HomeGouverner la crise sanitaire de la covid-19 et penser ses incidences en Afrique subsaharienne

HomeGouverner la crise sanitaire de la covid-19 et penser ses incidences en Afrique subsaharienne

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Published on Thursday, March 18, 2021Thursday, March 18, 2021 by Céline Guilleux

Summary

L’efficacité de la marche de toute société, c’est-à-dire sa capacité à faire face avec cohérence aux défis auxquels elle est soumise par ses circonstances socio-historiques, est aujourd’hui mesurée à la pertinence et l’adéquation des mécanismes de gouvernance qu’elle mobilise et met en œuvre. Il apparaît ainsi que compte tenu de la nature transversale des dispositifs de gouvernance, cette dernière n’épargne aucun secteur de l’activité humaine. Ainsi en est-il du secteur de la santé. La prise en charge des épidémies de la taille du VIH/SIDA a permis de l’attester. Les pays qui ont en effet le mieux fait face à cette épidémie sont ceux dans lesquelles la gouvernance paraît également efficace.

Announcement

L’Institut de recherches Socio-Anthropologiques (IRSA) organise, en collaboration avec la Revue Gouvernance & Société et en hommage au regretté Séverin Cécile ABEGA, une journée d’étude sur le theme:« Gouverner la crise sanitaire de la CoViD-19 et penser ses incidences en Afrique subsaharienne »

Argumentaire

L’efficacité de la marche de toute société, c’est-à-dire sa capacité à faire face avec cohérence aux défis auxquels elle est soumise par ses circonstances socio-historiques, est aujourd’hui mesurée à la pertinence et l’adéquation des mécanismes de gouvernance qu’elle mobilise et met en œuvre (S. Mappa, 1995). Il apparaît ainsi que compte tenu de la nature transversale des dispositifs de gouvernance, cette dernière n’épargne aucun secteur de l’activité humaine. Ainsi en est-il du secteur de la santé. La prise en charge des épidémies de la taille du VIH/SIDA a permis de l’attester. Les pays qui ont en effet le mieux fait face à cette épidémie sont ceux dans lesquelles la gouvernance paraît également efficace (F. Chabrol, 2014). Dans cette perspective, juguler le désordre que suscitent les crises sanitaires dépend de l’efficacité des dispositifs de gouvernance. Pris sous cet angle, l’on serait tenté de conclure à un déterminisme de manière à penser qu’il n’y aurait que les politiques de santé qui subiraient l’influence de la gouvernance. Il s’agit cependant là d’une analyse partiale de la réalité car à bien y regarder, l’on constate que les ripostes à l’épreuve des crises sanitaires servent de terreau à la réinvention de la gouvernance (voir F. Eboko) et de l’organisation du secteur sanitaire tout entier dans bien des cas (F. Eboko, C. Abé et C. Laurent, 2010). Ainsi si la survenue d’une crise sanitaire est réputée être un facteur de désordre dans le secteur sanitaire, l’on ne devrait pas perdre de vue qu’elle peut contribuer à la recomposition du système de soins et même à bien des égards à son renforcement (O. Borraz et P. Loncle-Moriceau, 2000).

