HomeDe quoi les Gilets jaunes sont-ils le signe émergent ?

HomeDe quoi les Gilets jaunes sont-ils le signe émergent ?

*  *  *

Published on Tuesday, November 30, 2021 by Lucie Choupaut

Summary

Trois ans après le début du phénomène des Gilets jaunes, le colloque « De quoi les Gilets jaunes sont-ils le signe émergent ? », organisé à l’université Polytechnique Hauts-de-France, cherchera à brosser un portrait de ce mouvement social inédit, en s’interrogeant sur ses revendications, ses moyens d’action, son positionnement politique. L’approche privilégiée sera pluridisciplinaire (histoire du temps présent, science politique, sociologie) et ouverte aux témoignages des acteurs, qui ponctueront les deux journées.

Announcement

Présentation

De quoi parlons-nous précisément quand il s’agit des Gilets jaunes ? D’un mouvement social qui se traduit par un signe vestimentaire distinctif, et démarre en octobre 2018 pour s’achever en juin 2019. Le phénomène perdure par la suite à l’état résiduel, jusqu’à ce jour.

Il faut rappeler que les Gilets jaunes sont initialement un mouvement d’usagers de la route mécontents. Le gilet jaune est un équipement imposé par le gouvernement pour la sécurité routière. Tout automobiliste a un gilet jaune et « subit » les règles, notamment fiscales, prévues par le gouvernement : s’il les conteste, il devient un contribuable fâché avec l’État et, virtuellement, peut devenir un Gilet jaune.

À quoi ressemble le mouvement ? Les Gilets jaunes naissent de l’assemblage informel de petits clans affinitaires éparpillés. Ils refusent toute structuration organisationnelle verticale. Ils rejettent les leaders et les porte-parole, au point de les menacer physiquement ou de les chasser des cortèges, comme on l’a vu avec Jacline Mouraud ou Ingrid Levavasseur. Ils se regroupent en réseaux informels, autour de pages Facebook.

Chaque Gilet jaune est ainsi tributaire de sa propre micro-identité, qui s’exprime bien souvent au dos du gilet quand il « customise » le sien.

Le rejet des leaders et le maintien volontaire d’une stricte égalité à la base rappellent les préconisations de l’anarchisme ou de l’ultra-gauche, puisque l’un et l’autre courants luttent pour l’abolition du salariat et pour l’apparition d’une société communiste caractérisée par le « pouvoir international des conseils ouvriers », lesdits « conseils ouvriers » étant eux-mêmes définis comme des assemblées générales de travailleurs.

Pourtant, le mouvement ne valide pas les schémas révolutionnaires. Les Gilets jaunes agissent d’abord en dehors de l’entreprise. Ils appellent à des rassemblements, des « actes », qui ont lieu le samedi, quand l’entreprise est généralement fermée. Par ailleurs, leurs slogans et leurs revendications sont tournés contre le gouvernement, l’État, et non contre le patronat, sauf dans des cas très isolés.

Les revendications divergent fortement des revendications traditionnelles de la classe ouvrière, qui portent sur le salaire, les horaires, ou les conditions de travail. Le mouvement se dresse initialement en octobre 2018 contre la hausse du prix des carburants, liée à la conjoncture économique internationale. Il prend ensuite immédiatement pour cible la « taxe carbone », dont Emmanuel Macron et le gouvernement d’Édouard Philippe souhaitent alors accélérer la mise en œuvre. Il bataille enfin contre l’obligation nouvelle de rouler à 80 kilomètres à l’heure.

Ces revendications de départ ne sont pas celles du mouvement ouvrier classique. Elles se placent davantage dans l’héritage des diverses révoltes antifiscales. Elles sont marquées par un mélange de rejet de l’impôt et de méfiance vis-à-vis de l’écologie. Rappelons qu’en 2012-2013, le mouvement breton des Bonnets rouges s’élevait déjà contre « l’écotaxe » lancée par la ministre de l’Environnement, Ségolène Royal.

