Appel à contributionÉpoque moderne
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Publié le mardi 09 novembre 2021
Résumé
En rassemblant pour la première fois des historiens de l’Inquisition et des spécialistes des rapports entre Rome et les Églises orientales, le colloque propose d’étudier l’attitude des différents tribunaux de la foi (inquisition romaine, espagnole, portugaise…) envers les chrétiens orientaux à l’époque moderne, tant sur le plan judiciaire (procès) que sur le plan doctrinal (censure libraire, questions théoriques, dubia circa sacramenta), avec un regard comparatif et en reliant les discussions sur l’Orient chrétien aux autres controverses formulés par les théologiens et les missionnaires aux XVIIe et XVIIIe siècles.
Annonce
Argumentaire
Alors que le contrôle inquisitorial sur les protestants, les juifs et les conversos, voire les renégats ou les morisques a été minutieusement examiné par de nombreux chercheurs, aucune étude de ce type n'a analysé le cas des représentants de l'autre moitié du christianisme, à savoir les fidèles de tradition orientale : orthodoxes de langue grecque, arabe ou slave, Arméniens, Éthiopiens, Coptes, « Jacobites » et « Nestoriens », Maronites et autres. En parcourant les plus de deux mille pages du Dizionario Storico dell'Inquisizione (Prosperi 2010) ou celles du récent Companion to Heresy Inquisitions (Prudlo 2019), on ne trouve aucune entrée consacrée au contrôle confessionnel catholique sur les convertis de rite oriental, ni à l'attitude inquisitoriale envers ceux qui étaient considérés comme des « schismatiques et hérétiques » orientaux.
Ce désintérêt apparent se reflète également dans l'exploration des archives inquisitoriales. Le cas le plus frappant est celui des Archives de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, qui conservent les documents de l'Inquisition romaine : très peu de spécialistes du christianisme oriental se sont intéressés spécifiquement à cette collection, en partie à cause de son ouverture tardive en 1998, mais surtout à cause de l'idée reçue (persistante malgré sa réfutation il y a déjà dix ans : Pizzorusso 2011) selon laquelle les questions missionnaires n'étaient discutées et enregistrées qu'ailleurs, notamment dans les archives de la Congrégation de Propaganda Fide ou dans les fonds des ordres religieux engagés dans l’apostolat, à l’image des jésuites. Pourtant, comme l’ont montré des études récentes (Windler 2018 ; Santus 2019), les archives de l'Inquisition romaine offrent un éclairage très détaillé sur le contrôle confessionnel déployé par l’Église catholique en direction des communautés chrétiennes orientales, tant en termes judiciaires que doctrinaux.
À côté de sa vocation originelle – celle d'agir comme centre de coordination des différents tribunaux érigés dans la péninsule italienne pour contrer la propagation de « l'hérésie luthérienne » – le Saint-Office devint rapidement l'autorité suprême de contrôle de la foi catholique, étendant sa compétence sur toutes les questions doctrinales et morales. Cela impliquait qu'il avait en fait la tâche de fournir des définitions et des solutions aux questions douteuses (dubia) qui pouvaient découler de l'examen de cas individuels de conscience, de la censure des livres ou des questions directement soumises à Rome par les fidèles catholiques et les missionnaires du monde entier (Broggio, Castelnau-L'estoile, Pizzorusso 2009 ; Fattori 2010). Dans le cas des chrétiens orientaux convertis au catholicisme, les contradictions inhérentes à leur double appartenance, à la fois romaine et orientale, ont suscité une large série de problèmes pratiques et de difficultés théoriques, liés à la difficulté de tenir ensemble le respect formel des « rites orientaux » d'une part, et la fidélité demandée au modèle ecclésiologique et disciplinaire tridentin d'autre part. En conséquence, Rome a été inondée de questions concernant la validité de la manière particulière dont les différentes Églises orientales administraient les sacrements, célébraient la liturgie ou suivaient le calendrier des fêtes et des habitudes alimentaires.
Au début de l'ère moderne, l'Inquisition a dû traiter avec les chrétiens orientaux non seulement dans les terres de mission, mais aussi dans les territoires directement sous sa juridiction. Un nombre croissant de pèlerins, marchands, moines errants et quêteurs d’aumônes quittaient l'Empire ottoman et ses environs pour se diriger vers les ports de l'Europe catholique, à la recherche surtout d’argent, de protection ou d’éducation, mais aussi à des fins dévotionnels. L'Inquisition romaine et l'Inquisition espagnole ont été toutes les deux à l'avant-garde dans l’effort de contrôler cet afflux sur les côtes italiennes et ibériques, essayant de différencier les « vrais » convertis au catholicisme des imposteurs et des voyous, et soumettant les nouveaux arrivants et les communautés de la diaspora à une étroite surveillance confessionnelle (Floristán 2005 et 2010 ; Aslanian 2019 ; Santus 2020 et 2021). Au cours de leurs péripéties, certains d'entre eux ont traversé l'océan Atlantique, atteignant les Amériques et trébuchant sur les inquisiteurs du Mexique et de Lima (Ghobrial 2014 et 2019 ; Antaramian 2015), tandis que d'autres ont parcouru les routes commerciales de l'océan Indien et du Pacifique, se retrouvant devant le Saint-Office de Manille (Aslanian 2011). L'Inquisition portugaise, de son côté, a dû faire face aux problèmes posés par la constitution d'un empire colonial et par la rencontre avec des formes alternatives de christianisme en Éthiopie et dans la péninsule indienne (Marcocci 2011 ; Marcocci, Paiva 2013). Enfin, aux côtés des grandes inquisitions centralisées évoquées jusqu'ici, il ne faut pas oublier que d'autres « tribunaux de la foi » auraient pu juger les chrétiens orientaux dans l'Europe moderne, comme les tribunaux épiscopaux du royaume de Naples (où existaient depuis longtemps des communautés gréco-albanaises), ou le Parlement de Paris en France.
