indépendantes sans en limiter le cadre à Berlin, en esquisser une cartographie visant à saisir les dynamiques locales et régionales fera l’objet de ce numéro. Quels domaines le terme de « scène » recouvre-t-il ? Où commencent et où finissent-elles au plan local ?  Dans quelle mesure les scènes indépendantes marquent-elles le paysage culturel et urbain de l’Allemagne ? Quels sont leurs modes de production et de diffusion propres et quels sont leurs publics ?

  • Stratégies de pérennisation des scènes et revendication des Freie Räume

Les scènes ont une inscription dans le temps et dans l’espace. Comment une scène se maintient-elle sur un territoire ? Quelles sont les stratégies d’alliance avec les autorités et les acteurs locaux pour conserver son identité et se stabiliser dans les temps ? Quelle est leur stratégie discursive culturelle et économique ? Quels liens entretiennent-elles avec les institutions culturelles et les autorités ? Il faudra étudier ici l’interférence et le rôle des politiques culturelles locales, régionales et nationales dans la formation spécifique de ces scènes.

Dans quelle mesure les scènes instaurent-elles un dialogue avec l’espace urbain et peuvent-elles être envisagées comme un vecteur de revendication des territoires urbains, des « freie Räume » ? Comment s’opèrent les luttes urbaines pour préserver ces espaces autres ?

  •  La réaction des scènes indépendantes à la pandémie

Quel est l’impact de la crise sanitaire sur les scènes indépendantes ? Comment les scènes se sont-elles organisées pour lutter contre les répercussions du COVID sur la Freie Szene? En quoi le maintien des scènes indépendantes, dans le contexte de sortie de crise sanitaire, représente-t-il un enjeu crucial pour l’Allemagne et plus particulièrement pour Berlin ? Quels plans d’action ont été mis en place ?

Modalités pratiques d'envoi de propositions

Les propositions devront parvenir à Jean-Louis Georget (jean-louis.georget@institutfrancais.de) ou guillaume Robin (guillaumerobin.paris@gmail.com). Les textes, rédigés de préférence en français (ils peuvent l’être exceptionnellement en allemand ou en anglais), seront d’une longueur d’environ 40000 signes. La remise des articles est prévue

  • pour le 2 janvier 2022 pour les textes en français et

  • pour le 15 décembre s’ils sont rédigés en allemand ou en anglais pour être traduits.

Coordinateurs du numéro

  • Jean Louis Georget (Sorbonne Nouvelle-EHESS)
  • Guillaume Robin (Université de Paris)

Références dans le texte

[1] https://www.berlin-besetzt.de

[2] Studie der Club Commission, 2018.


Date(s)

  • Wednesday, December 15, 2021
  • Sunday, January 02, 2022

Keywords

  • scènes indépendantes- Allemagne- sociologie- anthropologie

Contact(s)

  • Jean-Louis Georget
    courriel : jean-louis [dot] georget [at] institutfrancais [dot] de

Information source

  • Jean-Louis Georget
    courriel : jean-louis [dot] georget [at] institutfrancais [dot] de

To cite this announcement

« Independent scenes in Germany: getting off the beaten track and the example of the Freie Szene », Call for papers, Calenda, Published on Tuesday, March 23, 2021, https://calenda.org/857461

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