HomeFormer la jeunesse ? Ordre, contingence et nouvelle normalité

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Former la jeunesse ? Ordre, contingence et nouvelle normalité

Séminaire d’études sur les institutions de la modernité

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Published on Monday, November 22, 2021 by Lucie Choupaut

Summary

Dans ce cadre que certains auteurs qualifieront de postmodernisme et d’autres de néolibéralisme, nous vous proposons de réfléchir au thème de l’école-université en tant qu’institution à partir de questions provocantes. Par exemple, dans ce contexte, faut-il transformer les options éducatives ? L’école peut-elle être remplacée par d’autres types d’organismes de formation ? Les enseignants peuvent-ils aussi être remplacés par des conseillers ou des animateurs ? Afin d’éclairer ces différentes questions, l’université de Guadalajara (Mexique) et l’Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis (France) organisent conjointement un séminaire avec une séance le 4 novembre 2021 au Mexique et une séance le 19 Mai 2022 en France.

Announcement

Argumentaire

Au sein de l’OCDE, les dépenses liées à l’éducation et à la formation professionnelle ont régulièrement augmenté dans l’objectif de développer des sociétés bâties sur l’innovation (OCDE, 2015). En effet, ce modèle de croissance repose sur la qualification des travailleurs, mais pose également la question de l’intermittence entre situation de travail et de formation (Poizat & Durand, 2017). Parallèlement, d’aucuns soulignent l’abandon de l’école en tant qu’institution universelle et méritocratique au service de la justice sociale et du vivre ensemble.

Dans la mesure où ces deux processus se déroulent de manière synchrone, une tension est générée entre les modèles éducatifs et de formation. D’une part, le modèle éducatif est analysé « en tant que processus de socialisation associé à une finalité large de transmission culturelle et de développement personnel » (Monville et Léonard, 2008, p.5). D’autre part, la formation « renvoie davantage à une finalité professionnelle, englobant des formes de distribution du savoir dans un contexte de travail, comme des stages en entreprise et des formations sur le poste de travail » (ibid.).

Si ces tensions sociales ont fait l’objet de nombreuses recherches en sciences humaines et sociales, d’autres facteurs tels que la généralisation des réseaux sociaux ou encore la situation sanitaire liée à la pandémie de la Covid-19 dans le monde invitent également à repenser l’éducation sous un angle à la fois institutionnel et introspectif. En effet, ce type d’analyse permettrait de considérer comment les interactions les plus élémentaires tendent à se compliquer, d’apporter des solutions ou du moins de faire des propositions pour limiter les préjudices liés à la crise des grands sujets de notre époque.

Lorsque nous avons décidé de convoquer ce séminaire, nous avions préalablement eu le temps de longuement partager des idées sur la modernité et ses institutions via le projet du même nom porté par Gerardo Romo Morales au sein de l’Université de Guadalajara (Mexique). Nous avions participé à deux efforts éditoriaux à cet égard, l'un lié d'abord à l'entreprise puis l'autre lié à l'école, toutes deux appréhendées comme des institutions de la modernité.

Au cours de nos échanges, nous avons compris que nous partagions une vision passionnée de ce qui apparaissait, à première vue, comme une douloureuse transition de notre temps. Ce que nous avions perçu intuitivement coïncide avec ce que d'autres auteurs ont mis au centre de leurs réflexions académiques et philosophiques, notamment l'érosion des grands sujets (prolétarien, citoyen) et des grands récits historiques (Dufour, 2003). De ce fait, comment comprendre les places des sujets et les constructions de sens dans un monde où la désymbolisation et les ruptures expérientielles semblent mettre à mal les institutions ?

Par exemple, l'Autre des psychanalystes, qui modère le Moi et ses pulsions, perd de la force tandis que s’installent à sa place d’autres éléments de référence. Ainsi, de petites idées développées à la hâte ou des figures tribales provisoires opèrent dans certains groupes. Cependant, leur portée sociétale est restreinte car elles entrent en conflit avec celles d’autres collectifs et ne résolvent pas les incertitudes globales auxquelles les sujets font face.

