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Féminismes en représentation sur les réseaux sociaux numériques

Construction de l’identité militante et féminisme « pop »

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Published on Monday, December 20, 2021 by Lucie Choupaut

Summary

Les réseaux sociaux numériques font partie de la vie quotidienne contemporaine d’une grande partie de la population féminine. Le culte des apparences semble y régner : les flux de photographies postées sur Instagram par exemple doivent être visuellement cohérents et correspondre à certains codes allant de pair avec des hashtags spécifiques, ceci dans le but d’obtenir le plus de likes et/ou de followers. Les pratiques de la photographie sur les réseaux sociaux de l’image se réclament de plus en plus d’une authenticité assumée, presque militante. Elle voudrait oblitérer totalement le rapport entre le « je » et « jeu », entre l’identité et le masque, mais on peut se demander comment est construite cette identité numérique sur les différentes plateformes et comment elle s’oppose, ou non, avec l’image mise en scène de soi sur les réseaux sociaux. 

Announcement

Argumentaire

Ouvert aux étudiant·es de master, aux doctorant·es, aux chercheur·euses confirmé·es, et aux professionnel·les, ces journées d’étude prendront pour objet les féminismes en représentation sur les réseaux sociaux numériques et le basculement qui s’opère entre les constructions de l’identité militante et le féminisme pop.

Tout au long de ces journées nous comprendrons le terme « pop » pour « pop-culture » ici synonyme de « culture de masse » et symbole de la société de consommation utilisant ce qui s’impose comme une tendance et non pas dans son sens de « culture populaire ». 

Les réseaux sociaux numériques font partie de la vie quotidienne contemporaine d'une grande partie de la population féminine. Le culte des apparences semble y régner : les flux de photographies postées sur Instagram par exemple doivent être visuellement cohérents et correspondre à certains codes allant de pair avec des hashtags spécifiques, ceci dans le but d'obtenir le plus de likes et/ou de followers. Toute utilisatrice d’Instagram peut désormais prétendre à devenir la directrice artistique de sa propre vie, qu'elle donnera à voir de façon considérée comme parfaite au sein de sa communauté numérique. L'existence numérique d'une personne est donc déterminée par ce qu'elle montre d'elle, la publicité de soi, ce qui induit un partage entre utilisatrices de mêmes références, engendrant une communication codée afin que les utilisatrices puissent se reconnaître entre membres d’une même communauté régie par des codes visuels spécifiques. 

De là découle la photo d’influence qui se met en place quand une utilisatrice ou un utilisateur arrive à générer un nombre suffisant de followers pour monnayer sa présence numérique en proposant des produits à vendre à sa communauté via des campagnes de publicité, générant eux-mêmes likes et commentaires. Les marques sur lesquelles elles communiquent sont le plus souvent de prêt à porter, de maquillage, de mode et de décoration. Nous nous intéresserons plus particulièrement au milieu de l’influence féminine dont les pratiques marketing peuvent être associées à une démarche féministe. Il est cependant nécessaire de faire la différence entre une campagne marketing profitant d’une forme de féminisme populaire et l’engagement militant des associations ou personnel présent sur les différentes plateformes numériques. 

Les pratiques de la photographie sur les réseaux sociaux de l’image se réclament de plus en plus d’une authenticité assumée, presque militante. Elle voudrait oblitérer totalement le rapport entre le « je » et « jeu », entre l’identité et le masque : être dans une transparence absolue afin de remplir uniquement sa fonction de communication. Mais on peut se demander comment est construite cette identité numérique sur les différentes plateformes et comment elle s’oppose, ou non, avec l’image mise en scène de soi sur les réseaux sociaux. 

L’image numérique, même non retouchée, est nécessairement mise en scène. Ainsi la construction de l’identité peut se comprendre comme une sélection de récits prenant des formes multiples (écrits, vidéos, photographie etc.). Cette représentation constante du « vrai » et de la sincérité du contenu posté sert en réalité à être mieux référencé·e et à obtenir plus de partenariats, donc plus de revenus. Cela se fait au détriment de la « communauté » d'utilisateur·ice.s, qui s’identifie à l’image projetée. Parfois même au dépens de la perception du corps et de tous les domaines de leur vie quotidienne de la dite « communauté ». On pourra se demander par quels moyens de représentations et de mise en scène se construisent une ou plusieurs identités. 

