HomeÉtudier les futurs en sciences humaines et sociales : anticipations, projections, prospectives et scenarii

HomeÉtudier les futurs en sciences humaines et sociales : anticipations, projections, prospectives et scenarii

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Published on Monday, December 20, 2021 by Lucie Choupaut

Summary

Ce numéro spécial pour la revue interdisciplinaire en sciences humaines et sociales Emulations souhaite recevoir des contributions originales et empiriques qui interrogent comment nos sociétés actuelles et/ou passées anticipent des futurs possibles pour améliorer, légitimer et rationnaliser l’action publique. Les contributions pourront étudier les techniques et technologies mises en œuvre (prospectives, simulations, scenarii) et les acteurs qui les développent et les utilisent, que ces derniers soient des acteurs institutionnels et/ou des professionnels de la prospective, ou de simples citoyens.

Announcement

Coordination scientifique

  • Antoine Dole, Aix Marseille Université
  • Sylvie Mazzella, Aix Marseille Université 

Argumentaire

Ce projet de numéro dans la revue Emulations part du constat d’une multiplication des pratiques, des savoirs et des technologies visant à anticiper les futurs ouverts et possibles pour améliorer, rationaliser et légitimer la prise de décision dans un contexte incertain. Nous vivons dans un monde où nous avons de plus en plus besoin de recourir aux scenarii pour penser notre avenir collectif.

Ces besoins d’imaginer le futur ne sont certes pas propres à nos sociétés contemporaines ; déjà chez les Grecs, les oracles avaient un rôle politique et social majeur (Adams et Groves, 2007). Pour autant, deux éléments importants semblent caractériser les futurs auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés.

D’une part, l’Anthropocène – cette nouvelle période géologique dans laquelle nous serions entrés et où l’humanité est le premier moteur de l’évolution de la Planète – invite aujourd’hui à penser une nouvelle conception du temps, un nouveau régime d’historicité (Hartog, 2020) : pour la première fois dans la pensée occidentale du temps, l’Anthropocène invite à penser un futur de l’humanité sans avenir, sans après.

D’autre part, les capacités et les légitimités à penser et dire le futur sont aujourd’hui partagées par un nombre toujours croissant d’acteurs et d’institutions qui forment un marché de production d’anticipations, structuré autour de nouvelles professions et experts (les ‘spécialistes’ de la prospective, les ‘data analysts’, etc.) et de nouveaux savoirs et technologies (simulation et modélisation informatiques). Certains auteurs y voient la constitution d’un « régime d’anticipation » pour décrire ce phénomène (Aradau et Van Münster, 2011 ; Granjou, 2016), c’est-à-dire la mise en place de communautés et d’institutions, de savoirs et de technologies, centrés autour de la production de connaissances sur les futurs possibles. Comme a pu le montrer la crise sanitaire due au Covid-19, les modèles occupent une place centrale dans le gouvernement de l’épidémie, comme dans le gouvernement des conduites des citoyens où les mesures sanitaires visent à ‘aplanir’ la courbe projetée à partir des modèles épidémiologiques prédictifs.

Si les sciences et les technologies ont aujourd’hui coopté une partie de la production des futurs, et que les réflexions sur ces derniers semblent dominer par les discours des producteurs d’anticipations (ingénieurs et prospectivistes) – même si la littérature a largement exploré cela avant eux –, les sciences humaines et sociales ne peuvent négliger ce terrain d’enquête, étant donné son caractère politique. Elles ont ainsi commencé à explorer ce champ d’analyse de manière interdisciplinaire, les Future Studies, appelant à engager une réflexion sur le futur appréhendé comme un « objet analytique », étudié de manière critique (Coleman et Tutton, 2017). Comme objet social et politique, les futurs font également l’objet de concurrence et de compétition – comme cela a pu être décrit dans l’économie des promesses technoscientifiques (Joly, 2015) – et l’objet de contestations politiques (Brown, Rappert et Webster, 2000). C’est un objet fictionnel qui ouvre une histoire des possibles, comme l’explorent déjà les historiens sur le passé à travers l’histoire contrefactuelle (Deluermoz et Singaravélou, 2019). Cela met en outre à l’épreuve la capacité du chercheur à déconstruire des idées reçues, des mésusages et des manipulations du futur, au travers d’idéologies dangereuses (le « Grand remplacement » ou la collapsologie dans sa forme la plus radicale). C’est parce que le futur est aussi un « fait culturel » (Appadurai, 2013) qu’il nous parait important d’identifier quels acteurs le produisent et sous quelles modalités, et de documenter, de manière anthropologique et historique, la variété des « régimes d’anticipation », montrant ainsi que nos manières contemporaines de produire le futur via des assemblages technoscientifiques ne sont pas les seules voies et voix possibles.

Fort de ce constat, le présent appel à contributions invite les sciences humaines et sociales dans leur diversité à analyser les productions des futurs (sous différentes formes : projection, prévision, scénario et prospective) en tant qu’objets sociaux, politiques et techniques.

Des pistes de réflexion pourront souligner comment l’étude des futurs engage des réflexions épistémologiques et pratiques dans nos disciplines en relation avec d’autres disciplines et avec les injonctions à participer à la production des futurs. Les contributions pourront interroger la prise en compte des contingences et des situations de crise plus ou moins durables en sciences humaines et sociales. Elles pourront éclaircir certaines notions et explorer une perspective longitudinale (projeter les futurs à partir des dynamiques passées ; réflexion critique par l’étude des exercices prospectifs passés). Les contributions qui explorent la circulation des anticipations et ses normes au niveau international sont aussi les bienvenues, comme celles qui comparent géographiquement ces productions : y a-t-il un Nord et un Sud à la prospective ? Il s’agira plus généralement d’étudier les « régimes d’anticipation » dans leurs diversités géographiques, historiques et culturelles.