Axe 1 : systèmes de soins

Cette première orientation de ce numéro thématique invite alors à interroger les dispositifs de lutte contre la pandémie de covid-19 de manière à mettre en évidence les ruptures et les continuités dans les systèmes de soins des pays de l’Afrique subsaharienne et la gouvernance de ceux-ci. Même si les premiers cas d’infection officiellement déclarés en Afrique subsaharienne datent de mars 2020, la pandémie de covid-19 s’est en réalité déclenchée au mois de novembre 2019 dans la ville de Wuhan en Chine. Très vite elle a fait le tour le monde bousculant les systèmes de soins les plus éprouvés à l’instar de celui de l’Italie qui est passé tout près de son effondrement.  Avec la pandémie de covid-19, l’on observe cependant que le constat fait plus haut selon lequel, la riposte aux crises sanitaires s’accompagne de transformation en matière de gouvernance connaît une vitalité nouvelle. L’efficacité des dispositifs de gouvernance des différents systèmes de soins à travers le monde semble être devenue l’enjeu majeur pour faire face à cette pandémie. Dès lors, le présent numéro est intéressé de mettre en évidence les incidences de cette pandémie sur des systèmes de soins davantage réputés pour leur vulnérabilité au point où l’on prédisait l’hécatombe aux populations du continent. La situation des systèmes de soins reste cependant solidaire de celle de la régulation des affaires d’intérêt commun en général et tout particulièrement dans les pays de l’Afrique subsaharienne sous l’emprise du règne de la corruption et de la politique du ventre. Il apparaît ainsi que l’efficacité de la riposte contre la pandémie de covid-19 dépend de la capacité des gouvernants à réinventer leur rapport à la chose publique ainsi que les pratiques courantes. Ce qui signifie que l’organisation de la réponse à la covid-19 peut être aussi appréciée à bien des égards à partir de ses résultats sur l’institutionnalisation des valeurs morales de la gouvernance telles que la transparence, la redevabilité, etc. Le présent numéro se propose également de documenter ces aspects.

Axe 2 : aspects socio-anthropologiques

La réinvention de la gouvernance ne constitue cependant l’unique possibilité d’interroger les incidences de la covid-19. Cette dernière s’est accompagnée de la mise en place de mesures allant de la remise en question des modes et styles de vie un peu partout. En occident, l’on a profité pour redécouvrir les réflexes autoritaires de l’état d’exception avec un rétrécissement de l’usage des libertés publiques sous la bannière de ce que l’on a appelé le confinement. Dans un contexte comme celui de l’Afrique subsaharienne où la vie quotidienne est informée par une civilisation tactile marquée par une intensité des rapports sociaux qui n’est pas sans rappeler la théorie durkheimienne de la solidarité mécanique, l’on a dû ré-apprendre à faire société. Plus qu’ailleurs peut-être, cette dernière se ramène ici à une configuration d’acteurs sociaux que cimente une interdépendance (N. Elias, 1991 : 115) qui va au-delà de l’existence physique de ses membres à telle enseigne que la mort constitue une partie intégrante de la vie. Dans ce sens, l’ajournement des rites funéraires décidé ici et là par les gouvernants a été diversement suivi et vécu. Dans certains cas, les nouvelles modalités de faire le deuil se sont de nombre de retombées dans le rapport de la communauté réelle ou imaginée à elle-même (C. Abé, 2020). La culpabilité ressentie par les familles de n’avoir pas honoré leur mort a généré des situations de violence. Ces constats autorisent à s’interroger sur les incidences par exemple de l’ajournement des rites funéraires sur le vécu du deuil par les familles touchées par ce dernier. La curiosité du chercheur prête également attention ici aux réactions et initiatives mobilisées de part et d’autres pour faire face aux restrictions administratives et para-juridiques réorganisant le rapport aux dépouilles des victimes de covid-19. Cette dimension du traitement des incidences de la pandémie de covid-19 dissimule une autre, celle relative au rapport des populations aux dispositifs de soins de la médecine hospitalière en comparaison avec la confiance aux savoirs thérapeutiques locaux. Les savoirs et savoir-faire thérapeutiques endogènes ont abondamment été sollicités au plus fort de la crise sanitaire de covid-19 à telle enseigne que dans les représentations collectives ils seraient la solution. Si nombre de personnes attestent de l’efficacité de cette médecine, tel n’est pas le cas de l’Organisation Mondiale de la Santé dont l’avis reste réservé comme on a pu le voir dans la cas des prouesses de Madagascar. Face aux doutes et aux controverses autour l’efficacité de l’hydroxychloroquine, l’on a redécouvert la médecine dite traditionnelle. L’importance de la crise de confiance vis-à-vis de la médecine conventionnelle est telle que lorsque l’idée a circulé d’expérimenter des essais pour la mise en place d’un vaccin en prenant les populations africaines pour cobaye, les thèses conspirationnistes ont été mobilisées en guise de résistance si bien que les programmes de vaccination en cours ou prévus devront affronter cette levée de boucliers pour réussir l’adhésion des populations. Ce numéro questionne également les conséquences de cette place prise par les savoirs patrimoniaux dans la prise en charge de la pandémie de covid-19 sur le rapport aux dispositifs modernes de soins en Afrique subsaharienne.

