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(Dist)danses

Danser à distance, danser en ligne

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Published on Wednesday, October 27, 2021 by Lucie Choupaut

Summary

Ces dernières années, marquées notamment par la pandémie de covid-19, ont vu proliférer les (dist)danse, terme par lequel cet appel fait référence aux danses pratiquées « à distance », médiatisées par des vidéos diffusées en ligne. Le but de cet appel est d’analyser les enjeux et effets de la numérisation des pratiques dansées afin de souligner les spécificités et les dynamiques processuelles et interactionnelles des (dist)danses en se centrant sur les façons dont elles transforment les modalités de création, de médiatisation, de participation et de transmission des danses.

Announcement

Argumentaire

Ces dernières années, marquées notamment par la pandémie de Covid-19, ont vu proliférer les « (dist)danses », terme par lequel cet appel fait référence aux danses pratiquées « à distance », médiatisées par des vidéos diffusées en ligne : entraînements et jams sur Zoom, cours dispensés sur Instagram et Facebook, créations audiovisuelles de chorégraphies partagées, ou encore challenges sur TikTok. Loin de constituer un phénomène nouveau, ces (dist)danses s’imposent internationalement, non comme un mode « par défaut », mais comme un choix à part entière. Les (dist)danses constituent en effet de nouveaux déploiements en lien avec l’histoire plus globale de certaines danses, en particulier celles qualifiées de « populaires » ou « sociales », des claquettes au hip-hop en passant par la salsa ou les chorégraphies de Bollywood. Ces dernières ont été largement représentées au cinéma, dans les clips vidéo et les publicités, conduisant à l’émergence de pratiques et de communautés spatialement et socialement éloignées de celles d’origine (Novak, 2010). La multiplication des productions en ligne a par ailleurs renouvelé la relation entre danse et vidéo, engageant d’autres formes de « vidéochoréomorphose » (Djebbari, 2018)1. Les applications pour smartphones et l’accès aux logiciels de montage entraînent, entre autres, une diversification exponentielle des (re)médiations vidéo par écrans interposés. Les (dist)danses, en multipliant les formats, les types de productions et de médiations, prolongent ces processus par l’instauration de nouveaux paradigmes de création, de transmission et de diffusion des danses ainsi que par des sociabilités dansées spécifiques (Carroll, 2008 ; Thuries, 2016). Le phénomène des (dist)danses interroge plus largement les dynamiques sociales propres au monde contemporain que cet appel entend précisément mettre en lumière.

Cette proposition de numéro a pour objectif de contribuer à analyser les enjeux et les effets de la numérisation des pratiques dansées, afin de souligner les spécificités et les dynamiques processuelles et interactionnelles des (dist)danses, en se centrant sur les façons dont elles transforment les modalités de création, de médiatisation, de participation et de transmission des danses (Bench, 2010 ; Clark, 2014 ; Gaunt, 2015 ; Paulhiac, 2014). Il s’agit pour cela d’interroger les (dist)danses sous l’angle des pratiques et des acteurs, sans les limiter à une aire géographique précise ou à une catégorie de danse définie (« sociale », « populaire », « traditionnelle », « rituelle », « académique », etc.) que les pratiques numériques amènent justement à interroger à nouveaux frais. Le but de cet appel est aussi de rendre compte des travaux qui traversent différentes disciplines des sciences humaines et sociales, et qui engagent des approches inédites par rapport aux études produites sur la danse à la télévision (Blanco Borelli, 2017 ; Dodds, 2004 ; Dunagan, 2018) et sur la mobilisation de la vidéo comme outil de création chorégraphique (Rosenberg, 2016 ; Repères, 2018).

