HomeSanté et sexualité : pratiques, techniques et savoirs

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Published on Wednesday, January 12, 2022 by Lucie Choupaut

Summary

Les journées d’étude « Santé et sexualité : savoirs, techniques, pratiques », organisées conjointement par les réseaux thématiques Santé, médecine, maladie, handicap (RT19) et Recherches en sciences sociales sur la sexualité (RT28) de l’Association française de sociologie, entendent provoquer une rencontre originale entre les sciences sociales de la sexualité et de la santé. Pour cela, nous proposons de nous émanciper des approches dominantes autour de la « santé sexuelle » et des risques que les pratiques sexuelles font courir à la santé des individus, pour saisir plus largement ce que la sexualité fait à la santé (physique, psychique et mentale), et inversement, à l’aune des contextes et des rapports sociaux dans lesquels elles se trouvent associées.

Announcement

Argumentaire

Les journées d’étude « Santé et sexualité : savoirs, techniques, pratiques », organisées conjointement par les réseaux thématiques Santé, médecine, maladie, handicap (RT19) et Recherches en sciences sociales sur la sexualité (RT28) de l’Association Française de Sociologie, entendent provoquer une rencontre originale entre les sciences sociales de la sexualité et de la santé. Pour cela, nous proposons de nous émanciper des approches dominantes autour de la « santé sexuelle » et des risques que les pratiques sexuelles font courir à la santé des individus, pour saisir plus largement ce que la sexualité fait à la santé (physique, psychique et mentale), et inversement, à l’aune des contextes et des rapports sociaux dans lesquels elles se trouvent associées.

Le dialogue entre les sociologies de la santé et de la sexualité s’est particulièrement rendu visible dans les enquêtes quantitatives telles que Simon (1970), Analyse du comportement sexuel des Français (ACSF, 1992), Comportement sexuel des Français (CSF, 2006) ou encore dans celle à venir Sexualité et Santé sexuelle (E3S). Au cours des journées du 20 et 21 juin 2021, nous souhaitons mettre en lumière cette articulation et invitons à la poursuivre en éclairant, à l’appui de méthodologies quantitatives ou qualitatives, ses dimensions les moins étudiées : la construction des savoirs professionnels et profanes au prisme du plaisir et des échelles de légitimité ; la production et la circulation des techniques ; la relation entre conditions de santé ou de handicaps et pratiques sexuelles ; les controverses qui entourent certaines pratiques sexuelles et leur encadrement sanitaire ou leur médicalisation.

Notre volonté lors de ces deux journées est de resituer l’analyse de la santé et de la sexualité dans le triptyque techniques - pratiques - savoirs, afin de rappeler que la sexualité comme la santé sont des phénomènes sociaux, et qu’à ce titre, ils sont susceptibles de transformations comme de permanences. Ils seront analysés en ce sens, notamment au prisme de leurs conditions matérielles et des rapports sociaux de classe, de race, d’âge, de sexe, de santé et de handicap dans lesquels ils prennent place et auxquels ils participent.

Dans cette perspective, les enquêtes au cœur de ces journées pourront s’inscrire dans l’un des trois axes suivants.

Axe 1 : Techniques

Cet axe interroge les dispositifs et techniques biomédicaux qui participent à la vie sexuelle des individus. Comment les objets, les techniques ou les technologies sanitaires et préventives affectent-ils les pratiques affectives et sexuelles ? Et inversement l’évolution des pratiques sexuelles et affectives suscite-t-elle de nouvelles attentes techniques, produisant de nouveaux outils sanitaires et préventifs ? Qu’elles soient propres au domaine de la santé ou non, les évolutions techniques influent de multiples manières sur les sexualités. La révolution contraceptive, le marché des objets sexuels, l’avènement et la démocratisation d’internet et des réseaux sociaux, la multiplication des applications de rencontre ou de maîtrise de la vie sexuelle et contraceptive modifient la façon dont les individus prennent soin de leur sexualité.

