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Temporalité(s) biographique(s)

Rupture, événement et sens

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Veröffentlicht am Dienstag, 08. Juni 2021 bei João Fernandes

Zusammenfassung

La biographie fascine, la biographie passionne et la biographie dérange aussi. L’évolution du genre a suscité jusqu’à nos jours de très nombreuses études et révélé à juste titre que l’exercice était selon François Dosse (2005), « un bon terrain d’expérimentation pour l’historien », pouvant « mesurer le caractère ambivalent de l’épistémologie de sa discipline ». L’événement et la biographie sont indissociables dans leurs troublantes rencontres et en même temps les gommages successifs qui sont contraints par une irrépressible obligation de donner un sens à une vie.

Inserat

Argumentaire

La biographie fascine, la biographie passionne et la biographie dérange aussi. L’évolution du genre a suscité jusqu’à nos jours de très nombreuses études et révélé à juste titre que l’exercice était selon François Dosse (2005), « un bon terrain d’expérimentation pour l’historien », pouvant « mesurer le caractère ambivalent de l’épistémologie de sa discipline ».

L’événement et la biographie sont indissociables dans leurs troublantes rencontres et en même temps les gommages successifs qui sont contraints par une irrépressible obligation de donner un sens à une vie.

Cette journée d’études qui se veut une première étape appelle la rencontre de chercheurs autour des aspects autant épistémologiques qu’exemplaires à travers des destins et des trajectoires particuliers dont l’étude transcenderait des variables comme l’irréversibilité, le sens de l’événement, et cet événement comme porteur de sens et générateur de nouvelles cohérences (Michèle Leclerc-Olive, 1997).

Programme

9h00-9h15 : Accueil et ouverture : mot introductif de Frédéric BIDOUZE, UPPA- ITEM

  • 9h15-9h45 : Michèle LECLERC-OLIVE, Institut de Recherche Interdisciplinaire sur les Enjeux Sociaux (IRIS - UMR 8156)
    • Le biographique entre expérience partagée et frilosité épistémique.

Le champ du biographique a connu (connait) un sort académique curieux. D’un côté, il a été longtemps occulté comme champ d’expérience (alors que c’est le seul ‘objet’ de recherche dont on peut parler ‘de l’intérieur’ et de l’autre les diverses approches de sciences humaines et sociales (psychologie, psychanalyse, etc.) qui se sont emparées de ce champ, l’ont en fait ‘détemporalisé’. A partir de quelques exemples concrets, je voudrais d’abord préciser ce que signifie ici ‘détemporaliser’ et présenter le concept d’événement biographique, catégorie centrale d’une anthropologie du biographique. Puis, partant du constat que les épistémologies classiques du temps n’accordent à l’événement qu’une place subsidiaire (Ricoeur), je revisiterai les problématiques élaborées entre les deux guerres (largement abandonnées depuis le milieu du XXème siècle) qui esquissent des bases théoriques pour échapper à ces épistémologies réductrices, afin de donner une place sui generis au biographique dans le concert des disciplines scientifiques et suggérer du coup une différence radicale entre processus et histoire.

  • 10h-10h30 : Frédéric BIDOUZE, Université de Pau et des Pays de l’Adour - ITEM
    • La biographie au défi des temporalités de la Révolution française : Entre « illusion biographique » et « illusion héroïque ».

Les biographies des protagonistes de la Révolution française sont difficilement solubles dans la continuité de l’histoire de France, tant le prisme du choix et de la bifurcation, considérés comme une trahison souvent ou un repentir, dans un sens ou dans l’autre, ont du poids. L’historiographie retient plutôt de manière presque consubstantielle à ses orientations partisanes caractéristiques, soit le destin tourné vers l’avenir et le progrès révolutionnaire, soit le projet tourné vers le passé, le conservatisme ou la trahison contre-révolutionnaire. Entre les deux pourtant, comme dans un manège, les premiers révolutionnaires deviennent souvent les traîtres d’une cause qui les a dépassés et les plus radicaux sont à la cime d’un sommet politique, celui qui a donné naissance à la démocratie française et qui lui a donné son ADN schizophrénique.Cette communication se propose d’esquisser une manière de gommer 1789 à partir de certaines réflexions et à l’appui de certaines figures ; elle se concentre autour d’un ardent désir de liberté et de résistance au « despotisme » qui s’est malheureusement heurté à son faux-double recomposé à l’occasion des troubles révolutionnaires, idéologique, voire utopique, renversant jusqu’à nos jours le paradigme de La liberté, derrière la question contingente du pour ou contre le roi et la monarchie.L’événement révolutionnaire semble constituer une toile de fond idoine pour recentrer l’exercice biographique vers un paradigme qui repousse les évidences, l’idéologie ou les représentations totalisantes, et qui privilégie le découpage, le fractionnement, autres versants de l’histoire et de sa véracité. Cela peut équivaloir à rendre impossible l’exercice biographique calqué sur la Révolution et le rentabiliser plutôt à l’échelle du temps historique plus large en oubliant certaines contingences souvent cristallisées en représentations définitives à vue courte. « Oublier » 89 (ou 92, 94) consisterait non seulement à ne plus fonctionner en termes de rupture de représentations dans les parcours et les destins mais à assister à une vie, une oeuvre, des erreurs qui font l’homme ou la femme, pour comprendre l’individu et, au-delà, l’Histoire

  • 10h45-11h15 : Bernard LACHAISE, Université Bordeaux-Montaigne
    • Trois dates dans une vie de gaulliste : 13 mai 1958, 30 mai 1968, 10 mai 1981.