Cet appel à contributions propose trois axes principaux de réflexions :

1. Sociabilités et affects

En impactant les types de chorégraphies proposées mais aussi l’expérience des pratiquants, la migration des danses en ligne a considérablement modifié les pratiques. Elle a notamment renforcé leur spectacularisation, sans pour autant les réduire à une interaction exclusivement visuelle. Certain·es danseurs·ses cherchent à produire des « images haptiques » qui suscitent une « visualisation tactile » (Marks, 2000) des (dist)danses. Par ailleurs, les jams, soirées et autres échanges dansés via des plateformes numériques ont conduit à l’émergence de nouveaux espaces temps de sociabilités aux qualités sensorielles et affectives propres, tout en rendant particulièrement floue la distinction entre pratiquant et spectateur. Le développement de sociabilités en ligne, souvent pensé en termes de rupture, est cependant aussi à envisager en termes de continuité avec des formes de sociabilités établies et/ou anciennes, qui utilisent les outils et opportunités numériques selon des logiques culturelles, sociales et politiques locales (Miller et al., 2016). Ainsi, quelles expériences sensibles et affectives procurent les (dist)danses et par quels moyens ? En quoi les (dist)danses ont-elles transformé les sociabilités dansées ? Quelles nouvelles formes et quels nouveaux espaces ont-elles engendré ? Les inégalités, conflits et clivages y sont-ils exacerbés sous couvert de communitas ?

2. Transmissions et créations

YouTube est utilisé, presque depuis son émergence, comme un outil d’apprentissage (Jung, 2014), les vidéoclips et les tutoriels didactiques constituant des ressources importantes pour des pratiquant.e.s plus ou moins autodidactes. Le recours aux possibilités de connexion live offertes par les différentes plateformes de réseaux sociaux (Facebook, Instagram) et de téléchargement vidéo (YouTube) d’une part, et les outils de visioconférence d’autre part (Zoom, Meet, Jitsi, etc.), a ainsi participé à transformer les pratiques d’enseignement et d’apprentissage des différentes formes de danses de par le monde. Mais ces supports / médias constituent également des ressources de création pour les pratiquant.es et alimentent également les processus créatifs liés à la transmission de ces modes d’expression. Par exemple, les challenges chorégraphiques, qui circulent sur les réseaux sociaux, créent des chaînes virales où chacun.e peut livrer son interprétation personnelle tout en s’inscrivant comme membre d’une « communauté de pratique » (Wenger, 1998) globalisée. Sachant que toute forme de transmission implique nécessairement une part de création (Vellet, 2006), l’étude des (dist)danses permet précisément de s’intéresser à la fois aux transformations pédagogiques induites par l’enseignement en ligne de la danse, aux modalités informelles de transmission et aux outils de création que ces supports produisent, interrogeant de manière renouvelée le continuum allant de l’imitation à la création, que ce soit pour la K pop, les dance covers ou la danse contemporaine. Comment les enseignants et les « apprenants » utilisent-ils les outils numériques (plateformes, applications, etc.) ? Quelles transformations pédagogiques le passage en ligne implique-t-il ? Quels autres modes de transmission sont engagés, (re)créés, inventés avec les dist(danses) ? Quels nouveaux processus de création les outils en ligne permettent-ils ? Quels effets retours sur les pratiques dansées et sur les pratiquant·es ?

3. Diffusions et appropriations

L’étude des (dist)danses permet également d’éclairer les logiques de diffusion et de réception qui traversent les mondes de l’art. L’Internet, avec sa valorisation de « l’open source », participe à la création de biens communs (commons) et à la mise en partage de pratiques, savoirs et mémoires (Bench, 2020). Il ravive ainsi des débats autour de la « démocratisation » de l’accès à la culture et de l’« appropriation culturelle » inhérente aux circulations chorégraphiques (Carroll, 2008 ; Gaunt, 2015). En effet, bien que l’Internet soit imaginé comme un espace « ouvert à tous » (en contraste avec la boîte de nuit ou la salle de théâtre par exemple) — et ce d’autant plus dans le contexte globalisé de distanciation physique —, des inégalités sociales, économiques, géographiques, raciales et genrées continuent d’y façonner et de contraindre les possibilités de création, de diffusion, de consommation et de participation. Comment la diffusion en ligne transforme-t-elle la relation entre l’archive matérielle et le répertoire incorporé (Taylor, 2003), et redéfinit-elle les notions de « source », de « copie » et de « copyright » dans le champ chorégraphique ? En quoi l’Internet ravive-t-il ou remet-il en jeu différemment les débats sur la « démocratisation » de l’accès à la culture ou sur l’appropriation culturelle ?

