HomeTransmission intergénérationnelle des savoirs et des pratiques en sciences humaines et sociales

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Published on Wednesday, December 22, 2021 by Lucie Choupaut

Summary

Ce numéro spécial d’Archipélies privilégie un regard autre qui se situe au carrefour de plusieurs disciplines des sciences humaines et sociales. Nous invitons les chercheur·es à mettre l’accent sur des analyses qualitatives pour analyser des réalités diverses et évolutives de la transmission intergénérationnelle des savoirs et pratiques, à examiner les moyens de communiquer ces savoirs et pratiques, à examiner les moyens de communiquer ces savoirs et pratiques, les facteurs de réception, de transformation, d’adaptation ou de transplantation des modes de connaissaces en contexte intergénérationel, interculturel, que ce soit en Afrique, aux Antilles et/ou au Maghreb.

Announcement

Coordination scientifique du dossier

  • Olga Hel-Bongo, professeure titulaire, département de littérature, théâtre et cinéma, université Laval
  • Muriel Gomez-Perez, professeure titulaire, département de sciences historique, université Laval 

Argumentaire

Ce numéro d’Archipélies souhaite examiner la question de la transmission intergénérationnelle des savoirs et des pratiques en sciences humaines et sociales en

Afrique, aux Antilles et au Maghreb. Celle-ci est affaire d’espace et de temps (Frédérique Jankowski et Sophie Lewandowski, 2017/2, n°82, 3-16), de conservation et de circulation des personnes et des biens culturels ou symboliques dans différents milieux sociaux comme l’école, l’espace familial, les milieux éducatifs et artistiques. S’agissant de l’espace, la transmission peut se faire d’un pays à un autre, d’une culture à une autre, d’un individu à l’autre. Elle s’intensifie lorsque liée à des phénomènes migratoires, à des situations d’exils, à des traumatismes historiques ou individuels impliquant, bien souvent, des conflits de mémoires (Mudimbe, 1994; Bisanswa, 2000) ou des pertes mémorielles, comme l’ont montré bon nombre d’écrivains, d’essayistes ou de philosophes, de Paul Ricoeur à Édouard Glissant, de Cheikh Hamidou Kane à Assia Djebar[1]. Se pose dès lors la question de la conservation, de la perte et de l’oubli, mais aussi de la transformation des valeurs, des savoirs et des pratiques transmis de parents à enfants, d’enseignants à élèves, de mère à fille. Que dire lorsque la transmission d’un savoir-être, d’un savoir-faire ou d’un savoir-vivre passe et se déplace sur plusieurs générations et en différents lieux? Peut-on, en pareilles circonstances, préserver une culture, des traditions, tout en les transformant ? 

La transmission intergénérationnelle des savoirs et des pratiques amène donc à se poser la question de la légitimité de l’objet de savoir, de ses pratiques, et de leur pertinence en contexte de mutation sociale, de crise politique ou sanitaire en temps de pandémie, où nous sommes passés drastiquement à l’ère du numérique. Que ce soit en littérature, en histoire, en éducation, en sciences politiques, en anthropologie, en archéologie ou en musique, comment de telles mutations affectent-elles nos sociétés contemporaines, quelle adaptation nécessitent-t-elles en vue d’une élaboration de nouveaux modes de transmission de la connaissance ? quels sont les nouveaux défis de penser, quelles nouvelles façons de faire et de dire s’imposent à nous, mettant parfois à risque notre capacité à gérer de tels changements ?

Plusieurs écrits se sont déjà penchés sur les cadres institutionnels (école, métier) et les acteurs s'y rapportant (professeur, maître), sur les politiques éducatives, les usages des savoirs locaux (Lewandowski, 2016) et des langues (Tourneux, 2011) et sur le rôle des lettrés et de cadres (du précolonial à nos jours) pour traiter de la transmission et de la circulation des savoirs en Afrique, des liens entre savoirs et pouvoirs où s'enchâsse l'articulation entre écrit et oral (Gary-Tounkara et Nativel, 2012). Le lien entre circulation des savoirs et apprentissage a aussi fait l'objet d'études qui examinent les processus d'hybridation dans les systèmes de scolarité et de formation officiels ou informels (Jankowski et Lewandowski, 2017). Vus notamment à travers la perspective du rapport colonial ou dans des contextes de mondialisation, ces processus d’hybridation impliquent souvent une normalisation des savoirs en vue de leur reconnaissance (Moity-Maïzi, 2015). Des études ont sinon porté sur la construction des savoirs dans les relations intergénérationnelles en situation migratoire (entre autres Le Gall et Meintel, 2011; Vatz Laaroussi, 2009) en distinguant trois processus de transmission: le mode linéaire (entre grand-mère, mère et petite-fille), circulaire (transmission directe entre la grand-mère et la petite-fille) et le mode de la "transmission rupture", lorsqu'un des membres se trouve en situation de "marginalisation, d'impuissance ou de manque de reconnaissance" (Vatz Laaroussi et al., 2012: 152). Tous ces éléments rendent compte de deux paramètres fondamentaux, l'espace et le temps, pour analyser la complexité du processus de transmission de savoirs et de pratiques. 