Pour le personnel politique gaulliste, les trois dates retenues correspondent a priori à un événement majeur, le retour au pouvoir du général de Gaulle après une longue attente (1958), à une explosion de joie après la grande peur de mai (1968) et à un moment douloureux, la perte du pouvoir après presque un quart de siècle d’exercice sans partage (1981). Il s’agira, aujourd’hui, d’interroger la représentation de ces trois dates dans les mémoires de gaullistes ayant participé à des gouvernements sous la Ve République (Michel Debré, Jacques Chaban-Delmas, Pierre Messmer, Jean Foyer, Jean-Marcel Jeanneney, Robert Poujade, Roselyne Bachelot) ou appartenu à l’entourage du général de Gaulle (Jacques Foccart, Pierre Lefranc, Bernard Tricot) ou ayant seulement du Parlement (Pierre Bas) ou de la vie militante (Jacques Dauer).Leur représentation des événements permettra d’en apprécier la place dans leur trajectoire individuelle et dans une biographie collective des gaullistes.

  • 11h30- 12h 00 : Laurent JALABERT, Université de Pau et des Pays de l’Adour - ITEM
    • Trois dates dans les Mémoires de socialistes : 13 mai 1958, 30 mai 1968, 10 mai 1981.

Les « mémoires » des hommes politiques constituent une source importante de l’histoire politique contemporaine. Ces récits autobiographiques mettent en valeur des postures subjectives autour de moments vécus, des conjonctures susceptibles de marquer des parcours de vie et des carrières politiques. Les trois dates retenues constituent des marqueurs de l’histoire de la Vème République, point de départ et d’arrivée de la recomposition des gauches socialistes en France. La communication recoupera les récits de ceux qui seront amenés à gouverner le pays après 1981 dans l’entourage de F. Mitterrand : Pierre Joxe, Roland Dumas, Lionel Jospin, Michel Rocard, Louis Mermaz, Louis Mexandeau, Pierre Mauroy, Jack Lang, Raymond Forni, Louis Mexandeau, Jean-Pierre Chevènement, Daniel Vaillant, Claude Estier etc… Autant d’acteurs majeurs du politique qui revisitent par leur récit les trois moments étudiés, il s’agira ici de voir en quoi l’impact des ces moments peut ou pas, comment, jouer sur les trajectoires individuelles et collectives ?

12h-12h30 : Clôture de la matinée, débat et questions

  • 14h-14h30 : Pierre COURROUX, Université de Pau et des Pays de l’Adour - ITEM
    • Charles d’Albret face à l’assassinat du duc d’Orléans (23 novembre 1407) : événement et émotions dans les trajectoires politiques.

La biographie Charles Ier d’Albret, grand féodal gascon, cousin germain du roi et connétable de France, connaît jusqu’en 1407 une trajectoire brillante. Face aux querelles qui opposent les ducs d’Orléans et de Bourgogne, il fait le choix de la neutralité, celle du grand serviteur de la monarchie française, et apparaît même comme un arbitre face aux tensions partisanes. Une seule nuit, celle du 23 novembre 1407, où des hommes de main du duc de Bourgogne massacrèrent en pleine rue le duc d’Orléans, va entièrement bouleverser ses relations et sa carrière politique. Premier témoin du crime et commanditant l’enquête, Charles d’Albret est comme beaucoup indigné par le crime. Il abandonne un temps les calculs politiques pour défendre des notions d’honneur et de vengeance. Mais une fois les émotions retombées, il se rend compte qu’il n’est désormais plus possible d’être un simple serviteur neutre de l’Etat. Voilà pourquoi il choisit bien tard et malgré lui de rejoindre les ligueurs Orléanistes, plutôt que le roi contrôlé par les Bourguignons, préférant ses liens familiaux et son positionnement moral à sa fonction et au service de l’Etat. Il n’en fallait pas plus pour que la postérité fasse de lui un « orléaniste » convaincu. A travers le cas de Charles d’Albret se dessine celui de nombreux autres grands serviteurs de l’Etat à cette époque, qui furent pris dans les mêmes tourments et virent leur trajectoire bouleversée par l’assassinat de 1407. A rebours des analyses historiques habituelles qui insistent sur les permanences économiques et politiques, sur les structures presque « immuables » des partis orléanais et bourguignons, nous voulons montrer que les partis politiques de l’époque n’étaient pas figés et que l’émotion ressentie à la suite d’un événement inouï pouvait complètement changer des trajectoires.

  • 14h45-15h15 : David DIOP, Université de Pau et des Pays de l’Adour - ITEM
    • Un républicain au sang bleu. Le marquis de Ségur, académicien et biographe de son arrière-grand-père en 1909.