L’identité militante, notamment féministe, est également présente sur les réseaux sociaux numériques et semble parfois obéir aux règles implicites d'imitation de ceux-ci, dans le but de faire partie d’une communauté ou d'augmenter sa visibilité. Il peut sembler contradictoire de retrouver des codes visuels et des attitudes normées même dans les usages militants des réseaux sociaux numériques. On pourra donc se questionner sur l’individualité réelle des propos militants sur les réseaux sociaux numériques, en n’oubliant pas que des propos et/ou actions sincères peuvent être tenus par des influenceur·euses, mais que ceux-ci peuvent se trouver noyés dans la masse des autres propos ou actions militantes stéréotypées. Ces propos ou actions risquent également d’être rejetées et critiquées négativement par d’autres utilisateur·ices sous prétexte que la personne qui en est à l’origine ne correspond pas ou peu à une identité militante admise et stéréotypée.

Les pratiques artistiques investissent aussi les réseaux sociaux et les plateformes numériques. Si certaines artistes comme Cindy Sherman ont une pratique artistique déjà installée et utilisent les réseaux comme une continuité de leur pratique, certaines utilisent la forme même du flux de photographie comme une manière de faire œuvre à part entière. On pensera à la performance d’Amalia Ulman, à celle de Ksenia Rain ou encore au travail de Karina M. Herrera pour en citer quelques-unes dans le champ des arts plastiques, mais les illustratrices, graphistes etc. investissent aussi ces réseaux. Cependant, contrairement aux arts appliqués où Instagram sert de portfolio, les pratiques artistiques plastiques font œuvre avec l’outil numérique et sont souvent cachées à l'utilisateur qui justement croit en l’authenticité des mises en scènes exposées jusqu’à que l’artiste dévoile ses intentions. Ces pratiques artistiques peuvent utiliser les outils de mise en scène d’une forme populaire du féminisme pour soulever des questions de construction du soi, de l’identité en ligne et de la façon de se mettre en représentation.

Afin de tenter de répondre à ces différentes questions, et également en soulever d'autres, cette journée d'étude se propose de mêler sociologie, arts appliqués et arts plastiques, au sein de réflexions transdisciplinaires. 

Les propositions pourront s’articuler autour des axes suivants :

  • La construction d’une image de soi féministe par la mise en scène vidéo-photographique
  • La construction de l’identité militante sur les réseaux sociaux 
  • Les pratiques artistiques féministes et/ou militante sur les réseaux sociaux 

Modalités de soumission des propositions

Les propositions pourront prendre des formes diverses comme une communication d’une durée de 20mn, une performance artistique, une lecture d’un texte etc. Les propositions (500 mots maximum) sont à envoyer accompagnées d’une courte bio-bibliographie aux adresses ci dessous : 

  • alexandrine.bonoron@etudiant.univ-rennes2.fr
  • laura.bourboulon@etudiant.univ-rennes2.fr
  • elise.goutagny02@univ-paris8.fr
  • christella.kwizera@etudiant.univ-rennes2.fr 

avant le 21 janvier 2022. Les auteurs·ices dont les propositions auront été retenues seront informées avant le 04 février 2022. 

Comité scientifique

  • Alexandrine Bonoron, université Rennes 2
  • Laura Bourboulon, université Rennes 2
  • Élise Goutagny, université Paris 8
  • Christella Kwizera, université Rennes 2

Les journées d’étude auront lieu à l’université Rennes 2 le 04 et 05 mars 2022, sur site si la situation sanitaire le permet. 

Bibliographie 

Berger, John, Voir le voir, à partir d'une série d'émissions de télévision de la B.B.C. [British broadcasting corporation], Paris : Triomphe, 1976.

