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Politique et poétique du gueux

Rogues et pícaros dans l’Espagne et l’Angleterre médiévales et renaissantes

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Published on Wednesday, June 23, 2021 by João Fernandes

Summary

Au sein de la littérature occidentale, on a rapidement perçu dans la picaresque une « tradition historiquement et géographiquement délimitée » propre à l'Espagne du « Siècle d'or », un genre à part quasiment sans précédent. À cette idée reçue, de récentes études viennent rappeler l'importance des origines apuléiennes et lucianesques de cette formule narrative « neuve ». Le gueux à l’esprit madré semble bien ainsi le fils prodigue des Anciens. Ne faudrait-il pas, dès lors, prolonger la réflexion et reconsidérer à tout le moins le cliché scientifique qui voit dans ce personnage le parfait exemple (dissident) du héros de la Renaissance ? Le Moyen Âge n'a-t-il pas participé lui aussi à l'engendrement de l’aigrefin ?

Dentro de la literatura occidental, la crítica vio muy pronto en la picaresca una “tradición histórica y geográficamente acotada”, propia de la España del Siglo de Oro,  un género aparte casi sin precedentes. A este respecto, estudios recientes comienzan a poner de relieve la importancia de los orígenes apuleyano y lucianesco de esta “nueva” fórmula narrativa. Con su espíritu ladino, el pícaro se presenta como el hijo pródigo de los Antiguos. ¿No convendría, por lo tanto, seguir rastreando sus huellas y cuestionar el clisé científico que ve en este personaje un acabado ejemplo del antihéroe renacentista? ¿No participó también la Edad Media en la gestación del futuro “mozo de muchos amos”?

Within Western literature, the picaresque was quickly perceived as a “historically and geographically delimited tradition” specific to Spain during the Golden Age, a genre apart from the rest, almost without precedent. Going against this common misconception, recent studies have reminded us of the importance of the Apuleian and Lucian origins of this ‘new’ narrative formula. The wily beggar thus seems the prodigal son of the Ancients. Shouldn't we therefore extend the reflection and, at the very least, reconsider the scientific cliché that sees in this character the perfect (dissident) example of the Renaissance hero? Didn't the Middle Ages also contribute to the creation of the cunning rogue?

Announcement

13-14 octobre 2022, Université de Poitiers, Centre d’Études Supérieures de Civilisation Médiévale – UMR 7302 (Hôtel Berthelot, 24 rue de la Chaîne, Poitiers)

Argumentaire

Du reste, sur la péninsule Ibérique, qui vit naître Lazarillo sur les rives du Tormès, il ne serait pas surprenant de voir affleurer quelques racines qui durent marquer de leur empreinte les vicissitudes de cet anti-héros propre à la première modernité. Que penser, en effet, de l'influent personnage de l’insubordonné qui, se positionnant contre le monarque ou contre ses différents bras institutionnels, a trouvé de nombreux échos ? Le Cid Campeador, dont s’inspira Corneille en France, est certainement l’une des figures les plus marquantes du Moyen Âge sud-européen, dans la continuité d’Achille contre Agamemnon et, plus proche de lui, de Renaud de Montauban contre Charlemagne.

En Angleterre, le débat scientifique invite à questionner la pluralité des métamorphoses picaresques. À la charnière du XVIe et du XVIIe siècle, les « conny- catching pamphlets » de Robert Greene, ces opuscules qui détaillent par le menu les agissements frauduleux d’habiles plume-pigeons, rencontrent un franc succès. Thomas Nashe publie The Unfortunate Traveller, considéré comme roman picaresque. Avec les personnages de Falstaff dans King Henry IV et d’Autolycus dans The Winter’s Tale, Shakespeare met en scène des roublards somme toute sympathiques et dont la notion très relative de l’honneur n’est pas sans rappeler l’ethos paradoxal du pícaro, « incarnation exemplaire de l’antihonneur ». Beaucoup de ces figures de fictions sont héritières de la mètis grecque, des ruses du baron de Maupertuis, traduites par William Caxton sous le titre The History of Reynard the Fox (1481), tout autant que des premiers récits picaresques espagnols. On pourra donc se demander comment la source espagnole « se greffe en Angleterre sur la tradition nationale (celle des livres de gueuserie et du Jack Wilton de Thomas Nashe), qu’il infléchit dans le sens d’un anathème contre le vice ».