Tout en s'inscrivant dans le sillage de ces publications, ce numéro spécial privilégie un regard autre qui se situe au carrefour de plusieurs disciplines des sciences humaines et sociales. Nous invitons les chercheur.es à mettre l'accent sur des analyses qualitatives pour analyser des réalités diverses et évolutives de la transmission intergénérationnelle des savoirs et pratiques, à examiner les moyens de communiquer ces savoirs et pratiques, les facteurs de réception, de transformation, d’adaptation ou de transplantation des modes de connaissances en contexte intergénérationnel, interculturel, que ce soit en Afrique, aux Antilles et/ou au Maghreb. Trois axes de réflexion sont dès lors proposés: 

  • Identifier les personnes-pivot de la transmission et la logique des processus de transmission de génération en génération. En effet, si dans des contextes particuliers d'absence ou de mort (dues à l’esclavage, aux guerres, génocides, migrations, exil), on observe le rôle prégnant des ainés, notamment dans la scolarisation des jeunes générations (Clark et al., 2015; Schrijner and Smits, 2018) ou dans la transmission de normes de genre (Sawadogo et al., 2018), ce rôle apparait plus rarement dans la transmission de valeurs et pratiques, sauf dans des contextes migratoires à l'échelle internationale (Vatz et Laaroussi et al., 2012). Il sera alors ici question d’examiner plus en profondeur le rôle des générations ascendantes ou des membres de la famille élargie dans la transmission pour voir si entrent en jeu une dimension sociale/genrée ou un partage assumé des rôles par les acteurs, à l'instar des logiques de valorisation de la scolarisation au sein des familles (Bougma, 2018; Daniels, 2017).
  • Dans une perspective intergénérationnelle des savoirs, l’on se demandera si, à travers des modes de transmission tels que les traditions orales, l'écrit, le livre, la parole, la musique, l'objet, l'image ou divers symboles porteurs de mémoire, s'établit un rapport de coexistence ou de concurrence entre les générations, compte tenu du temps et de l'espace qui influent sur la nature des valeurs et des pratiques. Ces valeurs sont-elles en mesure de transcender les oppositions binaires du type « tradition/modernité », « oralité, écriture », « passé-présent-futur » ? (Hel-Bongo, Faulkner, 2016). En prenant acte des crises socio-politiques et spirituelles dans les trois espaces ciblés, assistons-nous à une remise en valeur, par les nouvelles générations, de traditions orales et de pratiques spirituelles anciennes?  Serait-il envisageable d’approfondir cette notion de « tradition moderne » avancée par Antoine Compagnon ? (Compagnon, 1990). Avec l'usage développé du numérique et en fonction de la diversité des espaces et des sociétés ciblées, quelles différences pouvons-nous observer dans les modes de transmission? Ya-t-il marginalisation de savoirs et/ou de pratiques ou alors, une visibilité neuve de ces derniers qui passeraient par une certaine sélection? En définitive, cet axe permettra de relever la diversité des marqueurs identitaires de la transmission au sein de la sphère familiale, de même que leur interrelation, leur impact et leur devenir sur les sociétés. 
  • Le troisième axe invite les chercheur.e.s à interroger les transformations, adaptations, métissages, appropriations ou réappropriations culturelles des jeunes, des artistes, des savants, des praticiens en tous genres où se jouent à la fois leur agentivité et des logiques de négociations dans un contexte intergénérationnel (Gomez-Perez et LeBlanc, 2012) voire des logiques de transplantations dans un contexte interculturel. Comment ces savoirs et ces pratiques sont-ils reçus, perçus, préservés, reconfigurés voire critiqués par les jeunes générations ? Dans quelle mesure des contextes variés en lien avec l'espace (exil forcé, mobilités de la campagne à la ville, migrations transnationales) et le temps (deuil, maladie, exil), amènent-ils les plus jeunes à une perte mémorielle progressive, ou au contraire, à une redécouverte des cultures ou des langues au sein des familles?

Modalités de soumission

  • Envoi des résumés (français ou anglais) : 15 avril 2022

Merci d’adresser un résumé de 500 mots maximum accompagné d’une biographie d’environ 100 mots aux adresses suivantes : olga.hel-bongo@lit.ulaval.ca et muriel.gomez-perez@hst.ulaval.ca 

  • Notifications aux auteur·e·s : 30 avril 2022
  • Envoi de la première version de l’article (français ou anglais) : 31 juillet 2022.
  • Publication du numéro : juin 2023

Les articles doiuvent ête inédits, entre 30 000 et 70 000 signes, espaces, notes de bas de pages et bibliographie incluses, Times New Roman, 12 points.

Bibliographie

Bisanswa, Justin Kalulu, Conflit de Mémoires. V.Y. Mudimbe et la traversée des signes, Frankfurt am Main, IKO-Verlag für Interkulturelle Kommunikation, 2000.