Bischoff, Jean-Louis, Corps et pop culture, Paris : L'Harmattan, 2015.

Cauquelin, Anne, L'exposition de soi, du journal intime aux Webcams, Paris : Eshel, 2003.

Chabert, Garance, Mole, Aurélien, Les artistes iconographes, Paris : Empire, 2018.

Chollet, Mona, Beauté Fatale, les nouveaux visages d’une aliénation féminine, Paris : La Découverte, 2015.

Dagnaud, Monique, Génération Y. Les jeunes et les réseaux sociaux, de la dérision à la subversion, Paris : Presses des Sciences Politiques, 2013

Dawsey, Jill, The uses of photography, art, politics, and the reinvention of a medium, Oakland : Presses de l'université de Californie, 2016.

Delpeux, Sophie, Le corps-caméra, le performer et son image, Paris : Textuel, 2010.

Froidevaux-Metterie, Camille, Un corps à soi, Paris : Seuil, 2021.

Hervot, Charlotte, (Petit) guide de survie sur Instagram, comment liker et être liké est devenu un sport de combat, Paris : Arkhé, 2019.

Jurgenson, Nathan, The Social Photo, On Photography and Social Media, Londres : Verso Books, 2019.

Lichtensztejn, Agathe, Le selfie, aux frontières de l'égoportrait, Paris : L'Harmattan, 2015.

Lowe, Paul, Chronologie de la photographie, de la chambre noire à Instagram, Paris : Eyrolles, 2019

Luyssen, Johanna, « Pop féminisme », in Dictionnaire des féministes : France, XVIIIe-XXIe siècle, Paris : PUF, 2017. Disponible en ligne : http://blog.univ-angers.fr/dictionnairefeministes/2017/01/30/pop-feminisme/

Manovich, Lev, Instagram and Contemporary Image, 2016. Disponible en ligne : www.manovich.net

Naivin, Bertrand, Selfie, un nouveau regard photographique, Paris : L'Harmattan, 2016.

Perea, François, « L'identité numérique : de la cité à l'écran. Quelques aspects de la représentation de soi dans l'espace numérique », Les Enjeux de l'information et de la communication, GRESEC, 2010/1 (volume 2010), p. 144-159. Disponible en ligne : https://www.cairn.info/revue-les-enjeux-de-l-information-et-de-la-communication-2010-1-page-144.htm

Shoemaker, Megan, Instagram book, inside the online photography revolution, Los Angeles : AMMO Books, 2014.

Sontag, Susan, Sur la photographie, Paris, Christian Bourgeois : 2008.

Tamisier, Marc, Politiques de la photographie du corps, Paris : Klincksieck, 2007.

Zarka, Yves Charles, « Culte de l'individu et perte de l'identité », Cités, Presses Universitaires de France, 2005/1 (n°21), p. 3-6.

Places

  • Université Rennes 2, place du Recteur Henri Le Moal
    Rennes, France (35)

Event format

Hybrid event (on site and online)


Date(s)

  • Friday, January 21, 2022

Keywords

  • représentation, réseau social, féminisme, instagram, numérique, identité, autoportrait, soi

Contact(s)

  • Laura Bourboulon
    courriel : laura [dot] bourboulon [at] etudiant [dot] univ-rennes2 [dot] fr
  • Alexandrine Bonoron
    courriel : alexandrine [dot] bonoron [at] etudiant [dot] univ-rennes2 [dot] fr
  • Elise Goutagny
    courriel : elise [dot] goutagny02 [at] univ-paris8 [dot] fr
  • Kwizera Christella
    courriel : christella [dot] kwizera [at] etudiant [dot] univ-rennes2 [dot] fr

Information source

  • Laura Bourboulon
    courriel : laura [dot] bourboulon [at] etudiant [dot] univ-rennes2 [dot] fr

To cite this announcement

« Féminismes en représentation sur les réseaux sociaux numériques », Call for papers, Calenda, Published on Monday, December 20, 2021, https://calenda.org/949364

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