HomeQu’est-ce que le trou ?

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Published on Monday, June 21, 2021 by Céline Guilleux

Summary

Qu’est-ce qu’un trou ? Objet mal identifié au son incongru, bien qu’ayant une origine étymologique très claire, il passe souvent inaperçu, n’intéressant que très peu la science, mis à part quelques astrophysiciens (Hawking) et psychanalystes (Lacan). Voilà un premier trou, celui de la conscience. Fournissant de nombreux services à nos sociétés, dans nos activités au quotidien, il a donc une histoire, une géographie et donc un registre lexical étendu pour le nommer. Si le trou préexiste à l’homme, il est pertinent d’analyser la manière qu’a eu ce dernier de s’en saisir, car il l’a largement développé sur le plan technique mais aussi en tant qu’il est une hétérotopie (Foucault) et un dispositif (Heidegger et Rebout) sur un plan politique et anthropologique.

Announcement

Argumentaire

Détrompez-vous, le trou n'est ni futile, ni anecdotique et encore moins vulgaire. Au contraire, on peut s'en emparer pour en faire un objet de pensée touchant au réel ou à l'imaginaire, au moins faire surgir la complexité du monde à son contact. C'est du moins le pari de cet appel à contribution. Le trou porte en lui un pouvoir immense, celui d'interroger le monde, les sciences et les hommes. D'ailleurs en 1977, Lacan introspectif a dit sur le trou qu'il serait curieux quand même que ça ait rapport avec la fonction phallique. Ce n’est certainement pas en tout cas un signifiant de première main. Évidemment que le mot trou est un signifiant, mais justement c’est un signifiant dont personne ne sait ce qu’il peut vouloir dire. Il faudrait peut-être pousser un peu les choses là-dessus. Donnons à son intuition raison.

Après l'exposition au Musée ethnologique de Neuchatel voici 30 ans (Hainard), les éditions Phanères ont l'ambition de construire une publication originale centrée sur le trou dans ses différents contours et plis (Deleuze) de la matière et de la pensée. Il faut reconnaître que les sciences parlent peu du trou, mis à part le trou noir qui fascine tellement de nos jours. Les contributions pourront être monographiques, conceptuelles et même techniques, avec pour objectif une meilleure connaissance du trou sur un plan anthropologique, symbolique, une meilleure compréhension des services qu'il rend à nos sociétés qui se refusent souvent à le voir pour ce qu'il est. D'où sa relégation en tant que source de réflexion et objet de science.

Notez que le trou existe avant l'avènement de l'homme grâce au relief tourmenté de la terre et ce que la vie s'est entêtée à produire depuis la première bactérie dans les eaux primordiales en créant les organes de la vue et de la bouche. Il est pertinent de montrer quels rapports l'homme au cours de son histoire a entretenu avec le trou, ce qui fait sens pour lui de sorte à définir cette surface sensible, cette masse sombre, terra incognita.

À bien y regarder, le trou est partout autour de nous, rendant possible de multiples activités personnelles, professionnelles, scientifiques et désormais politiques. Faire de la politique signifie très souvent gérer des trous. Le trou est à la fois un dispositif et une hétérotopie, au moins un mode important de symbolisation permettant un changement d'état à la manière de ce que produit une œuvre au noir, un rite de passage.

Dans la plupart des cas, le trou communique avec un autre trou à plus ou moins grande distance. Un trou est rarement seul et n'a de sens et de fonction qu'en étant multiples. Par exemple, un crible, un tamis, une trémie, une passoire. Certains objets n'ont de fonction qu'en étant troués. Par exemple une salière, une boite aux lettres, un biberon. À l'inverse certains objets gardent toute leur valeur et leur utilité s'ils ne sont pas troués. Par exemple un pneu, une coque de bateau. Le trou engage une riposte et une science du colmatage et du bouchon. Les langues vernaculaires s'en donnent à cœur joie pour nommer cette cohorte d'objets et d'outils spécialisés qui s'opposent au trou pour mieux le contrôler.

Le trou pourra être abordé sous différents paradigmes, avec une préférence pour les sciences humaines. Le trou peut être compris comme un vide, une béance et un silence, un écart et un intervalle, un passage ou un tunnel, un percement, un stigmate, un point, un organe et un orifice, un procédé et une technique dans la société des hommes afin de construire ou détruire un individu ou un groupe de personnes. Les arts, la photographie et la littérature, la linguistique, l'archéologie, l'histoire et la géographie, la mythologie et le rituel, le médical, la guerre, le carcéral peuvent être convoqués. Entre présence et absence, entre un apparaître et un disparaître, il est possible de relire l’œuvre d'un artiste, d'un ethnologue, d'un philosophe à partir de cette entrée qu'est le trou.