Par la suite, le mouvement des Gilets jaunes devient un vaste mouvement de colère populaire, qui fédère un grand nombre de revendications visant à dénoncer les injustices sociales. Défendant principalement l’idée d’un RIC (Référendum d’initiative citoyenne), les Gilets jaunes appellent à la démission du président de la République et à la révolution.

Pour résumer les choses, le mouvement des Gilets jaunes apparaît simultanément : a) comme un mouvement social de type nouveau, propre au XXIe siècle, b) comme une réaction aux mesures édictées par le gouvernement et considérées comme « excluantes ». À l’automne 2018, celui-ci annonce en effet un train de mesures impopulaires : il accélère le chantier de la numérisation des services publics, entreprend de taxer les voitures roulant au diesel, organise la disparition prochaine des chaudières au fioul.

Comment penser les Gilets jaunes ? Il s’agit en fin de compte d’un objet politique, historique, philosophique et sociologique profondément énigmatique. Nous essaierons, durant ce colloque, de résoudre l’énigme et de nous tenir au plus près de ce que furent, réellement, ces contestataires des temps présents.

Ce colloque est organisé avec le soutien du laboratoire LARSH-CRISS et de l’Observatoire des extrémismes et des signes émergents (OESE).

Programme

Jeudi 13 janvier

9h30 - Accueil des participants

10h - Ouverture du colloque et interventions liminaires

  • Abdelhakim Artiba, président de l’UPHF, et Stéphane Lambrecht, directeur du laboratoire LARSH : Mot d’accueil
  • Christophe Bourseiller, directeur de l’OESE : Présentation du fonds d’archives
  • Sébastien Repaire, chercheur postdoctoral en histoire contemporaine à l’UPHF : Présentation du thème

Panel 1 : Les Gilets jaunes, un objet rétif à l’analyse ?

Présidence : Frédéric Attal, professeur d’histoire contemporaine à l’UPHF

  • 10h30 - Danielle Tartakowsky, professeure émérite d’histoire contemporaine à l’Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, ancienne présidente de l’Université Paris 8 : Les Gilets jaunes : un mouvement inaugural ?
  • 10h50 - Marc Lazar, professeur d’histoire et de sociologie politique à l’Institut d’études politiques de Paris, directeur du Centre d’histoire de Sciences Po : « Nous sommes le Peuple ». Les Gilets jaunes, le Peuple, le populisme
  • 11h10 - Olivier Dard, professeur d’histoire contemporaine à Sorbonne Université : Gilets jaunes et populismes : les enjeux d’une labellisation

11h30 - Questions

  • 12h - Témoignage de Ingrid Levavasseur, aide-soignante engagée dans le mouvement des Gilets jaunes

13h-14h45 - Déjeuner

Panel 2 : Les Gilets jaunes, un mouvement extrémiste ?

Présidence : Christophe Bourseiller, directeur de l’OESE

  • 14h45 - Valérie Igounet, docteure en histoire contemporaine, chercheuse invitée à l’Institut d’histoire du temps présent : Les Gilets jaunes et le complotisme
  • 15h05 - Philippe Buton, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Reims Champagne-Ardenne : Les Gilets jaunes et l’extrême gauche
  • 15h25 - Gaël Brustier, docteur en sciences juridiques : Les Gilets jaunes sont-ils un mouvement de gauche ? La question du positionnement politique

16h - Questions

  • 16h30 - Témoignages de Aude Lancelin, journaliste, et Philippe de Veulle, avocat

17h30 - Fin de la première journée

Vendredi 14 janvier

9h30 - Accueil des participants

Panel 3 : Les Gilets jaunes, un mouvement social incompris ?

