HomeLes critères de discrimination : analogies, circulations, singularités

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Published on Monday, October 25, 2021 by Lucie Choupaut

Summary

Dans le cadre du congrès de l’association française de science politique (AFSP) qui se tiendra à Lille du 5 au 7 juillet 2022, le Groupe « Inégalités et discriminations » lance un appel à communications sur « Les critères de discrimination : analogies, circulations, singularités ». Le présent appel invite à s’interroger de manière critique et comparative sur les affinités, les analogies, les transpositions et les différences irréductibles entre différents critères de discrimination.

Announcement

Argumentaire

Le droit français reconnaît actuellement vingt-cinq critères de discrimination. Il s’agit de l’âge ; du sexe ; de l’origine ; de l’appartenance ou non-appartenance, vraie ou supposée à une ethnie, une nation ou une prétendue race ; de la grossesse ; de l’état de santé ; du handicap ; des caractéristiques génétiques ; de l’orientation sexuelle ; de l’identité de genre ; des opinions politiques ; des activités syndicales ; des opinions philosophiques ; des croyances ou de l’appartenance ou non-appartenance, vraie ou supposée, à une religion déterminée ; de la situation de famille ; de l’apparence physique ; du nom ; des mœurs ; du lieu de résidence ; de la perte d’autonomie ; de la particulière vulnérabilité résultant de la situation économique ; de la capacité à s’exprimer dans une langue autre que le français ; et de la domiciliation bancaire. La loi interdit de discriminer selon ces critères dans différents domaines (accès à l’emploi, accès au logement, accès aux lieux accueillant du public, éducation, formation, etc.)

Prenant acte de ce cadre juridique sans toutefois s’y limiter, le présent appel à communications invite les politistes à s’interroger de manière critique et comparative sur les affinités, les analogies, les transpositions (effectives ou potentielles) et les différences irréductibles entre ces différents critères. En quoi être discriminé en raison de son orientation sexuelle ou de son handicap est-il différent ou similaire au fait de l’être en raison de sa race supposée ? Les discriminations à raison de l’âge sont-elles l’objet d’un régime spécifique ? Plus généralement, la mutabilité – inévitable (âge) ou potentielle (religion, « vulnérabilité économique », etc.) – de certains critères induit-elle une différenciation du droit et des politiques antidiscriminatoires ? Quelles sont les implications – juridiques, mais aussi politiques et sociales – de la distinction entre, d’une part, des critères analogues de par leur caractère communément perçu comme inné et non (ou très difficilement) contrôlable (origine, caractéristiques génétiques, sexe...), et d’autre part, ceux dont la variabilité est censée résulter de l’exercice d’une liberté (religion, grossesse...), fût-elle relative ? Enfin, au-delà de la sphère du droit, quels effets ces analogies et ces distinctions exercent-ils sur les concepts mêmes de race, de genre, de religion (entre autres), tels qu’employés en sciences sociales ?

Les propositions de communication pourront s’inscrire dans l’un des trois axes suivants :

  1. L’expérience des discriminations

Des contributions à visée comparative pourront examiner les modalités contrastées ou convergentes de l’expérience des discriminations selon le critère de distinction mobilisé. Un tel examen débouche-t-il sur le constat de singularités irréductibles ou d’homologies structurales ? Comment les différents critères s’articulent-ils dans les processus d’altérisation et de production de stigmate(s) ? Quel est l’apport de la comparaison de cas de passing de race, de genre, ou de classe ? Enfin, les comparaisons ici évoquées peuvent- elles donner lieu à la formulation d’une typologie dont le domaine de validité s’étendrait à plusieurs ou même à tous les critères prohibés ?

  1. La prise en charge des discriminations par le droit et les politiques publiques

Les contributions pourront aussi explorer la manière dont le droit et les politiques publiques se saisissent des discriminations établies à raison des différents critères identifiés. La jurisprudence traite-t-elle pareillement les discriminations à raison de l’apparence physique et des opinions philosophiques ? Les discriminations raciales et les discriminations religieuses sont-elles appréhendées de façon similaire ? Au-delà, quels transferts de politiques publiques observe-t-on d’un critère à l’autre ? Dans quels cas la transposition apparaît-elle comme un mécanisme créateur de normes ? À l’inverse, quels obstacles empêchent la diffusion d’instruments de régulation des discriminations conçus initialement pour un critère déterminé ?

  1. Les mobilisations contre les discriminations

Le troisième axe a trait aux mobilisations antidiscriminatoires. Dans un espace des mouvements sociaux caractérisé par une relative autonomie et par des mobilisations qui oscillent entre coopération, coalition, rivalité ou concurrence, comment s’articulent les entreprises militantes visant à lutter contre une, des, ou « les » discriminations ? Les combats contre l’islamophobie, l’antisémitisme et la grossophobie, par exemple, recourent-ils à des cadrages et des répertoires similaires, ou sont-ils façonnés par l’irréductible singularité de leur objet ? Que dire notamment des mobilisations contre les « LGBT-phobies », qui croisent d’emblée le critère de l’orientation sexuelle et celui de l’identité de genre ? Les acteurs et actrices investi·e·s dans ces mobilisations contribuent-ils·elles délibérément à la diffusion et/ou à la combinaison d’arguments ou d’instruments à une échelle « transcritériale » ? Quels obstacles ou résistances les analogies ou les alliances rencontrent-elles ? En particulier, comment se traduit, dans les textes comme dans les actes, la (ré)appropriation par les militant·e·s du concept d’« intersectionnalité » ?