Si le trou semble être le produit d'un geste technique (du plus simple au plus sophistiqué), la préhistoire nous donne déjà des marqueurs précis dans l'outillage, le dépeçage des animaux, les premiers rituels et les premiers soins médicaux (trépanation, soins dentaires). On peut aborder le trou en tant qu'il existe dans sa bordure, dans le pli qui l'annonce. Bien des sciences sont en réalité des sciences du trou sans le dire clairement. Quand il s'agit de la terre, le rudologue, le spéléologue, le géologue ; quand il s'agit des êtres vivants, un ornithologue, un paléontologue, un médecin (peu importe la spécialité) ; quand il s'agit des étoiles, les astronomes et les physiciens ; quand il s'agit des hommes, un tatoueur, le psychanalyste, l'anthropologue. Alors que la terre est ronde, le trou : on y vient ou on en sort !

Dans le sport, le trou est très souvent l'objectif. Il est ce vers quoi il faut viser : trou sombre, point de fuite, passage obligé, piège et obstacle afin de créer de la dramatisation et des marques de distinction entre concurrents. Le trou est cette chose qui permet une action et son contraire. Sur le plan de la fantaisie et du ridicule, le trou est source du rire et de la mise en scène comique : un individu qui chute ou qui creuse sans savoir très bien pourquoi (Sapeur Camenber).

Il existe cependant des vrais figures du trou : le trou noir désormais notre monde contemporain, le punctum, le nombril et l'omphalos, le trou de serrure, lesquels pourraient réclamer à eux seuls des ouvrages indépendants.

L'ensemble des contributions devraient pouvoir nous donner au final une vision plus précise de ce qu'est le trou en général ou d'un trou en particulier. Le registre sexuel et scatologique peut être sollicité à condition qu'il ne soit pas gratuit et l'occasion de se répandre dans le vulgaire.

On sera intéressé sans exclusive par des contributions qui traceront une histoire, une géographie, une anatomie réelle ou imaginaire du trou touchant aux corps, à la technique, aux sciences, à la politique, au symbolique, à l'architecture.

Quelques pistes pour les contributions

  • La perception du trou au travers des sciences et des sociétés.
  • Usage et représentation du trou dans les mythes, en philosophie et en ethnologie.
  • Invention du trou et son histoire technique, lexicale, sociétale, archéologique.
  • Le trou en tant qu'il opère l'être et le monde symbolique et religieux.
  • Le trou en tant qu'il permet une activité humaine, un sport, un artisanat.
  • Représentation des trous, des organes et autres orifices
  • Relecture d'une œuvre plastique ou intellectuelle.
  • Le trou en tant qu'expérience esthétique, corporelle, visuelle.
  • Usage du trou dans la nature, la faune et la flore.

Modalités pratiques d'envoi de propositions

1 à 2 pages avec un résumé du parcours du contributeur sous format PDF à l'adresse : ed.phaneres@gmail.com

Adjoindre 3 à 5 mots-clés et les principales références bibliographiques. Possibilité d'échanger avant cette date.

Les propositions seront examinées par le comité des éditions Phanères composées de spécialistes en sciences humaines.

  • Lionel Rebout, docteur en Philosophie – Université Paris Nanterre
  • J.-L. Labussière, professeur émérite – Université Paul Valéry
  • Nathalie Lykovski, archéologue
  • Sylvie Parrot, ethnologue

Calendrier

  • Jusqu'au 1er octobre : Envoi du projet de contribution et réponse du comité de lecture.

  • Fin décembre, rédaction de l'article en français de 20000 à 40000 caractères. Des illustrations sont possibles (à discuter selon pertinence). Des consignes de rédaction très simples seront données en temps utile.
  • 1er trimestre 2022 : publication de l'ouvrage qui sera diffusé aussi largement que possible.

Bibliographie indicative

BARTHES 1980 : Chambre claire. Note sur la photographie, Gallimard, 200 p.

CZERMAK Marcel 2004 : Déspécification des trous du corps, in Figures de la psychanalyse, n°10, pp. 87-91.

DELEUZE Gilles 1988 : Le Pli. Leibniz et le Baroque, Éditions de Minuit

GRAUER Benoît 2001 : Le trou du champ, in Cahiers de Gestalt-thérapie, n° 9, pp. 87-98.

HAINARD Jacques et KAEHR Roland 1990 (dir.) : Le trou, Musée d'Ethnographie de Neuchâtel, 324 p.

IACUB Marcela 2008 : Par le trou de serrure. Histoire de la pudeur publique, XIX-XXe siècles, Fayard

REBOUT Lionel 2019 : L'île en tant qu'elle est un trou, in Carnets (APEF) [En ligne], Deuxième série – 17

SCHEER David 2014 : La prison de murs troués… Essai d'analyse d'une micro-architecture carcérale de l'embrasure, in Champ pénal, n°11

Places

  • Paris, France (75)

Date(s)

  • Friday, October 01, 2021

Attached files

Keywords

  • trou, hétérotopie, dispositif, vision, corps, être

Contact(s)

  • Paul TERLET
    courriel : ed [dot] phaneres [at] gmail [dot] com

Information source

  • Paul TERLET
    courriel : ed [dot] phaneres [at] gmail [dot] com

To cite this announcement

« Qu’est-ce que le trou ? », Call for papers, Calenda, Published on Monday, June 21, 2021, https://calenda.org/887588

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