L’un des objectifs de ce colloque est de proposer une étude comparée des manières dont la justice ecclésiastique catholique a pu répondre aux défis posés par sa confrontation avec les chrétiens orientaux au début de l’époque moderne, en fonction des contextes propres aux différentes époques et aux différents lieux de ces rencontres. L'autre point central sera l'articulation entre le cas particulier et la norme générale, c'est-à-dire entre les procès inquisitoriaux individuels et la construction d’une réflexion théorique sur la façon de considérer le christianisme oriental. Enfin, l’aboutissement de cette rencontre (qui prévoit la publication d’un ouvrage collectif) consiste à comprendre les conséquences profondes de la tentative des autorités catholiques d’encadrer et de discipliner des traditions chrétiennes différentes de la leur, dans un moment où la chrétienté latine faisait elle-même face à de nombreuses divisions. Notre hypothèse de travail est que la comparaison et la confrontation avec le christianisme oriental ont révélé certaines des contradictions et des problèmes non résolus du modèle tridentin, tout en fournissant à l'Inquisition une gamme d'outils culturels et de grilles interprétatives qui ont ensuite été remployées également dans d'autres contextes, en particulier dans le cadre des controverses missionnaires et théologiques qui secouèrent le monde catholique après 1650 (disputes savantes avec les protestantes et libertins, débat autour du jansénisme, querelles des rites chinois et malabars, etc.)
Les propositions de communication pourront aborder un ou plusieurs des sujets suivants :
- Des études de cas particulièrement significatives, dans lesquelles des chrétiens orientaux se sont retrouvés devant les tribunaux inquisitoriaux en Europe, en Asie ou dans le Nouveau Monde
- Le contrôle confessionnel exercé par les autorités catholiques sur les chrétiens orientaux, qu’ils soient sujets (minorités non-catholiques et non-latines en Europe et dans les colonies) ou étrangers (pèlerins, marchands, quêteurs d’aumônes et voyageurs)
- La censure d’ouvrages concernant l’Orient chrétien, notamment dans le cadre des conflits confessionnels de l'époque moderne
- Les débats théologiques et canoniques à propos de l'orthodoxie et de la légitimité de la tradition chrétienne orientale : questions concernant la bonne administration des sacrements (dubia circa sacramenta) ou les mariages mixtes ; particularités liturgiques, « abus » et changements rituels ; questions doctrinales ou pastorales, découlant parfois de l'examen de cas individuels de conscience
- L'imbrication, dans les dossiers de l’Inquisition, de questions concernant le christianisme oriental avec d'autres controverses théologiques, à la fois d'origine missionnaire (querelles des rites chinois et malabars) et intra-européenne (protestantisme, jansénisme, dispute sur l'autorité papale, etc.).
Modalités de soumission
Ceux qui souhaitent soumettre une proposition de communication sont invités à envoyer un résumé d'environ 250 mots (en anglais ou en français) accompagné de leur CV à cette adresse : cesare.santus@uclouvain.be
La date limite est le 15 novembre 2021. Les auteurs des propositions retenues seront informés dans le meilleur délai.
Organisateurs
Responsables
- Cesare Santus (FNRS, RSCS),
- Jean-Pascal Gay (Université catholique de Louvain),
- Laurent Tatarenko (CNRS-IHMC)
Comité scientifique
- Bernard Heyberger (EHESS),
- Andrea Barbara Schmidt (UCLouvain),
- Vincenzo Lavenia (Université de Bologne),
- Silvia Mostaccio (UCLouvain)
Catégories
- Époque moderne (Catégorie principale)
- Esprit et Langage > Religions > Histoire des religions
- Esprit et Langage > Religions
- Sociétés > Histoire
Lieux
- Academia Belgica
Rome, Italie
Format de l'événement
Événement uniquement sur site
Dates
- lundi 15 novembre 2021
Fichiers attachés
Mots-clés
- eastern christianity, inquisition, holy office, early modern catholicism
Contacts
- Cesare Santus
courriel : cesare [dot] santus [at] gmail [dot] com
Source de l'information
- Cesare Santus
courriel : cesare [dot] santus [at] gmail [dot] com
Licence
Cette annonce est mise à disposition selon les termes de la Creative Commons CC0 1.0 Universel.
Pour citer cette annonce
« The Inquisition(s) and the Christian East, 1500-1800 », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 09 novembre 2021, https://doi.org/10.58079/17lr