Axe 3 : aspects juridico-politiques       

Les mesures restrictives de fréquentation de l’espace public physique ont également eu des incidences politiques si l’on tient compte la fronde des revendications postélectorales de l’opposition dans un pays comme le Cameroun au lendemain de la présidentielle d’octobre 2018. Dans cet ordre d’idées, l’on peut imaginer la nécessité dans laquelle se sont retrouvés les acteurs politiques de revisiter leur répertoire d’actions politiques (C. Tilly, ). Au Cameroun, l’on a vu un parti politique s’improviser dans l’organisation de la riposte contre la crise sanitaire, profitant alors de cette dernière pour faire dans l’humanitaire en brouillant les cartes sur son identité originelle. Par contre au Mali, l’on semble ne pas avoir tenu compte de la situation de crise sanitaire si l’on n’a pas plutôt tiré profit d’elle pour résoudre une situation sociopolitique jugée insupportable par nombre de gouvernés. C’est en pleine crise sanitaire que le président de la République a été renversé par une initiative concomitante de la rue et de l’armée. Ces instrumentalisations politiques de la menace sanitaire retiennent l’attention du présent appel à contribution.

A situation d’urgence, droit d’urgence entend-t-on souvent marteler. Cependant, l’on n’a que très peu interroger l’adéquation et l’efficacité des mesures juridiques prises pour encadrer la vie durant la crise sanitaire.

Axe 4 : aspects économiques et de gestion

Dans tous les secteurs, l’activité a connu un ralentissement. Dans le secteur économique, les débrouillards semblent avoir été davantage exposés aux conséquences de ce ralentissement. L’hypothèse de l’aggravation des inégalités sociales avec le basculement de pans entiers de la population dans la vulnérabilisation mérite d’être vérifiée. Cette catégorie d’acteurs économiques n’est cependant pas la seule concernée car les grandes firmes ont également souffert de la fermeture des frontières et de l’arrêt des flux économiques dans le monde. La question qui se pose aujourd’hui est celle des capacités de résilience des économies des pays de l’Afrique subsaharienne. Si les églises ont subi la loi du confinement en se faisant carrément fermer, il n’en est pas des écoles qui ont profité d’un bricolage de substitution que l’on a vite fait d’appeler en toute générosité E-learning. De la même manière si l’économie de la nuit qui s’organise autour de espaces chauds et des buvettes a été contrainte à la fermeture poussant des masses de populations à la vie déjà précaire à l’extrême vulnérabilité, dans les organisations de toutes les dimensions, l’on s’est remis en cause en s’initiant à ce que l’on a facilement appelé le télétravail. L’on en est encore à questionner toutes les implications et les conséquences de ces bouleversements dans ces espaces de production. Le même questionnement demeure sur la capacité de résilience économique des petits métiers ayant opportunément émergé autour de la prise en charge de la covid-19.   

Programme

Mercredi, 24 mars 2021 à 8h30

Campus De Nkolbisson-Amphithéâtre Franz Kamphaus

7h30-8h30 Accueil et Installation des participants et invités.

8h30-9h00 Cérémonie protocolaire.

  • Modérateur : Paule Christiane BILÉ (FSSG/UCAC)
  • Mot de bienvenue du Doyen de la FSSG, Dr Yvon Christian ELENGA, S.J.
  • Mot du Recteur de l’UCAC,  Pr Abbé Jean Bertrand SALLA
  • Présentation de la Revue Gouvernance & société Dr Yvon Christian ELENGA, Doyen de la FSSG.

