HomeRécit et mise en scène de soi : formes, enjeux et problématiques

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Récit et mise en scène de soi : formes, enjeux et problématiques

Narrativas y escenificaciones del y: desafíos y problemáticas

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Published on Wednesday, December 01, 2021 by Lucie Choupaut

Summary

Réfléchir au récit de soi nous invite à penser à la manière dont se construit la subjectivité. Selon Isabelle Galichon, « le récit de soi est à la fois un « texte en devenir » inscrit dans le cadre d’une pratique et un « texte de devenir » puisqu’il porte en lui une potentialité de résistance. La journée d’étude s’intéressera aussi aux fonctions du récit de soi : on pourra réfléchir au récit en tant qu’interrogation sur le sens d’une vie, témoignage, révélateur des diverses significations que l’on attribue à un parcours personnel, mais aussi au récit de soi comme thérapie, catharsis ou dépassement d’un trauma.

Announcement

Argumentaire 

Réfléchir au récit de soi nous invite à penser à la manière dont se construit la subjectivité. Selon Isabelle Galichon, « le récit de soi est à la fois un « texte en devenir » inscrit dans le cadre d’une pratique et un « texte de devenir » puisqu’il porte en lui une potentialité de résistance1. Cette affirmation invite à considérer plusieurs dimensions dans le récit de soi.

D’une part, l’idée de « texte en devenir » met l’accent sur les potentialités de transformation, de réécriture, de fictionnalisation même, contenues dans le récit de soi : en écrivant sa propre histoire « je devient un autre ». La personne devient personnage de sa propre histoire (ou, parfois d’une histoire collective qui dépasse sa propre individualité). Cette écriture ou réécriture des faits permettra de mettre l’accent sur les processus de transformation, de fictionnalisation (voire parfois de falsification) mais montrera aussi comment l’écriture infuse, à la réalité, un sens. Enfin, prendre la parole pour écrire sa propre histoire permet aussi d’accéder au statut de sujet, de devenir une voix, et se trouve au cœur de stratégies d’empowerment.

On se penchera aussi sur les différentes formes que peut prendre le récit de soi : récit autobiographique, journal intime, auto-analyse, notes éparses reflétant une identité fragmentée au fil du temps et des circonstances, film documentaire, exposition photo, autofiction… Ces différentes déclinaisons de l’écriture de soi ont toutes en commun, à travers des textes et des images, une mise en récit de l’histoire personnelle et ouvrent l’accès à un vaste éventail de possibilités incluant toutes les nuances qui vont de l’histoire à la fiction : depuis l’auto-analyse scientifique du docteur Botey étudiée par Isabelle Renaudet2, où le médecin s’observe et observe son corps avec un regard scientifique, comme s’il était son propre patient, jusqu’aux formes les plus élaborées et les plus assumées de l’autofiction. Mais, quel que soit le support ou la forme adoptée la réécriture et la reconfiguration d’une réalité vécue, la part de mise en récit et de mise en scène, demeurent au service de buts, d’intentions et de fonctions qui seront à élucider.

La question du « devenir » conduit également à analyser les liens entre le je et le nous, entre l’identité collective et l’identité individuelle. Le récit de soi peut ainsi émerger comme un récit synecdochique, où le je devient le porte-parole d’un groupe, d’une communauté (on pense au récit de Rigoberta Menchu, ou à différents récits-témoignages comme Juan Pérez Jolote de Ricardo Pozas, Biografía de un cimarrón de Miguel Barnet, Si me permiten hablar de Moema Viezzer pour ne citer que quelques exemples parmi un riche panel de textes : il en révèle les souffrances, les exclusions, les espoirs ou les revendications.

Enfin, le récit de soi est aussi une « présence au monde » (Isabelle Luciani)3 . L’écriture se dote ici d’une valeur pragmatique qui dépasse la sphère individuelle pour se projeter vers des domaines éthiques, politiques, sociaux. Ecrire devient agir. Cette constatation a de multiples incidences, sur le sens de la réflexivité qui nourrit le récit de soi (une réflexivité tournée vers soi mais qui finalement retourne vers le monde) ainsi que sur le sens même de la mémoire, laquelle doit être comprise comme l’écrit Anne Whitehead— comme « une activité de reconstruction dans le présent plutôt que comme une résurrection du passé »4.