Ce numéro accueillera des propositions émanant de différents champs disciplinaires (sociologie, anthropologie, histoire, études en danse, histoire de l’art et des médias, informationcommunication, etc.), et portant sur des pratiques et des contextes géographiques variés. Il sera en particulier demandé aux auteur·es de préciser les technologies, les formats, les réseaux sociaux et les plateformes mobilisés pour leur étude et d’indiquer leurs méthodologies de travail (Pastinelli, 2011 ; Berry, 2012 ; Kozinets, 2015), les outils et précautions spécifiques (ou non) engagés pour étudier les (dist)danses selon leurs approches disciplinaires, les supports numériques et les types de danses.

Modalités de soumission

Les propositions d’articles, d’un maximum de 1 000 mots,doivent être envoyées jusqu’au 15 novembre 2021 à l’adresse suivante : distdanses@gmail.com

Les auteur·e·s sont prié·e·s d’indiquer un titre, 4-6 mots-clés, ainsi qu’une courte notice biographique indiquant leur discipline et leur rattachement institutionnel. Merci d’indiquer la mention « AAC (Dist)danses » dans le titre de l’e-mail lors de l’envoi de la proposition. Les consignes rédactionnelles de la revue Émulations sont téléchargeables à cette adresse.

Calendrier prévisionnel du numéro

  • 15 novembre 2021 : date limite pour l’envoi des propositions d’articles
  • Fin novembre 2021 : sélection des propositions et retours aux auteur·e·s
  • 31 janvier 2022 : envoi de la première version des manuscrits (40 000 - 45 000 signes espaces compris)
  • 1er avril 2022 : transmission de la double évaluation externe aux auteur·e·s
  • 15 mai 2022 : envoi de la deuxième version des manuscrits
  • 30 juin 2022 : retour des deuxièmes évaluations aux auteur·e·s
  • 30 juillet 2022 : envoi de la troisième version des manuscrits
  • Automne 2022 : échéance prévue pour la parution du numéro

La revue

Émulations est une revue de sciences sociales qui publie et édite quatre numéros thématiques par an, publiés en version papier par les Presses universitaires de Louvain (Belgique) et mis en ligne en libre accès sur son site internet.

Coordination scientifique du numéro

Le numéro d’Émulations, à paraître fin 2022 aux Presses universitaires de Louvain, sera consacré au thème « (Dist)danses : danser à distance,danser en ligne », sous la direction d’Elina Djebbari (université Paris Nanterre), Mahalia Lassibille (université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis) et Laura Steil (université du Luxembourg).

Bibliographie indicative

Bastard I., Bourreau M., Maillard S., Moreau F. (2012), « De la visibilité à l’attention : Les musiciens sur Internet », Réseaux, vol. 5, n° 175, p. 19-42.

Bench H. (2010), « Screendance 2.0 : Social Dance-Media », Participations. Journal of Audience and Reception Studies, vol. 7, n° 2, p. 183-214.

Bench. H. (2020), Perpetual Motion : Dance, Digital Cultures, and the Common, Minneapolis, University of Minnesota Press.

Berry V. (2012), « Ethnographie sur internet : rendre compte du ‘virtuel’ », Les sciences de l’éducation, vol. 45, n° 4, p. 35-58.

Bischop C. (2012), Artificial Hells : Participatory Art and the Politics of Spectatorship, London & New York, Verso.

Blanco Borelli M. (2017), The Oxford Handbook of Dance and the Popular Screen, Oxford, Oxford University Press.

Carroll S. (2008), « The Practical Politics of Step-Stealing and Textual Poaching : YouTube, Audio-Visual Media and Contemporary Swing Dancers Online », Convergence, vol. 14, n° 2, p. 183-204.

Clark M. K. (2014), « The Role of New and Social Media in Tanzanian Hip-Hop Production ». Cahiers d’études africaines, n° 216, p. 1115-1136.

Dicks B., Mason B., Coffey, A., Atkinson, P. (2005), Qualitative Research and Hypermedia : Ethnography for the Digital Age, Londres, Thousand Oaks, New Dehli, Sage Publications.