Présidence : Sébastien Repaire, chercheur postdoctoral en histoire contemporaine à l’UPHF

  • 10h - Pascal Ory, membre de l’Académie française, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne : De quoi « Gilets jaunes » est-il le nom ?
  • 10h20 - Ismail Ferhat, professeur des universités en sciences de l'éducation à l’Université Paris-Nanterre, membre du laboratoire CREF : Des Gilets jaunes enseignants ? Les syndicats enseignants face aux mobilisations protestataires à l’Éducation nationale
  • 10h40 - Arnaud Mercier, professeur en information-communication à l’Université Paris II Panthéon-Assas : Spécificité des Gilets jaunes, ou les ingrédients d’une médiatisation qui ne pouvait être réussie

11h - Questions

11h30-11h50 - Pause

  • 11h50 - Erwan Lecœur, docteur en sociologie, chercheur associé au laboratoire PACTE : Les Gilets jaunes et la question écologique
  • 12h10 - Sylvain Boulouque, expert auprès de la Fondation Jean-Jaurès : Un mouvement manipulé ? Les Gilets jaunes entre entrisme et autonomie

12h30 - Questions

12h50 - Mot de conclusion de Frédéric Attal

Informations pratiques

Lien de connexion disponible ici.

Comité d’organisation

  • Frédéric Attal, professeur d’histoire contemporaine à l’UPHF (laboratoire LARSH)
  • Christophe Bourseiller, directeur de l’OESE
  • Thomas Martel, archiviste-paléographe à l’UPHF
  • Sébastien Repaire, chercheur postdoctoral en histoire contemporaine à l’UPHF (laboratoire LARSH), chercheur associé au Centre d’histoire de Sciences Po

Conseil scientifique

  • Uwe Backes, professeur de science politique à l’Université technique de Dresde, directeur adjoint du Hannah Arendt Institut für Totalitarismusforschung
  • Olivier Dard, professeur d’histoire contemporaine à Sorbonne Université, membre du laboratoire SIRICE (UMR 8138)
  • Vittorio Frigerio, professeur émérite de littérature française à Dalhousie University, Canada
  • Thomas Hochmann, professeur de droit public à l’Université Paris Nanterre, membre junior de l’Institut universitaire de France
  • Gerd-Rainer Horn, professeur d’histoire contemporaine à l’Institut d’études politiques de Paris
  • Valérie Igounet, docteure en histoire contemporaine, chercheuse invitée à l’Institut d’histoire du temps présent
  • Marc Lazar, professeur d’histoire et de sociologie politique à l’Institut d’études politiques de Paris, directeur du Centre d’histoire de Sciences Po
  • Nicolas Lebourg, chercheur associé en histoire contemporaine au laboratoire CEPEL de l’Université de Montpellier (UMR 5112)
  • Marie-Anne Matard-Bonucci, professeure d'histoire contemporaine à l'Université Paris 8, membre de l'Institut universitaire de France
  • Pascal Ory, membre de l’Académie française, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne
  • Guido Panvini, chercheur en histoire contemporaine à l’Université de Bologne
  • Gilles Richard, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’Université de Rennes 2, président de la Société française d’histoire politique

Places

  • Université Polytechnique Hauts-de-France
    Valenciennes, France (59)

Event format

Hybrid event (on site and online)


Date(s)

  • Thursday, January 13, 2022
  • Friday, January 14, 2022

Keywords

  • gilet jaune, mouvement social, manifestation

Contact(s)

  • Sébastien Repaire
    courriel : Sebastien [dot] Repaire [at] uphf [dot] fr

Information source

  • Sébastien Repaire
    courriel : Sebastien [dot] Repaire [at] uphf [dot] fr

To cite this announcement

« De quoi les Gilets jaunes sont-ils le signe émergent ? », Conference, symposium, Calenda, Published on Tuesday, November 30, 2021, https://calenda.org/941357

Archive this announcement

  • Google Agenda
  • iCal
Search OpenEdition Search

You will be redirected to OpenEdition Search