09h10-09h40 Conférence introductive :

  • « Désir de vivre et expérience de subjectivation face à la pandémie de covid-19 a Yaounde : figures de la survivance face a la menace d’effondrement de l’ordre social », Claude Abé (FSSG/UCAC).
  • Échanges

09h40-10h00 Photo de famille +interviews avec les Médias  et la Presse

10h05-11h00 Module n°1 : Les systèmes de soins

Modérateur : Claude ABÉ (FSSG/UCAC)

  • « Les systèmes socioculturels et sanitaires camerounais à l’aune de la covid-19 : représentations et stratégies de riposte », Olivier Christophe MVOGO (UY2).
  • « Covid-19 en RCA : absence remarquée des sciences sociales et diktat des agences des nations unies », Paul Crescent BENINGA (FSJP/UCAC).
  • « Pratiques de santé et la santé pratique en contexte de covid-19  à Yaounde », Damien ENAMA (FSSG/UCAC).
  • Échanges

11h05-12h00 Module n°2 :  Aspects socio-anthropologiques

Modérateur :  Kondjo BROSSALA DIDDY (FSSG/UCAC)

  • « Les nouveaux rapports sociaux en temps de covid 19 : distance, méfiance, défiance et crise de confiance », Paule Christiane BILÉ (FSSG/UCAC).
  • « Réponse communautaire a la covid-19 au Cameroun : de la vulnérabilité a la résilience », Bernard Aristide BITOUGA (FSJP/Université de Douala).
  • « Dynamiques relationnelles et vécu des personnes infectées par le covid-19 à Yaoundé », Pierre-Yves Désiré NDZOMO BESSALA (FSSG/UCAC).
  • Échanges

12h00-12h30 Pause-café

12h30-13h40 Module n°3 :  Aspects juridico-politiques

Modérateur :Désiré MANIRAKIZA (FSSG/UCAC).

  • « Gouverner au risque de l’incertitude : propos sur la gestion du covid-19 », Yvon Christian ELENGA (FSSG/UCAC).
  • « La covid-19 : une maladie politique ? », Louis Paul ONGONO (FSJP/ Université de Douala).
  • « La politique anti- covid-19 au Tchad comme permis de tuer », Augusta ANATA MAWATA (FSSG/UCAC).
  • « Les codes, cour et l’arrière-cour dans le procès du corona virus au Cameroun », Christophe ESSOMBA (UY2).
  • Échanges

13h45-14h45 Module n°4 :  Aspects économiques et de gestion

Modérateur : Olivier IYEBI MANDJEK (FPAE)

  • « L’émergence des particularités de l’économie camerounaise dans la gestion du covid 19 », Alphonse Bertrand ENG NDJEL (FSJP/Université de Douala).
  • « Les fonds spéciaux destines à la lutte contre le corona virus en droit camerounais », Lionel AMANE (UY2).
  • « Les activités informelles en contexte de crise sanitaire : entre vulnérabilité et résilience »,Fati HOUSSAÏNA  (Université de Maroua).
  • Échanges

15h00-15h15 Synthèse de la journée d’étude (Damien ENAMA)

15h30 Repas de clôture

Bibliographie

Borraz O. et Loncle-Moriceau P., 2000, « Permanences et recompositions du secteur sanitaire. Les politiques locales de lutte contre le sida », Revue française de sociologie, vol. 41, 1, pp. 37-60.

Chabrol F., 2014, Prendre soin de sa population. L’exception botswanaise face au sida, Paris, Editions de la Maison des Sciences de l’Homme.

Eboko F., Abé C. et Laurent C., 2010, Accès décentralisé au traitement du VIH/Sida. Expérience camerounaise, Paris, ANRS L’Institut de recherches

Subjects

Places

  • Campus de Nkolbison - Université catholique d'Afrique centrale
    Yaoundé, Cameroon (11628)

Date(s)

  • Wednesday, March 24, 2021Wednesday, March 24, 2021

Keywords

  • covid-19, crise sanitaire, incidence sociale, afrique subsaharienne

Contact(s)

  • A
    courriel :

Information source

  • Claude ABE
    courriel : claudeabe6 [at] gmail [dot] com

To cite this announcement

« Gouverner la crise sanitaire de la covid-19 et penser ses incidences en Afrique subsaharienne », Study days, Calenda, Published on Thursday, March 18, 2021Thursday, March 18, 2021, https://calenda.org/858088

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