Au sein de la société, ces idées et ces figures ont aussi la capacité de transformer les représentations des institutions (Douglas, 1986) dans les imaginaires sociaux. Ces derniers sont définis comme « les manières dont les personnes imaginent leur existence sociale, comment est-ce qu’ils vivent ensemble avec les autres, comment les choses se passent entre eux et leurs prochains, les attentes qui sont généralement satisfaites et les notions et images normatives plus profondes qui soutiennent ces attentes » (Taylor, 2003, p.23).

L’ensemble de ces phénomènes se traduit par la généralisation d'individus anxieux, impliqués dans des processus de désymbolisation. Cette désymbolisation consiste en « un processus visant à débarrasser l’échange concret de ce qui l’excède [le symbole] tout en l’instituant : son fondement [en termes d’action]. » (Dufour, 2003, p. 238). En outre, ce processus s’accompagne d’un deuxième phénomène au niveau des espaces d’interactions : la substitution d’une logique de marché à celle d’une logique de régulation hiérarchique. L'anomie remplaçant l'autonomie au sens des Lumières, cette situation de crise de la modernité conduit au déclin institutionnel (Dubet, 2002) d’un point de vue symbolique. Concrètement, les fragilisations des institutions génèrent des situations complexes tant en ce qui concerne la définition des fonctions que des rôles que doivent porter les acteurs (Noro, 2010).

Ces analyses concerneraient particulièrement l’école en tant qu’institution. En effet, l’école est à la fois impliquée dans la formation de citoyens moralement justes (Romo, 2019) mais également dans la construction mentale et psychique des individus (Truong, 2015) et du vivre ensemble tant au niveau symbolique que de l’imaginaire. Dans ce monde postmoderne, les comportements de membres d’un établissement scolaire peuvent, par exemple, être durablement affectés à coup de hashtags, comme l'a montré la sinistre affaire de la décapitation du professeur Samuel Paty à l'automne 2020. En outre, la perte de rituels éducatifs centenaires en raison de la pandémie de la Covid-19 (présence sur place, échanges entre pairs et avec les enseignants au cours d’une pause, etc.) ajoutent une nouvelle couche de confusion dans la vie concrète des sujets. Aujourd’hui, les conséquences de la post-modernité et de la généralisation de la distanciation sociale en termes de perte de liens, de sens et de sécurité s’apprécient tristement par l’accroissement des tentatives de suicide d’étudiants, tant en France qu’au Mexique.

Enfin, ces phénomènes sociaux semblent également avoir un impact sur la construction mentale et psychique des étudiants (Truong, 2015) et sur le vivre ensemble tant au niveau symbolique qu'imaginaire. Ainsi, ceux perçus comme une masse de jeunes en apprentissage vivraient des transitions, comme le passage de la culpabilité envers les autres à la honte centrée sur soi (De Gaulejac, 2008) ou encore dans le rapport aux droits, aux devoirs et aux responsabilités de chacun (Dufour, 2003; Truong, 2018). Or ces changements porteraient à conséquence pour d’autres institutions comme l'entreprise (Romo, 2018) ou la famille (Romo, 2016).

Dans ce cadre que certains auteurs qualifieront de postmodernisme et d'autres de néolibéralisme, nous vous proposons de réfléchir au thème de l’école-université en tant qu’institution à partir de questions provocantes. Par exemple, dans ce contexte, faut-il transformer les options éducatives? L'école peut-elle être remplacée par d'autres types d'organismes de formation? Les enseignants peuvent-ils aussi être remplacés par des conseillers ou des animateurs? Et, concernant l’autre acteur principal de la relation d’apprentissage, faut-il continuer de l’'appeler élève, élève, apprenti, apprenant voire même jeune (Dubar, 2010; Verger et Normand, 2015)?

Si la question de la crise institutionnelle est observée à partir de ce dernier acteur ou rôle, il est possible d’envisager la situation de la manière suivante. Les changements ont commencé avec les enfants qui sont aujourd’hui les individus sur les bancs de l’université. Ces enfants du début du siècle sont la génération Y et Z que nous avons socialement caractérisée comme formée par la télévision, les ordinateurs et autres appareils électroniques connectés à un réseau comme les téléphones portables. Lorsque ces acteurs arrivent à l’école puis à l’université, ils imposent des transformations, peut-être encore plus radicales pour de l’enseignement supérieur. Cependant, ce que leur offre l'école-université de la modernité ne semble pas leur servir, tout comme ils ne semblent pas se relier au discours. En ce sens, ces acteurs constituent une génération «difficile à concilier / assimiler» pour le processus éducatif en général, et pour la formation professionnelle en particulier. Cependant, cette situation pourrait aussi offrir de nouvelles opportunités pour penser et faire réfléchir l'institution (Douglas, 1986), particulièrement suite à la pandémie de covid-19.

