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Le non-religieux

Questionnements théoriques, axiologiques et culturels d’un « nouvel » objet religieux

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Published on Tuesday, November 16, 2021 by Lucie Choupaut

Summary

Les sciences sociales se sont peu emparées du non-religieux et nombre des problématiques que cet objet d’étude soulève nécessitent encore d’être approfondies. Le cadre du séminaire paraît particulièrement stimulant pour éclairer certains de ces questionnements. Trois thématiques seront plus spécifiquement développées : la première concerne les débats théoriques et terminologiques autour de ce concept ; la deuxième porte sur la philosophie, les normes et valeurs de la non-religion ; la troisième s’intéresse à l’impact des contextes culturels et confessionnels sur le non-religieux.

Announcement

Présentation

Les sciences sociales, depuis Comte, Marx, Durkheim et Weber, ont appréhendé le monde à travers le prisme du paradigme de la sécularisation. Le recul du religieux était présenté comme inéluctable face à la modernisation des sociétés, les religions perdant en influence dans la sphère publique et relevant désormais exclusivement de la sphère privée. Ce paradigme est remis en cause à partir de la fin du XXe à la faveur d’une résurgence du religieux : poids du protestantisme évangélique aux États-Unis, diffusion de l’islamisme, montée du nationalisme religieux (Inde ou Israël par exemple), vitalité des mouvements orthodoxes, guerres de religion, etc. Les sciences sociales se sont progressivement emparées de cette évolution, certains auteurs tels Peter Berger évoquant même une « désécularisation[1] » du monde. La religion réintègre l’espace public, les croyants revendiquent la reconnaissance institutionnelle et juridique de leur appartenance confessionnelle.

Cependant, les études scientifiques se sont focalisées sur cette seule tension entre sécularisation et religion ; elles ont omis un facteur déterminant à la compréhension de nos sociétés contemporaine : la non-religion. En effet, selon l’étude menée par le Pew Research Center[2], les non-affiliés représentent désormais 20 % de la population européenne, nord-américaine et d’Asie-Pacifique (respectivement 20 %, 19,2 % et 20 %), les autres régions du monde étant moins concernées par ce phénomène. Selon la même enquête, 28 % de la population française s’estime non-affiliée ; entre 2005 et 2010, le nombre de personnes se déclarant appartenir à une religion a décru de 21 points[3].

La non-religion ne peut être superposée au processus de sécularisation ; il ne s’agit pas de s’intéresser au retrait du religieux de la sphère publique en tant que tel, mais davantage à la quête de sens d’individus qui se détachent du religieux, qui rompent avec toute appartenance confessionnelle. La sécularisation du monde n’a pas impliqué un vide axiologique ; à l’inverse, le retour du religieux n’est pas synonyme d’une foi embrassant de nouveau l’ensemble de l’espace politique et social. Dans un espace intermédiaire évoluent et progressent même tout un ensemble de courants dont les fondements se distinguent de ceux avancés par les confessions. S’il est possible de trouver des similitudes entre non-affiliés (ce sont en général des hommes, jeunes, globalement éduqués, issus de classes sociales supérieures), nombre de divergences traversent ce courant, à l’exemple du rapport au divin : en Grande-Bretagne, seules 38 % des personnes qui s’identifient comme non-religieuses déclarent ne pas croire en Dieu ; 27 % sont agnostiques. À l’inverse, 65 % des incroyants déclarent avoir tendance à croire en Dieu et 16 % croient en une sorte de transcendance[4]. Le rapport au religieux institutionnel varie également au sein de la catégorie des non-religieux, de l’indifférence au militantisme actif. Les caractéristiques des non-affiliés varient selon le milieu culturel dans lequel ils évoluent, leurs pratiques diffèrent entre logiques individuelles et réticulaires, etc.

