AccueilAux sillages des adolescences dans les contextes du Sud

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Aux sillages des adolescences dans les contextes du Sud

Adolescence in the context of developing countries

Adolescencia en los países del Sur

Revue « SpécifiCITéS »

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Publié le mercredi 07 avril 2021 par Céline Guilleux

Résumé

La revue Spécificités lance un appel à contribution sur la construction et la réalité de l’adolescence dans les contextes du Sud. Les propositions d’articles pourront s’appuyer sur des approches contextualisées permettant d’aborder le concept d’adolescence au regard des spécificités locales, mais également sur des approches comparatistes mettant en exergue le sens des variabilités observables.

Annonce

Argumentaire

De l’antiquité à l’époque post-moderne, la figure de l’adolescence occupe une place importante dans les sociétés. Elle est assignée, d’une part, à une catégorie d’âge et à des transformations physiologiques (Courtois, 2011 ; Potel, 2006 ; Taborda-Simões, 2005), et d’autre part, à des changements de comportements, de prises de risques et des formes de contestations de règles sociales et morales (Agraimbah et al., 2011). Elle est souvent présentée comme une période de tension dans la vie des individus (Debesse, 1958). Délimitée entre la fin de l’enfance et l’entrée dans la vie adulte, elle recouvre des réalités et expériences multiples, variant selon les époques, les régions et les groupes sociaux. Des cadres juridiques et politiques nationaux aux institutions internationales (OMS, FNUAP, UNICEF), les tentatives pour construire des critères généraux d’identification ne manquent pas, mais la plasticité et la complexité à laquelle l’adolescence fait référence mettent souvent en défi les approches globales. Face aux déficits des appréhensions universelles, les études spécifiques et les perspectives comparatistes restent la voie importante pour comprendre les évolutions des configurations de l’adolescence dans les différents contextes sociaux, historiques et géographiques.

Il existe bien entendu une littérature abondante sur l’adolescence, construisant ainsi des critères essentialisants qui assignent cette catégorie sociale à des changements physiologiques et comportementaux (Discour, 2011 ; Taborda-Simões, 2005). Cette littérature décrit souvent les réalités des sociétés occidentales, négligeant ainsi les particularités des contextes du Sud. Le concept d’adolescence est alors souvent accusé d’être trop abstrait, peu pertinent ou encore culturellement insensible à des contextes spécifiques. En ce sens, la figure de l’adolescence, comme les autres catégories sociales bien entendu, peut mettre en évidence des tensions entre des représentations concurrentes et leurs implications en rapport à la manière dont les adolescents du Nord et du Sud sont construits et représentés dans leurs environnements (Burman, 1996). Autant que le vécu et les expériences de l’adolescence varient selon les catégories sociales, ils varient aussi selon les contextes sociaux et les références culturelles. Par exemple, dans certains pays de l’Afrique de l’Ouest, l’adolescence s’est révélée particulièrement soumise aux normes sociales et culturelles (Discour, 2011 ; Vallet, 2009). De surcroît, les réalités sociales peuvent mettre les adolescents dans des environnements les poussant à agir et à définir une autonomie parfois trop précoce. Ces réalités reconfigurent sans cesse la construction sociale de l’adolescence, donnant ainsi une variabilité de sens, de vécus et d’expériences à cette catégorie sociale. En se détachant des critères identificatoires globaux (classe d’âge, transformations physiologiques ou vulnérabilité), l’adolescence se caractérise avant tout comme une zone trouble qu’il est nécessaire d’interroger ; elle est porteuse d’une ambivalence fondamentale, étant à la fois une réalité négative, quand elle désigne une période de crise et une culture d’irresponsabilité (Galland, 2001), et une réalité positive, quand elle se réfère à une forme de réflexivité juvénile, de connaissance et d’engagement envers soi, dévoilant ainsi une capacité d’agir et d’autonomie.

Dans ce dossier, nous souhaitons explorer la construction et la réalité de l’adolescence dans les contextes du sud. Quatre axes permettront de mieux appréhender le concept adolescence et l’adolescent lui-même en tant qu’acteur.