La journée d’étude s’intéressera aussi aux fonctions du récit de soi : on pourra réfléchir au récit en tant qu’interrogation sur le sens d’une vie, témoignage, révélateur des diverses significations que l’on attribue à un parcours personnel, mais aussi au récit de soi comme thérapie, catharsis ou dépassement d’un trauma.

La philosophie du XXe siècle, centrée sur l’analyse du discours, a exploré ces dimensions et a mis à notre disposition une riche tradition interprétative sur la question qui s’enracine dans les écrits de Foucault, Ricoeur, Philippe Lejeune se prolongeant jusqu’à Gasparini, Butler et bien d’autres5, pour ne citer que les plus importants. Les historiens se sont également emparés du récit de soi pour montrer l’articulation entre écriture et action, entre écriture de soi et société. En croisant les différentes perspectives, cette journée d’étude articulera méthodologie et analyse de cas.

Champs d’application

Cette journée d’étude cherche à enrichir ces pistes théoriques et à questionner les méthodologies à travers l’analyse de récits de soi qui s’inscrivent dans la sphère hispanique, francophone, anglophone ou même créolophone.

Dans l’aire hispanophone en particulier, il est possible de penser à la construction de la subjectivité de l’époque moderne à travers le récit des explorateurs ou des conquistadors du « nouveau monde » à partir du XVIe siècle. L’extrême altérité des relations et chroniques de l’époque nourrit les récits d’éléments qui aujourd’hui nous semblent fantastiques, mais nous rappelle également les enjeux implicites dans l’écriture en tant que pratique pragmatique, dans le but d’obtenir des droits où des bénéfices matériels de la part des autorités. Par ailleurs, une partie importante des sources sur le récit de soi est liée au domaine religieux, avec des autobiographies spirituelles mais aussi des formes d’écriture qui s’inscrivent dans la confession ou l’aveu.

Le récit de soi est très présent également dans la littérature latino-américaine du XXe siècle, par exemple, dans la littérature de témoignage (comme Hasta no verte Jesús mío d’Elena Poniatowska), projet à mi-chemin entre l’anthropologie, le journalisme et la littérature et qui rejoint la littérature de la violence politique ou de la mémoire historique (par exemple Operación Masacre de Rodolfo Walsh ou Una sola muerte numerosa de Nora Strejilevich). À la fin du XXe et au XXIe siècle, nous pouvons citer deux phénomènes importants en relation avec les récits de soi : l’essor du journalisme de « non-fiction » (à travers le projet des « nouveaux chroniqueurs des Indes » : Juan Villoro, Martín Caparrós, Gabriela Wiener, Leila Guerriero…) et la littérature d’autofiction (abordée par Fernando Vallejo, Ricardo Piglia, Roberto Bolaño, Guadalupe Nettel, Pedro Juan Gutiérrez, Alejandro Zambra, entre autres) qui renoue avec le pacte autobiographique à la fois qu’elle le questionne, dans la mesure où il s’agit d’une narration fictive d'événements et de faits présentés comme strictement réels ou qui coïncident avec une réalité extra-littéraire.

Axes

Axe 1 : Théories et méthodologies

Une première partie de cette journée d’études sera consacrée à la théorie et à la présentation des méthodologies d’analyse des textes littéraires. Cette partie se veut un espace d’échange avec des spécialistes de différentes disciplines des sciences humaines (études hispaniques, lettres modernes, études francophones…) sur les problématiques soulevées par le récit de soi afin d'enrichir le débat en croisant les regards sur cette pratique.

Axe 2 : Enjeux et problématiques à partir de l’analyse de cas

Une deuxième partie de cette manifestation scientifique sera consacrée aux études de cas dans le domaine de la littérature (hispanique, francophone, anglophone, entre autres), mais aussi des mémoires, journaux intimes, chroniques ou archives privées qui ont suscité l’intérêt des historiens et des sociologues.

