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Les cultures visuelles du doute

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Published on Monday, May 17, 2021 by Céline Guilleux

Summary

Si l’ufologie, l’ésotérisme ou les théories du complot ne datent pas d’aujourd’hui, il semble que l’accès généralisé à internet ait permis à ces contre-savoirs un développement sans précédent. Sans tomber dans le piège d’une « dénonciation » des « erreurs », voire des mensonges, des promulgateurs des « parasciences », au nom de la science « véritable », qui ne ferait que reconduire l’opposition classique entre « croyance » et « savoir », on partira plutôt du postulat que le succès de ces différentes théories est un fait social de première importance qui mérite en tant que tel d’être étudié. Et on fera l’hypothèse que ces contre-savoirs développent des méthodes d’analyse des images parfois très poussées qui obligent à une anthropologie symétrique des usages scientifiques des images et interrogent la place des images dans nos sociétés, entre savoir, discours et pouvoir.

Announcement

Séminaire de l'Ecole Doctorale SHS Lille Culture matérielle et visuelle

Modalités de participation

Journée d'études en ligne sur zoom

ID de réunion : 914 6163 5627 — Code secret : 002682 

Organisation

Journée d'études avec Meris Angioletti, Maxime Boidy et Pierre Lagrange.

Argumentaire

Les ovnis n’arrêtent pas de survoler la terre. Les fantômes hantent les maisons. Les sorcières apparaissent la nuit. Les reptiliens se cachent parmi nous. Les images de Jésus apparaissent dans les tranches de pain de mie. On les voit si on sait regarder, et si on sait regarder on peut montrer la fausseté des images des hommes sur la Lune, des avions dans les tours du World Trade Center. 

Si l’ufologie, l’ésotérisme ou les théories du complot ne datent pas d’aujourd’hui, il semble que l’accès généralisé à internet ait permis à ces contre-savoirs un développement sans précédent. Sans tomber dans le piège d’une « dénonciation » des « erreurs », voire des mensonges, des promulgateurs des « parasciences », au nom de la science « véritable », qui ne ferait que reconduire l’opposition classique entre « croyance » et « savoir », on partira plutôt du postulat que le succès de ces différentes théories est un fait social de première importance qui mérite en tant que tel d’être étudié. 

Et on fera l’hypothèse que ces contre-savoirs développent des méthodes d’analyse des images parfois très poussées qui obligent à une anthropologie symétrique des usages scientifiques des images et interrogent la place des images dans nos sociétés, entre savoir, discours et pouvoir. Les figures d’autorité d’interprétation des images – les scientifiques, les policiers – sont remises en cause ; l’herméneutique visuelle n’est plus une querelle d’experts, mais une question de société.

Programme

  • 13h45 Accueil
  • 14h00  Thomas GOLSENNE (maître de conférence en histoire de l’art moderne et études visuelles, co-directeur de l’axe Épistémologies visuelles-FR SCV, IRHiS, ULille) Introduction. Les contre-cultures visuelles
  • 14h30 Pierre LAGRANGE (chercheur associé au Laboratoire Interdisciplinaire d’Études sur les Réflexivités [LIER-Fonds Yves Thomas], EHESS, CNRS) La question du complotisme est-elle bien posée ?

Alors qu’elle n’intéressait que très peu d’universitaires avant la fin des années 1990, la question du complotisme, des croyances aux théories du complot, a pris une place de plus en plus importante dans le domaine académique en suscitant un nombre grandissant d’études à partir de 1998. Je voudrai montrer que la plupart de ces études ont moins permis d’éclairer le sujet du complotisme qu’elles n’ont en fait participé à la construction de ce thème comme mise en cause du public. Je propose donc de reprendre l’histoire de la mise en place du débat sur le complotisme entre les années 1990 et les années 2000 en faisant référence à un certain nombre de thèmes marquants et d’images fortes qui ont illustré ce sujet (Roswell, attentats du 11 septembre, Da Vinci Code, terre plate, etc.) afin de montrer que la question gagnerait peut-être à être formulée autrement, de manière plus symétrique pour reprendre le vocabulaire des sociologues des sciences.

  • 15h30 Maxime BOIDY (maître de conférence en Études visuelles, Université Gustave Eiffel, membre du LISAA-EA 4120) Éléments pour une simpsonologie du doute

Les cultures visuelles du doute sont plurielles par définition. Aux approches thématiques et empiriques (de la photographie spirite aux théories du complot) répondent diverses grilles épistémologiques dans la littérature savante. L’« ambiguïté visuelle » définie par Dario Gamboni couvre ainsi l’ensemble des formes visibles qui, depuis l’Antiquité, défient les certitudes trop rapides en matière d’analyse iconographique. Quant à la culture du « camouflage face à l’objectif » (Hannah Rose Shell), son histoire militaire, débutée par la révolution de la dissimulation topographique durant la Première Guerre mondiale, se poursuit jusqu’aux stratégies d’opacité des guerres de drone contemporaines.

Sans passer ces références sous silence, et en s’appuyant sur elles, on choisira ici une voie d’approche plus joyeuse : celle d’une « simpsonologie » du doute. Non que cette option soit seulement empirique, résolue à cataloguer l’imagerie incertaine que le dessin animé humoristique The Simpsons, créé par Matt Groening il y a trois décennies, donne à voir avec force soucoupes volantes et sociétés secrètes dans la ville de Springfield. L’enjeu réside bel et bien dans les manières de penser et de composer avec le doute en société tel que l’animation le délire. Et d’abord : où se situe Springfield sur la carte des États-Unis ? 

  • 16h30 Meris ANGIOLETTI (artiste plasticienne, doctorante, APESA, Paris 1 Panthéon-Sorbonne) Morgane des Brumes : Quelques réminiscences de pratiques occultes et résistance

Dans le film Excalibur (1981) de John Boorman, Morgane, prise au piège dans un rêve par Merlin, révèle, à bout des lèvres, la formule magique ultime : ses paroles se transforment en brumes et au fur et à mesure que son corps se vide de sa puissance magique, brouillant la visibilité de l’armée du Roi Arthur.

Matière ambivalente et magique, ces brumes matérialisent des connaissances occultes, féminines et interdites, qui sont ainsi manipulées pour que les pistes soient brouillées.Quelle est la nature de ces pratiques et connaissances ? Comment redonner corps et voix aux brumes?Réminiscences nébuleuses, ces savoirs oubliés font aujourd’hui l’objet de réappropriations par des artistes et des féministes dont nous examinerons quelques exemples.

  • 17h30 Fin de la journée

Places

  • Villeneuve-d'Ascq, France (59)

Date(s)

  • Thursday, May 20, 2021

Keywords

  • complotisme, parascience, ésotérisme

Contact(s)

  • Thomas Golsenne
    courriel : thomas [dot] golsenne [at] univ-lille [dot] fr

Information source

  • Thomas Golsenne
    courriel : thomas [dot] golsenne [at] univ-lille [dot] fr

To cite this announcement

« « On nous cache tout, on n'y voit rien » », Study days, Calenda, Published on Monday, May 17, 2021, https://calenda.org/878843

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