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Eros and Thanatos in the Arts of Asia

Éros et Thanatos dans les arts de l’Asie

Revue « Art Asie Sorbonne »

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Published on Tuesday, May 25, 2021 by Céline Guilleux

Summary

De Platon à Saint Augustin jusqu’à Freud, le couple Éros et Thanatos occupe une place à la fois centrale et à sens multiple dans la pensée et les arts occidentaux, prenant la forme d’une célébration de l’amour comme énergie vitale permettant à l’âme (masculine) d’échapper à son corps mortel et d’atteindre le divin, mais aussi d’une menace quand sous l’effet du désir charnel, ou du pouvoir féminin, maternel, l’âme s’épuise. C’est aussi le cas dans la pensée et les arts d’Asie, qu’il s’agisse de croyances et d’images populaires, d’icônes religieuses, de représentations classiques, traditionnelles ou contemporaines.

From Plato to Saint Augustine to Freud, the pairing Eros / Thanatos occupies a place that is both central and multi-faceted in Western thought and art. It appears as a celebration of love as a vital energy that allows the (male) soul to escape its mortal body and reach the divine, but also as a threat when under the effect of carnal desire, or of feminine, maternal power, the soul is exhausted. This is also the case in Asian thought and art, whether in popular beliefs and images, religious icons, classical, traditional or contemporary representations.

Announcement

Argumentaire

De Platon à Saint Augustin jusqu’à Freud, le couple Eros / Thanatos occupe une place à la fois centrale et à sens multiple dans la pensée et les arts occidentaux, prenant la forme d’une célébration de l’amour comme énergie vitale permettant à l’âme (masculine) d’échapper à son corps mortel et d’atteindre le divin, mais aussi d’une menace quand sous l’effet du désir charnel, ou du pouvoir féminin, maternel, l’âme s’épuise. C’est aussi le cas dans la pensée et les arts d’Asie, qu’il s’agisse de croyances et d’images populaires, d’icônes religieuses, de représentations classiques, traditionnelles ou contemporaines.

En Inde comme dans le monde himalayen et dans certains pays d’Asie du Sud-Est, l’art inspiré du tantrisme, qu’il soit bouddhique ou hindou, a fait de l’union érotique la métaphore par excellence de l’expérience spirituelle. Les images de l’éros peuvent être liées à des figures terrifiantes ou funèbres, dans une perspective qui vise à dépasser l’opposition entre plaisir et effroi. Le terme sanskrit kāma qui qualifie l’éros s’étend plus globalement à toutes les formes de désir, mais désigne aussi spécifiquement, dans l’hindouisme, la divinité qui préside aux relations amoureuses. Dans la légende bouddhique, le dieu Mâra (« Mort ») règne sur le monde du Désir (Kāmadhātu) : c’est lui que le Bouddha doit affronter avant d’accéder à l’Éveil. Le Kāma de la mythologie hindoue ne se confond pas de la même façon avec la mort, mais il a partie liée avec elle : réduit en cendres par le dieu Śiva pour avoir osé s’attaquer à lui, il est bientôt ressuscité par ce dernier sur les instances de la Déesse. Le mythe marque ainsi l’intime solidarité de l’éros avec les divinités féminines, tout en illustrant le rapport ambigu qu’il entretient avec l’ascèse, le masculin et les puissances de destruction. Ces thèmes ne cessent de traverser la création artistique indienne jusqu’à l’époque contemporaine. La fin du XIXe siècle a vu apparaître une personnification ambivalente de la nation qui trouve sa source dans le panthéon des déesses hindoues. Les liens entre le divin, le féminin et la mort continuent à inspirer le cinéma et l’art du XXe siècle.

L'amour et la mort sont aussi liés dans la Chine et le Japon classiques essentiellement sous la forme d’une mise en évidence des dangers de l’érotisme féminin, présenté comme monstrueux, inquiétant, apparition masquée de renardes ou de fantômes. Ainsi dans le bouddhisme, il existe des Enfers particuliers réservés aux femmes. Au Japon, l’image de la femme fantôme demeure vivante dans l’art populaire (Dumas, 2018).