Bougma, Moussa, « Les normes scolaires: les opinions des mères valent-elles celles des pères ? Les enseignements d’une double collecte à Ouagadougou », Anne E. Calvès [dir.], Nouvelles Dynamiques Familiales en Afrique, Québec, Presses de l'Université du Québec, 2018, p. 307-326.

Clark, Shelley, Cotton, Cassandra and Marteleto, Letícia J. "Family Ties and Young Fathers' Engagement in Cape Town, South Africa". Journal of Marriage & Family, Vol.

77, Issue 2, 2015, p.575-589.

Daniels, Doria, « Adult learning, gender and mobility : exploring Somali refugee mothers’ literacy development and empowerment through engagement with their children’s education », dans Journal of Vocational, Adult and Continuing Education and Training, vol. 2, no. 1, 2019, p. 22-42.

Djebar, Assia,  Les Nuits de Strasbourg, Paris, Actes Sud, 1997.

Gary-Tounkara, Daouda et Nativel, Didier, L'Afrique des savoirs au sud du Sahara (XVIeXXiE siècle). Acteurs, supports, pratiques, Paris, Karthala, 2012.

Glissant, Édouard, Le discours antillais, Paris, Seuil, 1981. 

Gomez-Perez, Muriel et LeBlanc, Marie Nathalie, "Introduction. De la jeunesse à l'intergénérationnel", in Gomez-Perez, Muriel et LeBlanc, Marie Nathalie (dir.), L'Afrique des générations. Entre tensions et négociations, Paris, Karthala, 2012, p. 11-34. Hel-Bongo, Olga et Morgan Faulkner, Roman francophone et modernité, Paris, Riveneuve, 2016.

Jankowski, Frédérique et Lewandowski, Sophie, « Apprendre, se positionner, créer : l’hybridation des savoirs au Sud », Autrepart, 2, n° 82, 2017, p. 3-16.

Kane, Cheikh Hamidou, L’aventure ambiguë, Paris, Julliard, 1961. 

Le Gall, Josiane et Meintel, Deirdre, « Liens transnationaux et transmission intergénérationnelle : le cas des familles mixtes au Québec », Autrepart, n°57-58, 1-2, 2011,p. 127-143. 

Lewandowski, Sophie, Savoirs locaux, éducation et formation en Afrique, Paris, Karthala, 2016.

Moity-Maïzi, Pascale (dir.), Savoirs et reconnaissance dans les sociétés africaines, Paris, Karthala, 2015.

Mudimbe, V.-Y, Les corps glorieux des mots et des êtres. Esquisse d’un jardin africain à la bénédictine, Montréal/Paris, Humanitas/Présence Africaine, 1994.

Ricoeur, Paul, La mémoire, l’histoire, l’oubli, Paris, Seuil, 2000. 

Sawadogo, Nathalie, Bazié, Fiacre et Guiella, Georges, « La socialisation des filles et des garçons. Quelles postures et normes de genre transmises par les pères et les mères à Ouagadougou ? » dans Anne E. Calvès [dir.], Nouvelles Dynamiques Familiales en Afrique, Québec, Presses de l'Université du Québec, 2018, p. 283-305.

Schrijner, Sandor and Smits, Jeroen, "Grandmothers and Children’s schooling in subsaharan Africa", Human Nature: An Interdisciplinary Biosocial Perspective, 29(1), 2018, p.65-89. 

Tourneux, Henry, La transmission des savoirs en Afrique. Savoirs locaux et langues locales pour l'enseignement, Paris, Karthala, 2011.

Vatz Laaroussi, Mihèle et al., "De la transmission à la construction des savoirs et des pratiques dans les relations intergénérationnelles de femmes réfugiées au Québec", Novelles pratiques sociales, Volume 25, numéro 1, automne 2012, p. 137-156.

Vatz Laaroussi, Michèle, « L’intergénérationnel dans les réseaux transnationaux des familles immigrantes : mobilité et continuité », in Quéniart, Anne et Hurtubise, Roch (dir.), L’intergénérationnel : regards pluridisciplinaires, Rennes, Presses de l’École des hautes études en santé publique, coll. « Lien social et politiques », 2009, p. 158-176.

Note

[1] Paul Ricoeur, La mémoire, l’histoire, l’oubli, Paris, Seuil, 2000. Édouard Glissant, Le discours antillais, Paris, Seuil, 1981. Cheikh Hamidou Kane, L’aventure ambiguë, Paris, Julliard, 1961. Assia Djebar, Les Nuits de Strasbourg, Paris, Actes Sud, 1997.


Date(s)

  • Friday, April 15, 2022

Keywords

  • transmission, savoir, intergénérationnel, Afrique, Antilles, Maghreb

Contact(s)

  • Muriel Gomez-Perez
    courriel : muriel [dot] gomez-perez [at] hst [dot] ulaval [dot] ca

Information source

  • Muriel Gomez-Perez
    courriel : muriel [dot] gomez-perez [at] hst [dot] ulaval [dot] ca

To cite this announcement

« Transmission intergénérationnelle des savoirs et des pratiques en sciences humaines et sociales », Call for papers, Calenda, Published on Wednesday, December 22, 2021, https://calenda.org/950689

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