HomeAutour de la science-fiction africaine

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Published on Tuesday, November 16, 2021 by Céline Guilleux

Summary

La science-fiction (SF) est un genre qui cherche encore ses marques, tant dans les espaces à la tradition littéraire séculaire qu’en Afrique, continent où la littérature écrite n’existe véritablement que depuis à peu près un siècle. Mais en Afrique comme ailleurs, l’existence de ce champ ne va pas sans polémique. En effet, si à ses débuts – et aujourd’hui encore –, la SF est traditionnellement cantonnée aux « dehors de la littérature » (Angenot, 2013), en Afrique, le débat se porte plutôt ailleurs. Il y a des voix qui dénient au continent l’existence d’une SF africaine, faisant des rares cas répertoriés ici et là des avatars d’un original qui se déploierait ailleurs. À les en croire, si la SF occidentale s’éloigne de la « bonne littérature », celle africaine n’aurait rien à voir avec son ascendant traditionnel. Elle serait donc un ovni dans ce paysage littéraire. Cet ouvrage se donne ainsi pour objectif de questionner l’existence de ce genre sur le continent africain, notamment en interrogeant ses objets, son essence et son herméneutique.

Announcement

Argumentaire

Même dans son berceau naturel, la science-fiction (SF) reste un genre relativement nouveau qui continue à chercher les marques de sa légitimation définitive dans le paysage littéraire. Aussi le prix Goncourt 2020 décerné à Hervé Le Tellier pour son roman L’Anomalie, ou l’intérêt porté par de prestigieuses collections à une littérature trop longtemps – et jusqu’ici – renvoyée aux « dehors de la littérature » (Angenot, 2013) par les tenants du « bon goût » littéraire sont loin d’être des faits anecdotiques.

Aujourd’hui, le champ s’est internationalisé en se diversifiant, car la SF est l’un des genres artistiques qui comptent le plus grand nombre de formes d’expression. Ainsi dans le domaine de la littérature, du cinéma, de la BD, de la musique, de la peinture et même de la mode, on voit fleurir des oeuvres de SF. Évidemment dans ce déploiement tous azimuts, l’Afrique n’est pas en reste. Mais en Afrique, comme ailleurs, la reconnaissance de la SF ne va pas sans polémique. En effet, si à ses débuts ils sont nombreux à dénier aux écrits de SF toute qualité littéraire (Zola, 1893 ; Lemire, 1908), de nos jours certains vont jusqu’à remettre en cause l’existence même d’une SF africaine (SFA). La nigériane Okorafor se fait péremptoire lorsqu’elle déclare en 2014 : « African science fiction is still alien ». Seulement, cette boutade est fragilisée par des éléments factuels qui lui donnent davantage l’air d’un slogan. Cette posture est renforcée en ceci que plusieurs productions artistiques sur le continent sont labélisées comme appartenant à la SF. En outre, quelques travaux critiques ont abordé la question et un concept a même été forgé pour désigner ces tendances esthétiques et critiques : l’Afrofuturisme.

Toutefois, et à l’observation, l’on constate qu’une fraction non négligeable de productions artistiques africaines qui se réclament de cette tendance, présentent des traits singuliers qui les distancient de la SF occidentale en regard des oeuvres qui s’inscrivent en droite ligne des classiques du genre. S’agissant de la littérature, particulièrement ceux des récits tenus pour de la SF, des interrogations se posent quant à l’esthétique qu’ils proposent. Comment, par exemple, ne pas percevoir le fossé esthétique séparant La théorie des cordes de Somoza (2006) de Ceux qui sortent dans la nuit de Mutt-Lon ? Bien que rangées tous parmile genre de la SF, il est difficile d’ignorer les lignes de démarcation plus que sensibles entre Métaquine (2016) de François Rouiller, L’Anomalie (2020) de Hervé le Tellier et Rouge impératrice (2020) de Léonora Miano ou encore Qui a peur de la mort ? (2011) et Kabu Kabu (2013) d’Okorafor. En raison des particularités de ce qui est considéré comme de la SFA, MacDonald (2010) propose d’ailleurs de désigner ces ovnis littéraires d’un terme à son sens plus adapté que celui de SF : jujutech.

Est-ce à dire qu’il n’existe pas de SFA ou alors que celle « existante » ne constituerait qu’un avatar du genre ? Face à cette interrogation, autant il est compliqué de soutenir raisonnablement que la SF africaine n’existe pas, autant il serait aventureux de niveler toutes ces productions sous l’appellation de SF car sur le continent africain, il n’est pas rare de tomber sur de la SF sans « science ». Dès lors, il est important de questionner ce parent pauvre de l’art africain, ambition affichée de cet ouvrage qui compte explorer trois principaux axes.