Axe 3 : Autour de La novela de mi vida (2012) de Leonardo Padura

Cette journée d’étude souhaite consacrer un espace à la réflexion autour du roman La novela de mi vida (2012) de l'écrivain cubain Leonardo Padura au programme du Capes (espagnol), en relation avec la question de l’écriture de soi. Le texte explore l’exil, l’histoire et l’identité cubaine à travers la voix fictive du poète romantique José María Heredia, mais cette exploration utilise aussi un personnage de la génération à laquelle appartient l’auteur pour nous transmettre une sensibilité, une vision du monde et une poétique, autrement dit, un ensemble d’éléments qui contribuent à construire la figure de l’auteur.

Axe 4 : Usages et fonctions du récit de soi

Des prolongements sont envisagés autour des thématiques suivantes :

  • le récit de soi à travers l’image (fixe ou mobile) : documentaires, films autobiographiques, BD..
  • usages divers du récit de soi : récit de soi et construction de l’histoire collective, récit de soi et résistance, usages pédagogiques, citoyens, thérapeutiques...

Responsables scientifiques

  • Christine Orobitg, PR- Université d’Aix-Marseille, UMR 7303 TELEMME/ UR DIRE

  • Mónica Cárdenas Moreno, MCF - Université de La Réunion, UR DIRE

Calendrier et modalités de soumission 

Appel à communication : les propositions de communication (entre 400 et 600 mots) seront reçues jusqu’au 30 décembre 2021.

La journée d’étude, en modalité hybride (en présentiel à l’Université de la Réunion), aura lieu le jeudi 3 et le vendredi 4 février 2022.

Langues acceptées : français et espagnol

Merci d’envoyer les propositions à :

Notes

1 Isabelle Galichon, « Récit de soi », Témoigner. « Entre histoire et mémoire », [En ligne], 117 | 2014, mis en ligne le 01 juin 2015, consulté le 18 octobre 2021. URL : http://journals.openedition.org/temoigner/1212

2 Isabelle Renaudet, « Identité professionnelle et récit de soi L’auto-analyse médicale, psychologique et scientifique du Docteur Ricardo Botey (1855-1927). Un témoignage singulier », Rives, 44, 2013, p. 91-104, https://doi.org/10.4000/rives.4390

3 Isabelle Luciani, Récit de soi, présence au monde, Presses universitaires de Provence, 2020 https://books.openedition.org/pup/17869.

4 Anne Whitehead, Memory, Londres /New York, Routledge, 2009, p. 126.

5 Michel Foucault, « L’écriture de soi » [1983], Dits et écrits, Paris, Gallimard, 1994 ; Philippe Lejeune, Je est un autre (Paris, Les Éditions du Seuil, coll. « Poétique », 1980) ; Philippe Lejeune et Catherine Bogaert, Un journal à soi, histoire d'une pratique, Paris, Ed. Textuel, 2003 ; Paul Ricœur, Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, 1990 ; Philippe Gasparini, Estil je ? Roman autobiographique et autofiction, Paris, Les Éditions du Seuil, coll. « Poétique », 2004 ; Philippe Gasparini, « Autofiction vs autobiographie », Tangence, N° 97, 2011, pp. 11-24 ; Judith Butler, Récit de soi, Paris, PUF, 2007.

Places

  • Université de la Réunion
    Saint-Denis, Réunion

Event format

Hybrid event (on site and online)


Date(s)

  • Thursday, December 30, 2021

Keywords

  • récit de soi, narrativa del yo

Contact(s)

  • Christine OROBITG
    courriel : christine [dot] orobitg [at] univ-amu [dot] fr
  • Mónica Cárdenas Moreno
    courriel : monica [dot] cardenas-moreno [at] univ-reunion [dot] fr

Information source

  • Delphine Cavallo
    courriel : delphine [dot] cavalo [at] univ-amu [dot] fr

To cite this announcement

« Récit et mise en scène de soi : formes, enjeux et problématiques », Call for papers, Calenda, Published on Wednesday, December 01, 2021, https://calenda.org/941649

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