Les personnages marginaux appelés respectivement rogues et pícaros ont déjà fait, séparément, l’objet d’études variées. La perspective ici envisagée propose de les mettre en regard et de les faire dialoguer, afin de s’interroger sur la création, la circulation et l’évolution des modèles littéraires d’une époque à l’autre (Moyen Âge et Renaissance) et d’un pays à l’autre (Espagne et Angleterre). Dans ce cadre, on invitera les chercheurs à considérer ce que ces représentations fictionnelles nous disent de la société dans laquelle ils agissent : les choix sociopolitiques qui s’expriment d’une part, des attentes et les réponses éventuelles des lecteurs et des spectateurs de l’autre. On pourra se demander alors de quelle manière les gueux s’inscrivent dans la société ou s’en démarquent, quelle voie, peut-être, suggère leur auteur, dans un contexte où le conformisme et l’utopisme s’entrecroisent fréquemment.

N’est-ce pas, d’ailleurs, une nouvelle taxinomie qui émerge alors ? À quel  moment ces termes spécifiques apparaissent-ils et pourquoi précisément à ce moment- là ? Selon l’Oxford English Dictionary, la première occurrence rogue daterait de 1489, avec pour sens de « idle vagrant, vagabond », alors que l’acception varie en 1568 où il se met à désigner « a dishonest, unprincipled person ; a rascal, a scoundrel » ; la langue anglaise s’approprierait le terme de pícaro en 1622, comme synonyme de « rogue, scoundrel ». Or, ces deux termes, qui ne sont pas exactement synonymes, ne recouvrent-pas une réalité semblable. Des emprunts existent-ils d’un pays à l’autre qui conservent la spécificité de chaque terme ? À quel moment les divers ouvrages (opuscules populaires, ballades en prose, récits, pièces de théâtre) qui les représentent sont-ils traduits de l’anglais à l’espagnol ou de l’espagnol à l’anglais ? Dans quelle optique ? Pourquoi, par exemple, environ vingt-quatre années s’écoulent entre la parution du Guzmán de Alfarache de Mateo Alemán et sa traduction par James Mabbe ? Comment la représentation de l’anti-honneur évolue-t-elle ? Pourquoi Richard Head reprend-il la veine picaresque à l’époque de la Restauration avec The English Rogue ? Ce sont là quelques questions, parmi d’autres, auxquelles ce colloque espère pouvoir répondre.

Modalités pratiques d'envoi de propositions

Les propositions sont à envoyer (300 mots maximum pour l’abstract + une bio-biblio rédigée de 200 mots maximum + merci de préciser si vous êtes intéressé par une publication ultérieure)

avant fin août

à pierre.darnis@u-bordeaux-montaigne.fr et pascale.drouet@univ-poitiers.fr

Les communications pourront se faire en 3 langues : français, anglais, espagnol

Porteurs de projet

  • Pierre DARNIS (Université de Bordeaux 3, AMERIBER – EA 3656)
  • Pascale DROUET (Université de Poitiers, CESCM – UMR 7302)

Comité scientifique

  • William C. CARROLL (Université de Boston, États-Unis)
  • Michel CAVILLAC (Université Bordeaux Montaigne)
  • Pierre DARNIS (Université de Bordeaux Montaigne)
  • Pascale DROUET (Université de Poitiers)
  • Gordon MCMULLAN (King’s College London, Angleterre)

 

13-14 de octubre de 2022

Convocatoria

Sea como fuere, no sería de extrañar que la particular y moderna configuración de este antihéroe encontrara en la península ibérica algunas raíces viejas capaces aún de dar nuevos frutos. ¿No podemos pensar, por ejemplo, que el influyente personaje del rebelde, por su oposición al monarca o a sus distintos brazos institucionales, desencadenará profundas repercusiones intertextuales? La figura de El Cid campeador, que Pierre Corneille retomó en Francia, fue sin duda una de las más importantes del Medievo meridional, en la línea del Aquiles contra Agamenón y del Reinaldos de Montalván contra Carlomagno.

En Inglaterra, el debate científico invita a cuestionar la pluralidad de las metamorfosis picarescas. En el umbral del siglo XVII, los “cony-catching pamphlets” de Robert Green, aquellos opúsculos que cuentan con todo lujo de detalles las ingeniosas trampas de agudos estafadores, empiezan a triunfar. Thomas Nashe publica The Unfortunate Traveller, que entronca con el género picaresco. Con los personajes de Falstaff en King Henry IV y de Autolycus en The Winter’s Tale, Shakespeare pone en escena unos trúhanes bastante simpáticos, cuyo singular concepto del honor recuerda el ethos paradójico del pícaro, “ejemplar encarnación del antihonor”. No pocos protagonistas de estas ficciones son los herederos de la mètis griega, de las astucias del barón de Maupertuis, que William Caxton tradujo al inglés con el título The History of Reynard the Fox (1481), y de los primeros relatos picarescos españoles. Habría que preguntarse entonces cómo el subtexto español “casa en Inglaterra con la tradición nacional (la de los libros de vagabundos y del Jack Wilton de Thomas Nashe), y lo reviste con un acusado matiz de condena del vicio”.