Modalités de soumission

Les propositions de communication, comportant un résumé du propos et une description des méthodes employées (5 000 signes maximum), ainsi qu’une courte notice biographique de l’auteur ou de l’autrice, devront être envoyées aux responsables du groupe au plus tard le 15 novembre 2021 aux adresses suivantes :

  • hugo.bouvard@u-pec.fr ;
  • juliette.galonnier@sciencespo.fr ;
  • daniel.sabbagh@sciencespo.fr

Les contributeurs et contributrices potentiel·le·s seront notifié·e·s le 1er décembre de leur participation éventuelle à cet atelier. Les demandes éventuelles de prise en charge des frais de transport et d’hébergement feront l’objet d’un examen.

Responsables du groupe

  • Hugo Bouvard (université Paris-Est Créteil)
  • Juliette Galonnie (CERI, Sciences Po)
  • Daniel Sabbagh (CERI, Sciences Po)

Bibliographie indicative

Baudot Pierre-Yves, Borelle Céline, et Revillard Anne, 2013, « Politiques du handicap. Introduction », Terrains & travaux, 23 (2), p. 5-15.

Beaubatie Emmanuel, 2021, Transfuges de sexe : passer les frontières du genre, Paris, La Découverte.

Brubaker Rogers, 2016, Trans : Gender and Race in an Age of Unsettled Identities, Princeton University Press.

Carof Solenne, 2021, Grossophobie : Sociologie d’une discrimination invisible, Éditions de la Maison des sciences de l’homme.

Chauvin Sébastien, 2005, « Les aventures d’une « alliance objective ». Quelques moments de la relation entre mouvements homosexuels et mouvements féministes au XXe siècle », L’Homme & la Société, 158 (4), p. 111-130.

Défenseur des droits, 2018, Multiplication des critères de discrimination, Actes de colloque, Paris. Friesel Ofra, 2014, “Race versus Religion in the Making of the International Convention Against Racial

Discrimination, 1965,” Law and History Review, 32 (2), p. 351-383. Gosseries Axel, 2009, “What Makes Age Discrimination Special ? A Philosophical Look at the ECJ Case Law”,

Netherlands Journal of Legal Philosophy, 43(1), p. 59-80.

Hajjat, Abdellali, 2019, “Transgenre et transracial, ou les difficultés d’une analogie”, Genèses, 114 (1), p. 153-159.

Herpin Nicolas, 2006, Le pouvoir des grands, Paris, La Découverte.

Khaitan Tarunabh, 2015, A Theory of Discrimination Law, Oxford University Press.

Koppelman Andrew, 2020, Gay Rights Vs. Religious Liberty ? The Unnecessary Conflict, Oxford University Press.

Mathieu Lilian, 2012, L’espace des mouvements sociaux, Vulaines-sur-Seine, Editions du Croquant.

Mayeri Serena, 2014, Reasoning from Race : Feminism, Law, and the Civil Rights Revolution, Harvard University Press.

Meer Nasar, 2013, “Racialization and religion : race, culture and difference in the study of antisemitism and Islamophobia,” Ethnic and Racial Studies, 36 (3), p. 385-398.

Renahy Nicolas et Sorignet Pierre-Emmanuel éd., 2020, Mépris de classe. L’exercer, le ressentir, y faire face, Le Croquant.

Rennes Juliette, 2020, « Conceptualiser l’âgisme à partir du racisme et du sexisme : le caractère heuristique d’un cadre d’analyse commun et ses limites », Revue française de science politique, 70 (6), p. 725-745.

Tersigni Simona, Vincent-Mory Claire et Willems Marie-Claire éd., 2019, Appartenances in-désirables. Le religieux au prisme de l’ethnicisation et de la racisation, Paris, Pétra.

Zolberg, Aristide R. et Long Litt Woon, 1999, “Why Islam is like Spanish : cultural incorporation in Europe and the United States,” Politics & Society, 27 (1), p. 5-38.

Places

  • 9 Rue Auguste Angellier
    Lille, France (59)

Event format

Full on-site event


Date(s)

  • Monday, November 15, 2021

Keywords

  • discrimination, inégalité, mobilisation, politique publique

Contact(s)

  • Hugo Bouvard
    courriel : bouvard [dot] hugo [at] gmail [dot] com

Information source

  • Hugo Bouvard
    courriel : bouvard [dot] hugo [at] gmail [dot] com

To cite this announcement

« Les critères de discrimination : analogies, circulations, singularités », Call for papers, Calenda, Published on Monday, October 25, 2021, https://calenda.org/925423

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