Le marquis de Ségur est l’arrière-petit-fils du Comte Louis-Philippe de Ségur. Il est l’auteur de la Préface de ses Souvenirs et anecdotes du règne de Louis XVI publiées en 1824 et rééditées en 1909 par les éditions Fayard. Ma communication s’intéressera à la Préface du marquis de Ségur, préface qui prend la forme d’une biographie politique de son aïeul. Cette étude visera à montrer combien la temporalité biographique a partie liée avec la temporalité dans le roman. Comme le narrateur d’un roman, le biographe a le pouvoir de mettre en intrigue le récit d’une vie, de sélectionner dans l’histoire d’un individu des événements lui conférant un sens à la fois singulier et exemplaire. Sans doute fortement influencé par le contexte historique et social dans lequel il publie sa préface biographique, l’arrière-petit-fils du Comte Louis-Philippe de Ségur oscille entre le panégyrique de la haute qualité nobiliaire de son ancêtre et l’exaltation de son constant dévouement à la République. Nous verrons ainsi comment le marquis de Ségur fait figurer son aïeul dans l’Histoire de France comme l’archétype de l’attachement paradoxal d’une partie de la Noblesse à la République, comme le modèle indépassable d’un républicain au sang bleu.

  • 15h30-16h 00 : Simona CORLAN-IOAN, Université de Bucarest - IEA
    • Prêtre, prisonnier politique, survivant. Le récit de vie de mon grand-père.

Gheorghe Rosca, prêtre orthodoxe dans un village au sud-est de la Roumanie, père des neuf enfants, a pris la décision de ne pas céder les terres de ses ancêtres au profit de la coopérative agricole à la fin des années 1950. Son refus a été puni de 7 ans d’emprisonnement politique sous l’accusation de complot contre le régime. Survivant des prisons politiques, rentré à la maison, il a repris ses fonctions ecclésiastiques en servant dans l’église de son village natal jusqu’à la fin de sa vie. Mon grand-père n’a jamais parlé des années de prison, peut-être, par peur de les revivre ou par peur de mettre sa famille en danger. Il a survécu au changement du régime politique, et au début des années 1990 a récupéré une bonne partie de ses terres. L’homme a pardonné à ceux qui l’ont condamné à la prison et le très vieux prêtre a accepté de donner la dernière bénédiction à ses anciens accusateurs et de célébrer leurs funérailles. Son nom est entré dans le Panthéon des prêtres qui ont lutté contre le régime communiste et commémoré par l’église orthodoxe. A travers l’analyse de cette biographie, je vais montrer la trajectoire imprévisible et indissociablement lié aux événements et changements politiques, à travers trois régimes politiques, d’un homme porté par son attachement à la terre de ses ancêtres, à la communauté et à la religion qu’il servait.

  • 16h15-16h45 : Abel KOUVOUAMA, Université de Pau et des Pays de l’Adour - ITEM
    • Chimpa Vita ou le destin historique d’une femme prophétesse au 18ème siècle dans le royaume Kongo.

Au 18è siècle, une femme-prophètesse appelée Mafuta Fumaria invoquait la figure du Christ pour rétablir l'unité au sein du royaume Kongo en ordonnant au roi Nsaku Mvemba (Pedro IV) retiré sur le Mont Kimpangu de revenir dans la capitale MBanza Kongo. Kimpa Vita (alias Dona Béatrice par le colonisateur portugais), appelée la Jeanne d’Arc congolaise par l’historien Ibrahima Baba Kaké, est une jeune aristocrate de vingt-deux ans qui reprend et amplifie l'action prophétique de Mafuta Fumaria devenue son alliée. Elle installe de nouveau l'action prophétique féminine dans le champ des luttes politiques d'où l'avait exclu l'ordre colonial. A travers cette réflexion sur la biographie de Kimpa Vita, figure prophétique dans le royaume Kongo du 18ème siècle, je vais montrer non seulement l’indissociabilité de la biographie et de l’événement, mais également le destin imprévisible de la trajectoire d’une jeune aristocrate, une femme politique portée par le rêve prophétique de libérer le royaume Kongo de la domination portugaise et de rétablir l'unité au sein du royaume. Mais elle sera brûlée vive sur le bucher le 2 juillet 1706 par le colonisateur portugais.

17h 00 : Clôture de la journée, conclusions et perspectives.

Orte

  • Amphithéâtre de la Présidence - Avenue de l’Université
    Pau, Frankreich (64012)

Daten

  • Freitag, 11. Juni 2021

Schlüsselwörter

  • biographie, épistémologie, histoire, anthropologie, événement, sens, rupture

Kontakt

  • Frédéric Bidouze
    courriel : frederic [dot] bidouze [at] univ-pau [dot] fr

Informationsquelle

  • Joëlle Sauces
    courriel : joelle [dot] sauces [at] univ-pau [dot] fr

Zitierhinweise

« Temporalité(s) biographique(s) », Fachtagung, Calenda, Veröffentlicht am Dienstag, 08. Juni 2021, https://calenda.org/886940

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