Los personajes marginales, llamados respectivamente rogues y pícaros, han sido objeto ya de varios estudios independientes. La perspectiva que propone este encuentro busca, pues, cotejarlos y relacionarlos entre sí para que la crítica se interrogue sobre la creación, la circulación y la evaluación de los modelos literarios desde una época hacia otra (Edad Media/Edad Primomoderna) y de un país a otro (España/Inglaterra). En este marco, el CESCM invita a los investigadores a que examinen lo que estas representaciones ficcionales revelan sobre la realidad sociopolítica en que se enmarcan, así como las expectativas y eventuales respuestas de lectura que inducen. Asimismo, cabría preguntarse de qué manera los pícaros se inscriben dentro de la sociedad, o se desmarcan de la misma, en un contexto en que el conformismo y el utopismo se entrecruzan a menudo.

Una nueva taxonomía parece también tomar forma. ¿En qué momento, por consiguiente, se irá perfilando un léxico específico y por qué precisamente en aquellos años? Según el Oxford English Dictionary, la primera ocurrencia del rogue dataría de 1489 con el sentido de “idle vagrant, vagabond”, mientras que el significado del vocablo cambiaría en 1568, cuando empezó a designar a un “dishonest, unprincipled person; a rascal, a scoundrel”; la lengua inglesa se apropiaría el término pícaro en 1622, como sinónimo de “rogué, scoundrel”. Ahora bien, estos dos términos no son rigurosamente sinónimos. ¿Existen, pues, de una lengua a otra préstamos que conservan las especificidades de cada término original? ¿En qué momento las distintas obras (opúsculos populares, baladas en prosa, relatos, comedias) que los acogen se traducen del inglés al castellano y del castellano al inglés? ¿Con qué finalidad? ¿Por qué, por ejemplo, entre la publicación del Guzmán de Alfarache de Mateo Alemán y la de su traducción por James Mabble transcurren nada menos que veinticuatro años? ¿Qué evolución se puede percibir en la representación del antihonor? ¿Por qué retomará Richard Head la vena picaresca durante la época de la Restauración con The English Rogue? Estos son sólo algunos de los interrogantes a los cuales el coloquio que presentamos tratará de dar respuesta.

Modalidades de proposiciones de ponencias

Las propuestas, que se pueden enviar

hasta el 31 de agosto de 2021

en formato PDF, deben incluir

  • un título,
  • un resumen de 300 palabras como máximo con el eje temático al que se adscribe
  • una bibliografía indicativa (hasta 200 palabras).

Lugar

Université de Poitiers, Centre d’Études Supérieures de Civilisation Médiévale – UMR 7302 (Hôtel Berthelot, 24 rue de la Chaîne, Poitiers)

Comité organizador

  • Pierre Darnis (Université de Bordeaux 3, AMERIBER – EA 3656)
  • Pascale Drouet (Université de Poitiers, CESCM – UMR 7302)

Comité científico

  • William C. CARROLL (Université de Boston, États-Unis)
  • Michel CAVILLAC (Université Bordeaux Montaigne)
  • Pierre DARNIS (Université de Bordeaux Montaigne)
  • Pascale DROUET (Université de Poitiers)
  • Fabrice QUERO (Université Pau-Valéry Montpellier 3, France)
  • Valentín NUÑEZ RIVERA (Université de Huelva, Espagne)
  • Gordon MCMULLAN (King’s College London, Angleterre)
International Conference in Poitiers (France), 13-14 October 2022

Argument

Moreover, on the Iberian peninsula, where Lazarillo was born on the banks of the Tormès River, it would not be surprising to find some precursors of this early modern antihero. What about the influential character of the insubordinate, who, whether  against the monarch or his various institutional arms, found an interesting echo? The Cid Campeador, on whom Corneille drew inspiration in France, is certainly one of the most striking figures of the South European Middle Ages, in the continuity of Achilles against Agamemnon and, closer to him, of Renaud de Montauban against Charlemagne.