Afin d’éclairer ces différentes questions, l’Université de Guadalajara/CUCSH (Mexique) et l’Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis/LED (France) organisent conjointement un séminaire avec une séance le 4 novembre 2021 au Mexique et une séance le 19 Mai 2022 en France.

Lignes de discussion non exhaustives

  1. L’éducation formelle et la relation avec le marché. Éduquer ou former ? Pour quels publics ?
  2. École et intégration dans la modernité et au sein de la modernité tardive. Agents ou sujets ?
  3. Construction de sens et processus de désinstitutionalisation dans et au travers des salles de classe.
  4. Relations institutionnelles et inter-agents au sein de l’école et d’institutions complémentaires.

Une valorisation des publications via un ouvrage collectif est envisagée avec un éditeur universitaire.

Calendrier du séminaire – France 2022

  • Lancement de l’appel à communication : 8 novembre 2021
  • Echéance pour la réception des résumés d’intention de communication : 6 décembre 2021
  • Avis des propositions approuvées : 15 décembre 2021
  • Echéance pour la réception des textes complets : 1er Mars 2022
  • Décision du comité scientifique quant à l’acceptation des contributions : 22 Mars 2022. Les contributions peuvent être acceptées, acceptées avec révisions ou refusées.
  • Séminaire : jeudi 19 mai 2022 à l’université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis.

Conditions de soumission des propositions

  1. Si vous souhaitez proposer une contribution à cet événement, merci d’en informer les organisateurs par e-mail à romo@gmail.com et sophie.agulhon@univ-paris8.fr avant le 6 décembre 2021. Vous devez joindre un fichier Word contenant le nom de l’article proposé, un bref résumé de celui-ci (de 350 à 500 mots) en espagnol, anglais ou français. Merci également d’ajouter un paragraphe (200 mots) où vous décrivez de manière synthétique votre formation, votre institution d’affiliation et vos lignes de recherche et de travail universitaire.
  2. Les travaux doivent être inédits.

Les propositions de contribution seront évaluées et le résultat transmis par e-mail. Si la proposition est acceptée, vous devrez tenir compte, pour la soumission finale, des éléments suivants :

  1. Les œuvres doivent avoir une longueur minimale de 4500 mots et un maximum de 6000, en police Times New Roman de 12 points, avec un espace et demi, avec des marges de 2,5 cm. Les titres doivent être centrés et les sous-titres justifiés à gauche, tous deux en gras.
  2. Les citations et notes de bas de page sont soumis conformément au manuel de l'APA (7e édition).
  3. L'œuvre doit inclure sur la première page le nom de l'auteur, son affiliation institutionnelle, un e-mail, un résumé de sa carrière universitaire (200 mots), le résumé de la contribution (200 mots) en espagnol, Français et en anglais.
  4. Toute communication sera à envoyer aux adresses e-mail suivantes : gerardo.romo@gmail.com et sophie.agulhon@univ-paris8.fr.
  5. Pour faciliter la communication scientifique entre les participants, étant donné que la langue utilisée pour les présentations sera l'espagnol à Guadalajara, Français à Paris ou l'anglais dans les deux séminaires, toutes les présentations PowerPoint doivent être écrites en anglais.
  6. Les présentations orales du jeudi 19 mai 2022 seront d'une durée de 20 minutes et ne devront pas comporter plus de 15 slides, avec possible retransmission sur les réseaux sociaux suite au succès digital de la première édition.