1. Construction du concept adolescence : normes, pratiques, discours et méthodes

Dans les sciences sociales, l’adolescence reste une réalité trouble, difficilement cernable tant sur le plan physiologique que sur le plan socio-culturel. Bien que les transformations physiologiques lors de la puberté servent souvent de marqueurs pour identifier le début de l’adolescence, sa fin ou le passage à l’âge adulte laisse un flou et donne lieu à des débats méthodologiques importants (Dadoorian, 2007). Au regard de ce qui précède, comment peut-on définir alors l’adolescence ? Comment délimiter ses contours? La nécessité de déconstruire les discours présentant l’adolescence sur un angle essentialiste et de l’analyser comme une construction sociale est une exigence épistémique. En insistant sur les éventuelles controverses et en mettant l’accent sur les données de terrain, cet axe cherche à discuter la pertinence de la notion d’adolescence comme catégorie d’analyse. Il ne s’agit pas ici d’une simple analyse notionnelle, mais de discuter les enjeux méthodologiques et théoriques dans la perspective d’offrir un nouveau regard sur la question.

2. L’adolescence face à la problématique du corps

Souvent caractérisée par une période à risque, l’adolescence est une étape de l’évolution humaine qui introduit le sujet adolescent dans un autre corps. Ce corps est associé à une autre identité qu’il convient d’assumer (Fournier, 2004; Sellami, 2009). Le corps adolescent est un corps problématique. Il arrache le sujet de son corps enfant pour le confronter à une nouvelle image de lui-même : une image qu’il doit s’approprier pour construire une identité adolescente vécue subjectivement à travers ses rapports à soi et à autrui (Darrault-Harris, 2011 ; Mead, 1963). Certains sujets, disposant de référents suffisamment rassurants, vivent ce passage sereinement. D’autres, confrontés à de grandes difficultés, souffrent de problèmes de modèles (Darrault-Harris, 2011). Ce manque de référence est la source de multiples enjeux liés au corps, particulièrement sur l’image que le sujet adolescent se fait de son propre corps. En ce sens, le corps n’est pas seulement une réalité biologique, c’est une grille de lecture essentielle pour comprendre la plupart des problématiques liées à l’adolescence. Cet axe propose d’exposer la façon dont le corps est mobilisé dans l’analyse de la problématique de l’adolescence.

3. Vulnérabilités et enjeux sociétaux

L’adolescence est souvent reconnue comme étant une catégorie sociale particulièrement vulnérable. Selon l’UNICEF (2011), que ce soit dans les pays du Nord ou dans les pays du Sud, les adolescents d’aujourd’hui sont souvent marginalisés et incompris par leur entourage, ce qui limite leur place et leur marge de liberté et d’action. Pour répondre à leurs difficultés, les réseaux amicaux et sociaux deviennent des espaces alternatifs d’organisation et de rencontres, d’échanges et de construction de soi (Dubé et al., 2004). Étant donné que ce numéro thématique aborde délibérément des perspectives de recherche très variées, cet axe s’ouvre à des contributions qui traitent des problèmes quotidiens de l’adolescence à savoir le décrochage scolaire, l’insertion professionnelle, la violence sexuelle et conjugale, la grossesse précoce, la prostitution, le viol, l’avortement, la vulnérabilité sanitaire, l’orientation sexuelle, etc.

4. Agir-adolescent et voie d’autonomisation

Les règles qui définissent les contours de l’adolescence ne sont pas figées, que ce soit dans l’affranchissement des normes familiales et sociales, pour établir ou franchir les frontières ou pour gagner son autonomie au travers des stratégies individuelles ou collectives. Comment les adolescents s’organisent-ils pour s’affranchir et transformer des codes sociaux et des normes morales imposées ? Le refus même de faire partie de la catégorie de l’adolescence met en tension, comme l’a souligné Singly (2006) des comportements liés à plusieurs appartenances, renvoyant ainsi à la famille, aux aspirations et aux refus. Quel est l’impact de ces modèles d’appartenances sur la position sociale des individus identifiés comme adolescents ? De plus, les environnements sociaux avec lesquels cette catégorie doit composer sont soumis à des changements inattendus (décès des parents, conflits familiaux, vulnérabilité économique et sanitaire...), qui sont par conséquent susceptibles de redéfinir les frontières de l’adolescence. Dans cet axe, c’est donc l’adolescent acteur de sa trajectoire qu’il est question d’observer.

Ces pistes sont forcément partielles : les articles sont invités à les compléter, éventuellement à les reformuler, à condition de s’inscrire dans la thématique générale de l’appel et les exigences méthodologiques retenues. Les techniques d’enquête mobilisées peuvent être variées, avec une préférence pour le qualitatif : ethnographie, enquête historique, analyse de discours publics et/ou de documents, entretiens et observations. S’inscrivant dans le domaine des sciences de l’éducation et de leurs liens avec leurs disciplines contributives (Albero, 2019), le dossier est ouvert à des chercheur·es d’horizons disciplinaires différents ; les propositions peuvent être rédigées en français, en anglais, et aussi en espagnol.

