HomePériphéries : la part du travail dans la production de l’espace

HomePériphéries : la part du travail dans la production de l’espace

*  *  *

Published on Monday, March 22, 2021Monday, March 22, 2021 by Céline Guilleux

Summary

Dans certains territoires en « friche » (la Région Wallonne, les Asturies, le Pays de Galles, la Lorraine, le Rust belt aux États-Unis, le bassin minier du Nord…) et autres villes anciennement industrielles, la désindustrialisation et le déclin de l’activité économique ont condamné la population à la pauvreté et à l’auto-activation par la mise en place de politiques de retour à l’emploi très coercitives. Mais chômage n’est pas synonyme d’inactivité et moins encore de passivité. Lieux d’ancrage mais certainement aussi de mobilités, de fabrication de liens de proximité qui reconstruisent la solidarité de classe à travers l’échange et la coopération, d’organisation populaire et de luttes pour la récupération de la mémoire, pour la réappropriation des espaces et des lieux. Espaces dans lesquels des formes économiques orientées vers la subsistance des communautés et des familles (économies informelles, travail de subsistance, autoproduction…) voient aussi certainement le jour. En quoi consistent-elles ? Sur quels supports – qu’ils soient sociaux ou spatiaux – se produisent-elles ?

Announcement

Coordination

José Calderon (MCF Université de Lille, Clersé – CNRS)

Argumentaire

Depuis quarante ans, la réorganisation mondiale de la production s’est accélérée, renforçant et reconfigurant la division internationale du travail. Les stratégies de délocalisation et de sous-traitance internationale ont redessiné les fonctions productives des territoires conduisant à une désindustrialisation massive des régions de tradition industrielle. En parallèle, la déstabilisation du pouvoir de l’Etat au profit de nouveaux espaces (districts productifs, pôles d’excellences, métropoles, villes, régions…) capables de capter les flux du capital financier (fonds d’investissement, grandes corporations multinationales…), ont conduit à une concurrence internationale beaucoup plus agressive. Les espaces de production se disputent et se spécialisent dans le contrôle de ressources hiérarchisées et différentielles (flux financiers, flux touristiques, ressources primaires, main-d’œuvre excédentaire…), selon des conditions de régulation très décentralisées et orientées par les logiques de rentabilité. Dans cette course à l’intégration dans la nouvelle division internationale du travail, certaines régions mondiales gagnent, d’autres perdent, et c’est par ailleurs aux échelles infranationales que les différenciations s’opèrent le plus nettement.

Les logiques de métropolisation absorbent des ressources (humaines, financières…) et produisent des centres qui, à des échelles diverses (globales, régionales…) polarisent le pouvoir financier, technologique et politique. Le revers de ces grandes métropoles rayonnantes, marchandisées, technologiques, est moins glorieux mais tout aussi spectaculaire : espaces urbains désindustrialisés, villes en déclin démographique, habitats délabrés, usines abandonnées, commerces durablement fermés qui deviennent les lieux communs de millions de personnes, témoins silencieux et symboles même d’une austérité massive.

Face à cette double tendance à la spécialisation et à la métropolisation qui re-spatialise les activités productives et redistribue les populations, Les Mondes du Travail propose d’analyser les conditions de production des espaces périphériques, en questionnant la place que le travail occupe dans cette production. Si le capital façonne sans cesse les territoires qu’il investit, comment sont produits les espaces qu’il délaisse ? Quelles formes d’organisation du travail peut-on attendre, formelles et informelles, selon la diversité des espaces périphériques dont il s’agit (territoires ruraux, grands bassins industriels à l’abandon, villes ouvrières, quartiers populaires incrustés dans les métropoles) ? Comment ces formes d’organisation du travail contribuent-elles à façonner l’espace ? Enfin, à quelles conditions le capital réinvestit ces espaces périphériques ?