Djebbari E. (2018), « Vidéochoréomorphose : Danses et vidéo-clips au Mali », Volume ! La revue des musiques populaires, vol. 14, n° 2, p. 137-159.

Dodds S. (2004), Dance on Screen. Genres and Media from Hollywood to Experimental Art, Basingstoke & New York, Palgrave Macmillan.

Dunagan C. T. (2018), Consuming Dance : Choreography and Advertising, Oxford, Oxford University Press.

Fernandes C., Pinto Coelho S., Bigotte Vieira A. (2020), « Dance and the (Digital) Archive : A Survey of the Field », Dance Research, vol. 38, n° 2, p. 271-288.

Gaunt K. (2015), « YouTube, Twerking and You : Context Collapse and the Handheld Co-Presence of Black Girls and Miley Cyrus », Journal of Popular Music Studies, vol. 27, n° 3, p. 244-273.

Garcia L-M (2016), « Beats, flesh, and grain sonic tactility and affect in electronic dance music », Sound Studies, vol. 1, n° 1, p. 59-76.

Ginsburg F. (1991), « Indigenous Media : Faustian Contract or Global Village ? », Cultural Anthropology, vol. 6, n° 1, p. 92-112.

Grimaud E., Tastevin Y., Vidal D. (2017), « Low tech, high tech, wild tech. Réinventer la technologie ? », Techniques & Culture, vol. 67, n° 1, p. 12-29.

Jung E-Y. (2014), « Transnational Migrations and YouTube Sensations : Korean Americans, Popular Music, and Social Media », Ethnomusicology, vol. 58, n° 11, p. 54-82.

Kozinets R. V. (2015), Netnography : Redefined, Londres, Sage.

Marks L. U. (2000), The Skin of the Film : Intercultural Cinema, Embodiment, and the Senses, Durham & London, Duke University Press.

Miller D., Costa E., Haynes N., Mcdonald T., Nicolescu R., Sinanan, J. Spyer, Venkatraman, S. Wang, X. (2016), How the World Changed Social Media, Londres, UCL Press.

Novak D. (2010), « Cosmopolitanism, remediation, and the ghost world of Bollywood », Cultural Anthropology, vol. 25, n° 1, p. 40-72.

Pastinelli M. (2011), « Pour en finir avec l’ethnographie du virtuel ! Des enjeux méthodologiques de l’enquête de terrain en ligne », Anthropologie et Sociétés, vol. 1-2, n° 35, p. 35-52.

Paulhiac J. (2014), « La scène musicale de la champeta face à Internet » Volume ! La revue des musiques populaires, vol. 10, n° 2, p. 131-149.

Pink S., Horst H., Postill J., Hjorth L., Lewis T., Tacchi J. (2015), Digital Ethnography : Principles and Practice, Londres, Sage.

Repères : Cahier de danse (2018), « La video-danse à l’ère numérique », n° 40, La Briqueterie, CDC du Val-de-Marne.

Rosenberg D. (2016), The Oxford Handbook of Screendance Studies, New York, Oxford University Press.

Rosenberg D. (2000), « Video Space : A Site for Choreography », Leonardo, vol. 33, n° 4, p. 275-280.

Taylor D. (2003), The Archive and the Repertoire : Performing Cultural Memory in the Americas, Durham, Duke University Press.

Thuries A. (2016), « Danse et jeu vidéo : à la croisée des mondes », déméter, En ligne, consulté le 13 octobre 2021, URL : http://demeter.revue.univ-lille3.fr/lodel9/index.php ?id =537.

Vellet J. (2006), « La transmission matricielle de la danse contemporaine », Staps, vol. 2, n° 72, 79-91.

Wenger E. (1998), Communities of Practice : Learning, Meaning, and Identity, Cambridge, Cambridge University Press.


Date(s)

  • Monday, November 15, 2021

Keywords

  • danse, confinement, distanciel

Contact(s)

  • Mahalia Lassibille
    courriel : lassibillem [at] gmail [dot] com

Information source

  • Mahalia Lassibille
    courriel : lassibillem [at] gmail [dot] com

To cite this announcement

« (Dist)danses », Call for papers, Calenda, Published on Wednesday, October 27, 2021, https://calenda.org/927440

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