Contacts

  • sophie.agulhon@univ-paris8.fr 
  • gerardo.romo@gmail.com 

Coordinateurs

Sophie Agulhon[1] et Gerardo Romo Morales[2]

Comité scientifique

  • Ana Hunie. Universidad de la República del Uruguay.
  • Anayanci Fregoso Centeno. Universidad de Guadalajara, Mexique.
  • Cristina Palomar Verea. Universidad de Guadalajara, Mexique.
  • Fabien Truong, Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, France.
  • Faouzi Bensebaa, Université Paris-Nanterre, France.
  • Gerardo Romo Morales. Universidad de Guadalajara, Mexique.
  • Sophie Agulhon, Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, France.
  • Yuliana Gómez Zapata, Tecnológico de Antioquia, Colombie.
  • Yvon Pesqueux, Cnam Paris, Francia.

Références

De Gaulejac, V. (2008). Les sources de la honte. Paris, France : Point.

Douglas, M. (2004). Comment pensent les institutions ? Paris, France: La Découverte.

Dubar, C. (2010). 5. Construction et crises de l’identité personnelle. Dans Dubar, C. (ed.) La crise des identités. L’interprétation d’une mutation. Paris, France: Le Lien social.

Dubet, F. (2002). Le Déclin de l'institution. Paris, France: Seuil.

Dufour, R. D. (2003). L’Art de réduire les têtes. Sur la nouvelle servitude de l’homme libéré à l’ère du capitalisme total. Paris, France : éditions Denoël.

Monville, M., & Léonard, D. (2008), « La formation professionnelle continue », Courrier hebdomadaire du CRISP, 1987-1988 : 2, 7-67.

Noro, J. E. (2010). “Origen, glorificación y crisis de la escuela moderna. De la escuela sagrada a la escuela profanada”. Investigación y Postgrado, 25(2/3), 291-316.

OCDE (2015). Chapitre 1. La formation professionnelle au service de l’amélioration des compétences. Etudes économiques de l’OCDE, Paris, France: Éditions OCDE, 67-105. https://www.cairn.info/revue-etudes-economiques-de-l-ocde-2015-8-page-67.htm.

Poizat, G. & Durand, M. (2017). « Réinventer le travail et la formation des adultes à l’ère du numérique : état des lieux critique et prospectif ». Raisons éducatives, N°21 (1), 19-44. https://doi.org/10.3917/raised.021.0019

Romo Morales, G. (2019). “La escuela como institución y los imaginarios en disputa”. Forum. Revista Departamento de Ciencia Política, N°15 (1), 201-215. https://doi.org/10.15446/frdcp.n15.79911

Romo Morales, G. (2018). La empresa como institución, Guadalajara, México: Prensas de la Universidad de Guadalajara.

Romo Morales, G. (2016). La familia como institución, Tonalá, México: Prensas de la Universidad de Guadalajara.

Taylor, C. (2003). Modern Social Imaginaries. Durham, Estados Unidos : Duke University Press Books.

Truong, F. (2018). Radicalized Loyalties. Becoming a Muslim in the West. Cambridge, Inglaterra : Polity Press.

Truong, F. (2015). Jeunesses françaises. Bac+5 made in banlieue. Paris, France : La Découverte.

Verger, A. y Normand, R. (2015). “Nueva gestión pública y educación: elementos teóricos y conceptuales para el estudio de un modelo de reforma educativa global”. Educação & Sociedade, 36(132), 599-622.

Notes

[1] Maître de Conférences en Sciences de Gestion au sein du Laboratoire d’Economie Dionysien (LED) de l’Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, France.

[2] Professeur des Universités au sein du Département d’Etudes sur l’Education. CUCSH-Université de Guadalajara, Mexique. Membre du Système National de Chercheurs – Niveau I.

Places

  • Paris, France (75)

Event format

Hybrid event (on site and online)


Date(s)

  • Monday, December 06, 2021

Keywords

  • institution, école, université, génération, covid-19, désymbolisation

Contact(s)

  • Sophie Agulhon
    courriel : sophie [dot] agulhon [at] univ-paris8 [dot] fr
  • Romo Morales Gerardo
    courriel : gerardo [dot] romo [at] gmail [dot] com

Information source

  • Sophie Agulhon
    courriel : sophie [dot] agulhon [at] univ-paris8 [dot] fr

To cite this announcement

« Former la jeunesse ? Ordre, contingence et nouvelle normalité », Call for papers, Calenda, Published on Monday, November 22, 2021, https://calenda.org/936353

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