Nous essayerons ainsi de reposer à nouveaux frais la question, désormais classique dans d’autres domaines de la sociologie de la santé, de savoir si l’on assiste à une médicalisation et à une technicisation de la sexualité, et surtout quels en sont ici les enjeux. Les techniques médicales et de santé contribuent à faire évoluer les connaissances sur la sexualité : c’est le cas des techniques d’imagerie médicale qui visent à détecter des défaillances ou à réhabiliter, adapter, corriger, rendre possible certaines sexualités. C’est le cas encore des technologies visant à quantifier sa sexualité pour l’améliorer. La démocratisation du marché des outils préventifs ou des accessoires sexuels influence la manière dont se pense, se contrôle et se pratique la sexualité. Des communications pourront porter sur la « médicamentalisation » de la santé ou de la sexualité (comme la dépression ou la contraception) et ses effets sur les désirs et les activités ; mais aussi sur la place de la chirurgie dans la transformation des corps et leurs effets anticipés ou non sur les existences des personnes concernées.

On pourra aussi interroger les processus de médicalisation et démédicalisation autour des questions de sexualité, ou des formes de retours et une volonté de s’échapper de techniques ou de médicaments contemporains jugés trop invasifs au profit de méthodes plus « traditionnelles », « naturelles », alternatives, voire ésotériques, en lien notamment avec les crises sanitaires (crise de la pilule, composition des préservatifs, etc.), que ce soit au niveau des patients et patientes, des professionnels et professionnelles ou des institutions.

Nous nous intéresserons en outre depuis cet axe aux nouvelles techniques d’exercice des métiers de la santé, comme la télémédecine, qui peut affecter la façon dont les individus prennent soin de leur sexualité, ce qui n’est pas sans poser question concernant les inégalités (particulièrement numériques) que cela peut engendrer. Plus globalement, internet, les forums de discussion, les réseaux sociaux, les chaînes YouTube peuvent être envisagés comme des instances de socialisation sexuelle et de socialisation à la santé. Ils fonctionnent à la fois comme des espaces de construction, de savoirs, voire d’expertise, sur le sujet et des supports de diffusion d’informations contestables. Des contributions qui porteraient sur la socioéconomie de ces techniques de la santé et de la sexualité, sur les nouveaux marchés de la dysfonction sexuelle ou des médicaments assistant et contrôlant la sexualité (Viagra, Prep, Pilule contraceptive ou applications) ou sur les politiques sociales de remboursement pourraient trouver leur place dans cet axe.

Axe 2 : Pratiques

Depuis cet axe, nous portons attention aux manières dont les pratiques sexuelles sont modelées par des questions de santé, et inversement. Les pratiques sexuelles, et la matérialité des désirs, des plaisirs et des risques qu’elles produisent, sont notamment des vecteurs et des révélateurs de hiérarchies qui se retrouvent dans les pratiques sanitaires et préventives. La pénétration pénovaginale en fournit un exemple saillant : rendue accessible avec la contraception, qui limite le risque de grossesse, c’est une pratique normée et normative, qui focalise le regard médical lorsqu’il s’agit de traiter de pathologies gynécologiques, de prendre en charge les personnes intersexes ou d’évaluer les parcours de transition.

Les communications situées dans cet axe pourront s’intéresser aux processus de légitimation des pratiques dans le champ de la santé, comme dans celui de la sexualité. Nous nous intéresserons ici au magistère moral que représentent la médecine et les professionnels et professionnelles de santé pour qualifier ce qui est acceptable ou non en matière de pratiques sexuelles, de distinguer le normal et le pathologique, le légitime du déviant. Comment les pratiques de soin (médicaments, thérapies) ou d’adaptation des corps (chirurgies, prothèses) promues par les acteurs et actrices de la santé s’articulent-elles avec les enjeux et normes sexuelles, et notamment le plaisir ? Nous pourrons aussi ici nous intéresser à des pratiques sexuelles considérées comme « controversées », ou non destinées à la reproduction, pour comprendre comment les individus et les travailleurs et les travailleuses de la santé ou de la sexualité négocient avec différentes normes, les critiquent ou les justifient. On se questionnera encore ici sur la prise en compte par les professionnels et les professionnelles des pratiques et des attentes de leurs clients et clientes ou patients et patientes, au cours de leurs échanges et lors de la délivrance d’un service ou d’une prescription.