Les propositions, qui peuvent relever de toute discipline de sciences sociales, seront basées sur un travail d’enquête original. Elles contribueront à une réflexion critique et épistémologique sur la production de la prospective à partir de cas d’étude pratiques.

À titre indicatif, les contributions pourront développer les orientations suivantes :

1/ Les acteurs de l’anticipation par le haut

Il s’agira d’étudier comment le besoin de se rassurer dans un monde incertain se traduit en termes de nouveaux métiers, de nouvelles techniques et technologies, de nouvelles actions politiques, mais aussi d’impératifs croissants faits aux sciences humaines et sociales à participer à l’écosystème prévisionnel (via des normes, des projets ou des financements). Les contributions analyseront empiriquement les acteurs, professions et institutions qui produisent l’anticipation. Quels sont les savoirs et les technologies utilisés dans la production d’anticipation ? Assiste-t-on à une professionnalisation des experts impliqués dans la production des futurs ? Les acteurs engagés dans des activités d’anticipation et de prospective occupent une place importante et de pouvoir dans les dispositifs d’action et de décision publique. Comment éclairer les liens entre prospective et action publique ? Comment prennent-ils la forme d’injonctions et quels en sont les effets ? Qu’est-ce que l’engagement croissant des sciences humaines et sociales dans la production d’anticipation fait-il à nos disciplines ?

2/ La fabrique de l’anticipation par le bas

L’étude de la production des futurs ne peut se circonscrire à l’examen des savoirs institutionnels, des technologies et des experts. En étudiant la prospective « par le bas », l’idée soutenue est que l’anticipation est au cœur des activités sociales, politiques et militantes des citoyens qui s’engagent pour une cause ou qui participent à des prospectives ‘artisanales’ ou artistiques. En ce sens, des contributions chercheront à documenter comment des visions d’avenir sont produites dans des cadres moins formalisés que les bureaux d’étude et les institutions internationales, comme par exemple dans des collectifs de citoyens qui se mobilisent contre un projet infrastructurel ou dans des projets associatifs, culturels et artistiques qui invitent tout un chacun à imaginer, par exemple, la ville, les paysages ou l’école de demain. Dans cette perspective, les contributions exploreront les dimensions suivantes : sous quelles modalités se font les prospectives participatives, artisanales et informelles ? Comment certaines mobilisations politiques aboutissent-elles à la formulation de visions d’avenir en concurrence avec d’autres ?

Modalités de soumission

Les propositions (résumé de 1.000 mots maximum et 5 mots-clefs) sont à envoyer au plus tard le 15 février 2022 aux deux coordinateurs du numéro spécial : Sylvie Mazzella (sylvie.mazzella@univ-amu.fr) et Antoine Dolez (antoine.dolez@univ-amu.fr) ainsi qu’aux deux membres du comité de rédaction d’Emulation : Céline Mavrot (celine.mavrot@revue-emulations.net) et Nicolas Bué (nicolas.bue@revue-emulations.net).

Calendrier prévisionnel du numéro

  • 15 février 2022 : date limite pour l’envoi des propositions d’articles
  • Fin février 2022 : sélection des propositions et retours aux auteur·e·s
  • 15 avril 2022 : envoi de la première version des manuscrits (35 000 à 40 000 signes espaces compris)
  • 15 juin 2022 : transmission de la double évaluation externe aux auteur·e·s
  • 1er septembre 2022 : envoi de la deuxième version des manuscrits
  • 15 octobre 2022 : retour des deuxièmes évaluations aux auteur·e·s
  • 15 novembre 2022 : envoi de la troisième version des manuscrits
  • Printemps 2023 : échéance prévue pour la parution du numéro

Bibliographie des auteurs cités

Adam B., Groves C. (2007), Future Matters: Action, Knowledge, Ethics. Leiden and Boston: BRILL.

Aradau C., van Münster R. (2011), Politics of Catastrophe. Genealogies of the Unknown. London: Routledge.

Appadurai D. (2013), The Future as Cultural Fact. Essays on the Global Condition. London and New York: Verso.

Brown N., Rappert B., Webster A. (2000), Contested Futures. A sociology of prospective techno-science. Farnahm: Ashgate Publishing.

Deluermoz Q., Singaravélou P. (2019) Pour une histoire des possibles. Analyses contrefactuelles et futurs non advenus. Paris : Editions du Seuil (2nde édition).

Granjou C. (2016), Sociologie des changements environnementaux. Futurs de la nature. London: ISTE Editions.

Joly PB. (2015), « Le régime des promesses technoscientifiques » In : Audétat M (dir.) Pourquoi tant de promesses ? Paris : Hermann, pp. 31-48.

Coleman R., Tutton R. (2017), “Introduction to Special Issue of Sociological Review on ‘Futures in Question: Theories, Methods and Practices’.” The Sociological Review, 65(3): 440-447.

Hartog F. (2020), Chronos. L’Occident aux prises avec le temps. Paris: Gallimard.


Date(s)

  • Tuesday, February 15, 2022

Keywords

  • anticipation, futur, prospective, scenario, crise, mutation

Contact(s)

  • Sylvie Mazzella
    courriel : sylvie [dot] mazzella [at] univ-amu [dot] fr
  • Antoine Dolez
    courriel : antoine [dot] dolez [at] univ-amu [dot] fr

Information source

  • Antoine Dolez
    courriel : antoine [dot] dolez [at] univ-amu [dot] fr

To cite this announcement

« Étudier les futurs en sciences humaines et sociales : anticipations, projections, prospectives et scenarii », Call for papers, Calenda, Published on Monday, December 20, 2021, https://calenda.org/949265

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