Or, ce n’est que depuis une quinzaine d’années que les sciences sociales se sont emparées de l’objet « non-religieux »[5]. Charles Taylor a abordé la question dans son ouvrage sur l’Âge séculier[6], de même que Philippe Portier et Jean-Paul Willaime dans leur publication La religion dans la France contemporaine. Entre sécularisation et recomposition[7]. Anne-Laure Zwilling et Pierre Bréchon ont dirigé plusieurs travaux sur la question, notamment Indifférence religieuse ou athéisme militant ? Penser l’irreligion aujourd’hui[8]. À l’échelle européenne, les recherches menées sur la thématique sont également très récentes, avec les études menées par Johannes Quack, Lori Beaman ou Lois Lee[9] qui font encore figure d’exception. Or ce peu d’intérêt ou ces développements très récents de la thématique rendent celle-ci particulièrement stimulante tant elle ouvre de chantiers de recherche et suggère de problématiques : le non-religieux peut-il s’appréhender indépendamment du religieux ou ne s’est-il construit qu’en réponse à celui-ci ? Non-religion et religion fonctionnent-elles en concurrence dans le débat public ? Quels sont les fondements axiologiques de ces courants ? Quelle est leur influence tant sociale que politique et normative ? D’un point de vue plus méthodologique, quels outils utiliser pour l’étude du non-religieux ? Une simple reprise des méthodes de la sociologie des religions peut-elle suffire ? Quelle terminologie adopter, entre non-religion, areligion, irreligion, non-affiliation, etc. ?

L’ambition de ce séminaire n’est pas de répondre à l’ensemble de ces problématiques. Il vise à analyser plus spécifiquement trois questionnements soulevés par le non-religieux : le premier concerne les débats théoriques et terminologiques autour de ce concept ; la deuxième porte sur la philosophie, les normes et valeurs de la non-religion ; le troisième s’intéresse à l’impact des contextes culturels et confessionnels sur le non-religieux. Les neuf séances de ce séminaire s’articuleront autour de ces thématiques.

Ce séminaire a vocation à être prolongé par un colloque des postdoctorants du GSRL, organisé sur la thématique de la non-religion ou, plus largement, sur celle des systèmes de croyances / systèmes de vérité. Il se déroulera au début de l’année 2023.

Programme

Les jeudis 10h-12h

Introduction

Séance 1 : La sécularité dans l’Europe contemporaine : « état des lieux »

  • Intervenant : Pierre Bréchon (Pacte - Sciences po Grenoble/CNRS/UGA)
  • Discutante : Claude Proeschel (GSRL)

Jeudi 18 novembre 2021 – Paris (Campus Condorcet)

Philosophie, normes, valeurs de la non-religion

Séance 2 : Laïcité, laïques et indifférents : une analyse à partir de la constellation belge

  • Intervenant : Jeffrey Tyssens (Vrije Universiteit Brussel)
  • Discutant : Vincent Genin (EPHE, PSL-GSRL)

Jeudi 9 décembre 2021 – Paris (Campus Condorcet)

Séance 3 : The political dimension of apostasy : an analysis of apostasy movements

  • Intervenante : Julia Martinez-Ariño (Université de Groningue)
  • Discutant : Eric Vinson (GSRL)

Jeudi 27 janvier 2022 – Paris (Campus Condorcet)

Séance 4 : Fondements et présupposés philosophiques des discours de la « non-religion »

  • Intervenant : Philippe Capelle-Dumont (Université de Strasbourg)
  • Discutant : François Gauthier (Université de Fribourg)

Jeudi 24 mars 2022 – Strasbourg (MISHA, salle de conférences)

Cette séance se fera en lien avec l’école de printemps de l’ITI HiSAAR « Non-religion et laïcité : évolutions sociales et questionnements politiques »

Non-religieux en contextes culturel et confessionnel variés

Séance 5 : Fantasme d’athéisme, crainte de déisme : le non-religieux imaginaire des sunnites en Turquie

  • Intervenant : Samim Akgönül (Faculté des langues, Université de Strasbourg)
  • Discutante : Sylvie Toscer-Angot (Université de Tours – ICD interactions culturelles et discursives)

Jeudi 21 avril 2022 – Strasbourg (MISHA, salle table ronde)