Ces ambivalences se fondent en partie sur la représentation taoïste de l’énergie du Yang, masculine, vitale, qui produit la vie par fécondation du Yin féminin, passif, selon certaines conditions qui doivent être préservées. L’excès de pouvoir féminin rompt l’équilibre de l’ordre cosmique. Un principe féminin trop actif qui sollicite la semence outre mesure engendre la mort. Au contraire la préservation de cette semence permet de préserver le souffle vital, et de lutter contre la corruption du corps. Ainsi Mais en Chine, la force vitale de l’amour peut parfois conduire à ressusciter un mort (cf. la pièce de théâtre du XVIe siècle Le Pavillon aux pivoines), et l’amour avec un fantôme peut permettre de faire revenir la belle d’une époque passée mais bien définie. Enfin, comme le rappelle Vandermeersch, cette cosmologie qui ne permet pas de penser un yang absolu sans yin ouvre aux femmes lettrées la voie de la poésie pour manifester leur féminité sans mettre en danger l’ordre confucéen (Vandermeersch, 2004).

Mais au Japon, le paradigme de la danse érotique de la déesse Amenouzume, donnée comme l’ancêtre du Kagura et du théâtre Nô, est différent : cette danse surmonte la mort en réveillant les énergies vitales représentées par le Soleil — la déesse Amaterasu —, un temps éclipsé au solstice d’hiver, en provoquant le rire des divinités plongées dans l’obscurité qui laissent ainsi échapper le souffle vital par leur bouche. Aujourd’hui les Japonais annoncent la mort de quelqu’un en souriant comme pour réactiver ces énergies qui sont menacées de disparaître.

Modalités de contribution

Pour ce numéro thématique de la revue Art Asie Sorbonne, nous attendons des propositions de contributions ayant trait au thème du couple Éros et Thanatos dans les arts visuels asiatiques de toutes époques, y compris sous leurs formes vernaculaires et populaires, d’une longueur de 30 000 signes environ, accompagnées d’illustrations libres de droits (les articles en anglais sont également acceptés).

Les propositions comportant un résumé en français et en anglais, accompagnées de mots-clés, d’une brève bibliographie, et d’une courte bio-bibliographie devront être reçues

avant le 30 juillet.

La réponse sera donnée au plus tard le 15 août. Les articles sont attendus au plus tard le 30 octobre.

Les propositions sont à transmettre à Christine Vial-Kayser (christine.vialkayser@gmail.com), Mary Picone (marypicone@hotmail.com) et Edith Parlier-Renault (Edith.Parlier-Renault@wanadoo.fr).

Évaluation

La sélection est faite par le comité éditorial de la revue, après évaluation par un conseil scientifique ad hoc composé de spécialistes de l'art en Asie, membres de la Sorbonne ou d'autres universités et Instituts de recherche.

Éditrices

  • Edith Parlier-Renault est historienne de l'art (Inde/Asie du sud), professeur à la Sorbonne, directrice du Creops (centre d'études des arts d'Asie de l'université de la Sorbonne);
  • Christine Vial Kayser, conservatrice du Patrimoine et HDR, chercheur associé au Creops et présidente de l'Association Asie-Sorbonne, est historienne de l'art contemporain asiatique ;
  • Mary Picone, chercheur émerite à l'EHESS, anthropologue, est spécialiste du Japon, membre du CA de l'association Asie-Sorbonne.

Bibliographie

Raechel Dumas, The Monstrous-Feminine in Contemporary Japanese Popular Culture, Springer, 2018.

Léon Vandermeersch, « Poèmes féminins du seuil de la mort dans la Chine des Qing », Savoirs et clinique, 2004/2 (no5), pp. 63 à 66. En ligne.

Argument

From Plato to Saint Augustine to Freud, the pairing Eros / Thanatos occupies a place that is both central and multi-faceted in Western thought and art. It appears as a celebration of love as a vital energy that allows the (male) soul to escape its mortal body and reach the divine, but also as a threat when under the effect of carnal desire, or of feminine, maternal power, the soul is exhausted.

This is also the case in Asian thought and art, whether in popular beliefs and images, religious icons, classical, traditional or contemporary representations.