In England, the academic debate invites us to question the plurality of picaresque metamorphoses. At the turn of the sixteenth and seventeenth centuries, Robert Greene's conny-catching pamphlets, which detailed the fraudulent activities of cozeners, were a great success. Thomas Nashe’s The Unfortunate Traveller was considered as a picaresque novel. With the characters of Falstaff in King Henry IV and Autolycus in The Winter's  Tale, Shakespeare portrayed a number of endearing rogues whose notion of honour was reminiscent of the paradoxical ethos of the pícaro, “the exemplary embodiment of anti- honour”. Many of these fictional figures are heirs to the Greek mètis, to the ruses of the Baron de Maupertuis, translated by William Caxton in 1481 as The History of Reynard the Fox, and to early Spanish picaresque novels. The question is how the picaresque novel “grafted itself in England on the national tradition (that of the beggar books and Thomas Nashe's Jack Wilton), which it inflected in the direction of anathema against vice”.

The marginal characters known respectively as rogues and pícaros have already been the subjects of various academic studies, yet separately. The perspective envisaged here proposes to compare them and place them in dialogue, in order to question the creation, circulation and evolution of literary models from one period to another (Middle Ages and Renaissance) and from one country to another (Spain and England). One may thus wonder what these fictional representations tell us about the society in which they acted, about its socio-political choices on the one hand, and about the expectations and answers of readers and spectators on the other. One may wonder whether (and/or how) rogues find their places in society or how they stand out from it, and where the author stand especially in a socio-political context in which conformism and utopianism often intersect.

When do these specific terms, ‘rogues’ and ‘pícaros’, appear and why precisely at this point? According to the Oxford English Dictionary, the first occurrence of ‘rogue’ dates back to 1489, meaning “idle vagrant, vagabond”, but the meaning changes in 1568, when it begins to designate “a dishonest, unprincipled person; a rascal, a scoundrel”; the English language appropriated the term ‘pícaro’ in 1622, as a synonym of ‘rogue, scoundrel”. However, these two terms, which are not exactly synonymous, do not cover a similar reality. Do borrowings exist from one country to another, thus  preserving the specificity of each term? When were the various works (popular pamphlets, prose ballads, stories, plays) that represent them translated from English to Spanish or from Spanish to English? What did these translations target? For example, why is there a gap of about twenty-four years between the publication of Mateo Alemán's Guzmán de Alfarache and its translation by James Mabbe? How did the representation of the notion of anti-honour evolve? Why did Richard Head take up the picaresque vein at the time of the Restoration with The English Rogue and not earlier? These are some of the questions this conference aims at answering.

Submission guidelines

Proposals (300 words maximum for the abstract + a written bio-biblio of 200 words maximum + please specify if you are interested in having your paper published) should be sent

before late August 2021

to pierre.darnis@u-bordeaux-montaigne.fr and pascale.drouet@univ-poitiers.fr

Venue

13-14 October 2022

University of Poitiers, Centre for Advanced Studies in Medieval Civilisation - UMR 7302 (Hôtel Berthelot, 24 rue de la Chaîne, Poitiers, France – https://cescm.labo.univ-poitiers.fr)

Conference Organizers

  • Pierre DARNIS (University of Bordeaux 3, AMERIBER – EA 3656)
  • Pascale DROUET (University of Poitiers, CESCM - UMR 7302)

Scientific committee

  • William C. CARROLL (Boston University, USA)
  • Michel CAVILLAC (University of Bordeaux Montaigne)
  • Pierre DARNIS (University of Bordeaux Montaigne)
  • Pascale DROUET (University of Poitiers)
  • Gordon MCMULLAN (King's College London, England)
  • Valentín NUÑEZ RIVERA (Université de Huelva, Espagne)
  • Fabrice QUERO (University of Paul-Valéry Montpellier 3)

Places

  • Poitiers, France (86)

Date(s)

  • Tuesday, August 31, 2021

Keywords

  • littérature occidentale, marginalité, Espagne, Angleterre, Moyen Âge, Renaissance

Contact(s)

  • Pierre Darnis
    courriel : pierre [dot] darnis [at] u-bordeaux-montaigne [dot] com
  • Pascale Drouet
    courriel : pascale [dot] drouet [at] univ-poitiers [dot] fr

Information source

  • Vanessa Ernst-Maillet
    courriel : vanessa [dot] ernst [dot] maillet [at] univ-poitiers [dot] fr

To cite this announcement

« Politique et poétique du gueux », Call for papers, Calenda, Published on Wednesday, June 23, 2021, https://calenda.org/888835

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