Séance 6 : The Formation of Non-religious Identities in Contemporary Britain

  • Intervenante : Anna Strhan (University of York)
  • Discutante : Kristina Kovalskaya

Jeudi 12 mai 2022 – Paris (Campus Condorcet)

Religion, non-religion, sécularisation : débats théoriques

Séance 7 : Non-religion Reconsidered

  • Intervenant : Johannes Quack
  • Discutant : Philippe Portier

Jeudi 30 juin 2022– Paris (Campus Condorcet)

Séance 8 : The Internet and the Rise of Nonreligion

  • Intervenant : Stephen Bullivant (St Mary’s University, Twickenham, Royaume-Uni)
  • Discutante : Marie-Claire Willems (Laboratoire Sophiapol, Université Paris Lumière)

Septembre 2022 – Paris (Campus Condorcet)

Conclusion

Séance 9 : Contribution à une sociologie de la non-religion et préparation du colloque

Intervenantes :

  • Anne-Laure Zwilling (CNRS UMR 7354 DRES)
  • Anne Lancien (GSRL)
  • Alfonsina Bellio (GSRL)

Novembre 2022 – Strasbourg (MISHA, salle table ronde)

Notes

[1] D’après le titre de son ouvrage The Desecularization of the World, Resurgent Religion and World Politics, Grand Rapids, Eerdmans, 1999. Notons que Peter Berger est en réalité plus nuancé que ne le laisse suggérer ce titre. Plus que d’évoquer une désécularisation stricto sensu, l’auteur considère que le religieux n’a jamais véritablement disparu de la sphère publique.

[2] Étude menée en 2015. Les chiffres présentés sont des estimations du Pew Research Center pour 2020 [En ligne] https://www.pewforum.org/2015/04/02/religious-projection-table/2020/percent/all/

[3] D’après un sondage Gallup réalisé en 2012. [En ligne] https://www.redcresearch.ie/wp-content/uploads/2015/10/RED-C-press-release-Religion-and-Atheism-25-7-12.pdf

[4] D’après Lois Lee, « Factsheet: the nonreligious », réalisée pour le site Religion media center. [En ligne] : https://religionmediacentre.org.uk/factsheets/the-nonreligious/

[5] Nous pouvons citer l’ouvrage de Colin Campbell, Towards a sociology of irreligion, publié en 1971 ; celui de François-André Isambert, De la religion à l’éthique, publié en 1992.

[6] Charles Taylor, A Secular Age, Harvard University Press, 2007.

[7] Philippe Portier et Jean-Paul Willaime, La religion dans la France contemporaine. Entre sécularisation et recomposition, Armand Colin, 2021.

[8] Pierre Bréchon et Anne-Laure Zwilling (dir.), Indifférence religieuse ou athéisme militant ? penser l’irreligion aujourd’hui, Presses universitaires de Grenoble, 2017.

[9] Lois Lee, Recognizing the Non-religious: Reimagining the Secular. Oxford University Press, 2015. Lori G. Beaman, Steven Tomlins, Atheist Identities – Spaces and Social Contexts, Springer, 2015. Johannes Quack, Religious Indifference: New Perspectives From Studies on Secularization and Non-religion, Springer, 2017.

Places

  • Campus Condorcet, 8 cour des Humanités
    Aubervilliers, France (93)

Event format

Hybrid event (on site and online)


Date(s)

  • Thursday, November 18, 2021
  • Thursday, December 09, 2021
  • Thursday, January 27, 2022
  • Thursday, March 24, 2022
  • Thursday, April 21, 2022
  • Thursday, May 12, 2022
  • Thursday, June 30, 2022

Keywords

  • non-religieux, sécularisation, laïcité, post-modernité

Contact(s)

  • Anne Lancien
    courriel : lenonreligieux [at] gmail [dot] com

Reference Urls

Information source

  • Anne Lancien
    courriel : lenonreligieux [at] gmail [dot] com

To cite this announcement

« Le non-religieux », Seminar, Calenda, Published on Tuesday, November 16, 2021, https://calenda.org/926217

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