Les propositions d’articles pourront s’appuyer sur des approches contextualisées permettant d’aborder le concept d’adolescence au regard des spécificités locales, mais également sur des approches comparatistes mettant en exergue le sens des variabilités observables.

Coordination

  • David JEAN SIMON (Centre de Recherche de l’Institut de Démographie, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne),
  • Ayawavi Sitsopé TOUDEKA (Unité de Recherche Démographique de l'Université de Lomé),
  • Kenson JOISSAINT (Centre d’études en sciences sociales du religieux, École des Hautes Études en Sciences Sociales),
  • Ladeu TOKPA (Centre de Recherche de l’Institut de Démographie, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne).

Modalités de contribution

En utilisant le formulaire joint à l'appel, les propositions de résumé devront parvenir au plus tard le 31 mai 2021,

simultanément auprès des coordinateurs du dossier et des corédacteurs en chef de la revue :

Une première version des articles sera à envoyer au plus tard le 30 novembre 2021.

Références bibliographiques

Agraimbah, A., Carda, P., & Couppey, É. (2011). Adolescence : Crise ! Spécificités, 1(4), 55‑64.

Albero, B. (2019). Les sciences de l’éducation au xxie siècle : Vers une consolidation disciplinaire de la section ? Les dossiers des sciences de l’éducation, 41, 21‑42. https://doi.org/10.4000/dse.3265

Burman, E. (1996). Local, Global or Globalized? : Child Development and International Child Rights Legislation. Childhood, 3(1), 45‑66. https://doi.org/10.1177/0907568296003001004

Courtois, R. (2011). Chapitre 2. Risque et adolescence, Les conduites à risque à l’adolescence. Sous la direction de Courtois Robert, 21-28.

Dadoorian, D. (2007). Grossesses adolescentes. Le Journal des psychologues, 252(9), 72. https://doi.org/10.3917/jdp.252.0072

Darrault-Harris, I. (2011). L’adolescence ou les intermittences du corps. Littérature, 163(3), 93. https://doi.org/10.3917/litt.163.0093

Debesse, M. (1958). L’adolescence est-elle une crise ? Enfance, 11(4), 287‑302. https://doi.org/10.3406/enfan.1958.1408

Discour, V. (2011). Changements du corps et remaniement psychique à l’adolescence. Les Cahiers Dynamiques, 50(1), 40. https://doi.org/10.3917/lcd.050.0040

Dubé, M., Julien, D., Bouthillier, D., Lebeau, É., Bélanger, I., & Hamelin, M. (2004). Climat familial et réseau d’amis chez les adolescentes. Enfance, 56(2), 187. https://doi.org/10.3917/enf.562.0187

Fournier, M. (2004). La construction du masculin: Sciences Humaines, N°146(2), 27‑27. https://doi.org/10.3917/sh.146.0027

Galland, O. (2001). Adolescence, post-adolescence, jeunesse : Retour sur quelques interprétations. Revue Française de Sociologie, 42(4), 611. https://doi.org/10.2307/3322734

Mead, D. R. M. (1963). Mœurs et sexualité en Océanie. Revue française de sociologie, 226.

Potel, C. (2006). 4. L’adolescence : Un passage. In Dans : , C. Potel, Corps brûlant, corps adolescent : Des thérapies à médiations corporelles pour les adolescents (Érès, p. 57‑70).

Sellami, M. (2009). Scarifications et statut du corps chez les adolescents tunisiens. Corps, 7(2), 105. https://doi.org/10.3917/corp.007.0105

Singly, F. de. (2006). Les Adonaissants. Colin.

Taborda-Simões, M. da C. (2005). L’adolescence : Une transition, une crise ou un changement ? Bulletin de psychologie, Numéro 479(5), 521. https://doi.org/10.3917/bupsy.479.0521

Unicef. (2011). La Situation des Enfants dans le Monde 2011. ; L¿adolescence L¿âge de tous les Possibles. United Nations Children’s Fund, The (UNICEF).

Vallet, G. (2009). Corps et socialisation. Idées économiques et sociales, N° 158(4), 53. https://doi.org/10.3917/idee.158.0053

Dates

  • lundi 31 mai 2021

Source de l'information

  • Fanny Salane
    courriel : fanny [dot] salane [at] parisnanterre [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Aux sillages des adolescences dans les contextes du Sud », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 07 avril 2021, https://calenda.org/861909

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