In India as well as in the Himalayan world and in some Southeast Asian countries, art inspired by Tantrism, whether Buddhist or Hindu, has made erotic union the metaphor par excellence for spiritual experience. Images of eros can be linked to terrifying or funereal figures, in a perspective that aims to overcome the opposition between pleasure and fright. The Sanskrit term kāma that qualifies eros extends more broadly to all forms of desire, but also specifically refers, in Hinduism, to the deity who presides over romantic relationships. In Buddhist legend, the god Mâra ("Death") rules over the world of Desire (Kāmadhātu): it is him whom the Buddha must confront before attaining Enlightenment. The Kāma of Hindu mythology is not in the same way confused with death, but is connected with it: reduced to ashes by the god Śiva for daring to attack him, he is soon resurrected by the latter at the behest of the Goddess. The myth thus marks the intimate solidarity of eros with the female deities, while illustrating the ambiguous relationship it has with asceticism, the masculine and the powers of destruction. These themes have continued to run through Indian artistic creation right up to the present day. The end of the 19th century saw the emergence of an ambivalent personification of the nation that finds its source in the pantheon of Hindu goddesses. The links between the divine, the feminine and death continue to inspire 20th century cinema and art.

Love and death are also linked in classical China and Japan, essentially as highlighting the dangers of female eroticism, presented as monstrous, disturbing, masked appearance of vixens or ghosts. Thus in Buddhism, there are specific hells reserved for women. In Japan, the image of the female ghost remains alive in folk art (Dumas, 2018).

These ambivalences are based in part on the Taoist representation of the Yang, masculine, vital energy that produces life through fertilization of the feminine, passive Yin, under certain conditions that must be preserved. Excessive feminine power breaks the balance of the cosmic order. An overly active female principle that overstretches the production of semen results in death. On the contrary, the preservation of the semen makes it possible to preserve the vital breath, and to fight against the corruption of the body.

But in China, the vital force of love can sometimes lead to the resuscitation of a dead person (cf. the 16th century play The Peony Pavilion), and love with a ghost can bring back a loved beauty, of a past but well-defined era. Finally, as Vandermeersch reminds us, this cosmology, which does not conceive an absolute yang without a yin, opened the way for literate women to manifest their femininity without endangering the Confucian order (Vandermeersch, 2004).

In the same way, in Japan, the erotic dance of the goddess Amenouzume, given as the ancestor of Kagura and Noh theatre, overcomes death by awakening the vital energies represented by the Sun - the goddess Amaterasu -, eclipsed for a time at the winter solstice, by provoking the laughter of the deities plunged into darkness who thus let the vital breath escape through their mouths.

Submission guidelines

For this thematic issue of the journal Art Asie Sorbonne, we are looking for contributions dealing with the theme of the couple Eros and Thanatos in Asian visual arts of all periods, including their vernacular and popular forms, of a length of about 30,000 signs, accompanied by illustrations free of rights (articles in English are also accepted).

Proposals with an abstract in French or English, accompanied by keywords, a brief bibliography, and a short bio-bibliography

should be received by July 30.

The answer will be given by August 15 at the latest. Articles are due by October 30.

Proposals should be sent to Edith Parlier-Renault (Edith.Parlier-Renault@wanadoo.fr); Christine Vial-Kayser (christine.vialkayser@gmail.com), Mary Picone (marypicone@hotmail.com).

Bibliography

Raechel Dumas, The Monstrous-Feminine in Contemporary Japanese Popular Culture, Springer, 2018.

Léon Vandermeersch, "Poèmes féminins du seuil de la mort dans la Chine des Qing", Savoirs et clinique, 2004/2 (no5), pp. 63-66. Online.

Places

  • Paris, France (75)

Date(s)

  • Friday, July 30, 2021

Keywords

  • Eros, Thanatos, Yin, Yang, féminin, mort, corps, spiritualité

Contact(s)

  • Christine Vial Kayser
    courriel : christine [dot] vialkayser [at] gmail [dot] com
  • Edith Parlier-Renault
    courriel : edith [dot] parlier-renault [at] wanadoo [dot] fr

Reference Urls

Information source

  • Christine Vial Kayser
    courriel : christine [dot] vialkayser [at] gmail [dot] com

To cite this announcement

« Eros and Thanatos in the Arts of Asia », Call for papers, Calenda, Published on Tuesday, May 25, 2021, https://calenda.org/881363

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