Dans certains territoires en « friche » (la Région Wallonne, les Asturies, le Pays de Galles, la Lorraine, le Rust belt aux Etats-Unis, le bassin minier du Nord…) et autres villes anciennement industrielles, la désindustrialisation et le déclin de l’activité économique ont condamné la population à la pauvreté et à l’auto-activation par la mise en place de politiques de retour à l’emploi très coercitives. Mais chômage n’est pas synonyme d’inactivité et moins encore de passivité.  Lieux d’ancrage mais certainement aussi de mobilités, de fabrication de liens de proximité qui reconstruisent la solidarité de classe à travers l’échange et la coopération, d’organisation populaire et de luttes pour la récupération de la mémoire, pour la réappropriation des espaces et des lieux. Espaces dans lesquels des formes économiques orientées vers la subsistance des communautés et des familles (économies informelles, travail de subsistance, autoproduction…) voient aussi certainement le jour. En quoi consistent-elles ? Sur quels supports – qu’ils soient sociaux ou spatiaux – se produisent-elles ? Il s’agit enfin d’organisations et de pratiques économiques qui s’autonomisent en partie des logiques de marché mais qui peuvent aussi être aspirés par les logiques de rentabilité (par exemple, le développement du travail dans les plateformes numériques, la marchandisation des services à la personne...)

En retour, d’autres travaux peuvent questionner les formes que prend et les enjeux que soulève l’absorption progressive d’un territoire populaire par une production industrielle (espaces ruraux dans lesquels se déploie une activité agroindustrielle), logistique (villes ouvrières transformées en hub logistique) ou encore culturelle (muséification du patrimoine industrielle d’une ville ou d’un territoire…). A terme, la nouvelle production s’approprie les fonctions essentielles du territoire, à des degrés divers, canalise les ressources de la ville, réoriente les infrastructures, tout en modifiant la composition sociale de l’unité géographique (migrations, nouvelles formes de ségrégation, transformations de la structure urbaine, problème du logement…). Quelles logiques gouvernent à la régulation de ces espaces ? Quel rôle jouent les pouvoirs publics –partenariats public-privé, zones franches, cession de patrimoine immobilier, production d’infrastructures…- dans cette réappropriation des territoires par le capital ? Quelles formes d’emploi s’y développent ? Quelles nouvelles formes de division du travail apparaissent ? Quels enjeux nouveaux se posent aux populations, quelles mobilisations, quels conflits ?

A titre d’exemple, nous signalons ici une série de thématiques et questionnements possibles qui peuvent être mobilisés:

  • Qu’en est-il des capacités productives des gens après le départ des usines ? Sont-elles annihilées ou se ré-déploient-elles sous d’autres formes ? Peut-on soutenir la thèse de l’émergence d’économies de subsistance dans les pays du Nord ? Quelles circulations du formel à l’informel, du marchand au social, quelles formes d’encastrement entre les différents mondes économiques ? Comment le capital s’accommode, s’approprie-t-il de ces formes économiques ? Quelles relations les pouvoirs publics établissent-ils avec le travail auto-produit ? Quelle pénétration du travail dans les plateformes numériques dans les espaces périphériques ?
  • Comment le travail, dans toutes ses formes, fabrique-t-il concrètement l’espace ? Quel rôle joue l’espace dans le (re)déploiement du travail ? Selon quelles conditions le capital réinvestit les territoires ? Qu’implique pour les territoires et pour les gens qui y vivent le redéveloppement d’activités économiques très spécialisées ? Quelles reconfigurations du travail ? Quels déplacements de populations impliquent-elles, quels nouveaux problèmes apparaissent ?
  • De quelle façon cette production d’espaces périphériques dans les régions du Nord complexifie-t-elle le modèle centre-périphérie dans l’analyse des territoires ? Comment se distribuent les populations au sein des différents espaces ? Existe-t-il des exemples de formes de fabrication populaire –formelles, informelles- des espaces ?

Le dossier accueille des contributions qui s’appuient sur des travaux monographiques, ethnographies, enquêtes comparatives ou réflexions théoriques qui interrogent la réappropriation des espaces relégués par les groupes sociaux subalternes et par le capital.

Modalités de contribution

Les contributions ne peuvent pas excéder 40 000 signes, espaces inclus.

Date de livraison des articles : 31 juillet 2021. 

Date de parution du numéro : novembre 2021

Adresse de livraison des fichiers : info@lesmondesdutravail.net

Subjects

Date(s)

  • Saturday, July 31, 2021Saturday, July 31, 2021

Keywords

  • travail, espace, périphérie

Contact(s)

  • José Calderon
    courriel : jose [dot] calderon [at] univ-lille [dot] fr

Reference Urls

Information source

  • José Calderon
    courriel : jose [dot] calderon [at] univ-lille [dot] fr

To cite this announcement

« Périphéries : la part du travail dans la production de l’espace », Call for papers, Calenda, Published on Monday, March 22, 2021Monday, March 22, 2021, https://calenda.org/857908

Archive this announcement

  • Google Agenda
  • iCal
Search OpenEdition Search

You will be redirected to OpenEdition Search