1. Les objets de la science-fiction africaine

La science-fiction traditionnelle s’est émancipée à la faveur des progrès scientifiques et techniques et les deux réalités sont si indissolublement liées qu’on ne saurait les dissocier. D’ailleurs, lorsqu’on observe l’ensemble des thèmes privilégiés par les récits de SF, l’on remarque que les prouesses technologiques ou les théories scientifiques les plus prégnantes d’une époque trouvent presque toujours un écho favorable dans les récits de SF dans lesquels ils sont développés, prolongés, fantasmés. Ce n’est dès lors pas un fait du hasard que l’« âged’or » (Sadoul, 2000) de la SF traditionnelle soit aussi celui de la science. Seulement quand on s’intéresse aux récits de SF africaine, il n’est pas rare de noter que la tradition africaine à travers ses rites, contes, chants, bref à travers son imaginaire, vienne souvent se substituer à l’élément technoscientifique. Dès lors, il convient de se demander quels sont les objets dela SF africaine ? Comment comprendre cette invasion de l’empreinte culturelle dans un univers prônant la technoscience et en quoi cette nuance est-elle différente du merveilleux tel que développé par la tradition occidentale ?

2. La spécificité de la science-fiction africaine

En regard des entrées d’auteurs retenus par quelques anthologies ou d’écrivains étudiés par les ouvrages et articles sur la SFA, un fait retient notre attention : on y retrouve outre des Africains, des Américains naturalisés (Nnedi Okorafor, Nora Jemisi), ou de naissance (Octavia E. Butler, Michael Resnick), des Britanniques comme Alastair Reynolds, des Français à l’instar de Jean Marc). À la fin, l’on est en droit de se poser la question : Qui est auteur de SFA ? Par ailleurs, si certains récits catalogués SFA ne dérogent pas à la règle qui veut qu’en SF l’élément technoscientifique soit le moteur de l’action tout en assurant une certaine distanciation cognitive, il en est d’autres, assez importants, dans lesquels à défaut d’être totalement absente, la science n’y occupe qu’une portion congrue. Comment comprendre cette paucité d’éléments de la science moderne (empirique) dans certains récits de SFA ? Le véritable problème ici n’est-il pas la définition occidento-centrée du terme science dès lorsqu’il s’agit de SF ? N’y a-t-il pas lieu de décloisonner cette appréhension, afin de prendre en compte la « science » africaine ?

3. L’herméneutique de la science-fiction africaine

Chaque jour, l’arsenal critique se renouvelle et s’enrichit, sans doute pour explorer d’autres aspects des oeuvres qui, jusque-là, n’ont pas encore interpellé la critique (cas de l’ethnostylistique par exemple), ou pour questionner des aspects pour lesquels l’appareillage critique traditionnel ne rendrait que difficilement ou partiellement compte (cas de la géocritique de Westphal ou de l’épistémocritique développée par Pierssens, Moser ou Batt). Ce faisant, quels outils théoriques et interprétatifs convient-il de mobiliser ou sont les plus adaptés à l’exégèse de la SFA ? En effet si la SF est une littérature singulière, celle africaine l’est davantage. Peut-on se satisfaire des outils d’analyse traditionnels lorsqu’on vise une exégèse des récits tenus pour de la SFA ?

Modalités de contribution

Les articles peuvent être rédigés en anglais et en français.

Les propositions des résumés des articles doivent comprendre 300 mots maximum et doivent contenir :

  • Nom(s) et prénom(s) de l’auteur
  • Institution d’attache
  • Adresse électronique
  • Axe choisi
  • Titre de la proposition
  • Mots clés
  • Bibliographie succincte.

Envoi des propositions des résumés simultanément aux adresses suivantes : floraamabiamina@yahoo.fr alainbayo24@gmail.com

Dates importantes

  • Date limite d’envoi des propositions des résumés : 15 décembre 2021, délai de rigueur.

  • Réponse du comité scientifique aux auteurs : 30 décembre 2021
  • Date limite de réception des articles rédigés : 30 mars 2022
  • Retour des avis des évaluateurs aux auteurs : 30 mai 2022
  • Date limite de réception des versions définitives des articles : 30 juin 2022
  • Publication prévue de l’ouvrage : décembre 2022.

Comité scientifique

  • Jean-Claude Abada Medjo (Université de Maroua),
  • Assanvo Amoikon Dyhie (Université Félix Houphouët-Boigny),
  • Blossom Ngum Fondo (Université de Maroua),
  • Pierre Fandio (Université de Buea),
  • Kizitus Mpoche (Université de Douala),
  • Joseph Ndinda (Université de Douala),
  • Valère Nkelzok (Université de Douala),
  • Ladislas Nzesse (Université de Yaoundé I),
  • Pierre-Louis Patoine (Université Sorbonne-Nouvelle, Paris 3),
  • Hervé Tchumkam (Methodist University, Illinois).

Date(s)

  • Wednesday, December 15, 2021

Keywords

  • science-fiction, Afrique, littérature

Contact(s)

  • Alain Boayeniak Bayo
    courriel : alainbayo24 [at] gmail [dot] com

Information source

  • Alain Boayeniak Bayo
    courriel : alainbayo24 [at] gmail [dot] com

To cite this announcement

« Autour de la science-fiction africaine », Call for papers, Calenda, Published on Tuesday, November 16, 2021, https://calenda.org/933128

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