Longtemps impensée, la vie sexuelle sous conditions particulières de santé est aujourd’hui de plus en plus abordée en sociologie de la santé : sexualité et handicap, sexualité et cancer, sexualité et maladie chroniques. Les travaux qui s’inscrivent dans cette dynamique trouveront leur place ici. L’attention aux pratiques défendue dans cet appel inclut également les personnes qui souhaitent ou doivent « sortir » de la sexualité ou celles qui en sont empêchées dans leur accès et leur socialisation pour des raisons institutionnelles (vie en EHPAD, hôpital, prison, établissements médico-sociaux…), matérielles, physiques et psychiques variées.

Axe 3 : Savoirs

Cet axe s’intéresse aux savoirs scientifiques, professionnels, et profanes en matière de sexualité et de santé. Comment se co-construisent-ils ? Quelle place est faite à l’analyse des inégalités sociales et des violences dans la production des savoirs et de l’ignorance ? Comment les rapports sociaux de sexe et les hiérarchies de sexualité, la race et la colonialité, mais aussi les effets de génération ou d’âge, les logiques de classe ou les rapports de santé et de handicap, configurent-ils la production des savoirs et de leurs angles morts en matière de santé et de sexualité ? Sur quelles connaissances sont construites les politiques publiques qui encadrent la santé et la sexualité, et pour quels effets ?

Plusieurs types de travaux pourraient trouver ici leur place. Par exemple, ceux explorant la place du militantisme et des activistes dans les processus de production des savoirs sur la sexualité, ou encore la place des enjeux de santé dans les mobilisations pour le droit des femmes, des minorités ethnoraciales et des LGBTQ. C’est la question, classique en sociologie de la santé, de la place des savoirs dits « profanes » sur la santé et la sexualité qui peut être interrogée, et notamment celle des normes et représentations qu’elle diffuse, ou échoue à démocratiser.

Il est aussi possible de s’interroger plus généralement sur les connaissances et croyances sur la sexualité dont disposent les individus et les professionnels et professionnelles de la santé - y compris les non-spécialistes de la question (médecins généralistes, infirmières, etc.), à différents âges de la vie et leurs carrières. Cet axe concerne plus globalement la place de la prévention et de la manière dont sont appréhendés ensemble risque, plaisir et désir, dans et hors des contextes épidémiques (VIH-Sida, COVID-19, etc.).

À la question des savoirs s’ajoute celle de la légitimité des disciplines et des formations de celles et ceux qui disent la sexualité. S’y intéresser permet de comprendre ce qui peut être appréhendé comme bon ou mauvais pour la santé en matière de sexualité. Nous assistons au développement de nouveaux et nouvelles experts et expertes de la sexualité, lié à de nouvelles techniques et thématiques (Prep, violences sexuelles, Chemsex, etc.), ou tourné vers des populations spécifiques (personnes handicapées, âgées, immigrées, travailleuses et travailleuses du sexe, etc.). Nous nous intéresserons aux normes sexuelles implicites qui les encadrent et qui sont portées par ces professionnels et professionnelles, ainsi que des travailleurs et travailleuses des savoirs sur la santé et la sexualité (sexologues, sexo-pédagogues, professionnels et professionnelles de la santé sexuelle, travailleurs et travailleurs du sexe, etc.).

On pourra en outre s’intéresser aux modalités de production et de financement des enquêtes sur la santé et la sexualité, dont l’histoire reste à écrire, mais aussi aux profils sociologiques de ceux et celles qui mènent ces enquêtes. Comment expliquer la disparition ou l’obsolescence de certaines disciplines et savoirs ? Parmi les professionnels et professionnelles de la sexualité se trouvent par exemple des chercheuses et chercheurs en sciences sociales, et en particulier les sociologues de la sexualité. Quelle est la légitimité de leur savoir disciplinaire sur la sexualité par rapport à d’autres savoirs ? Quelle est aussi la place des recherches situées, notamment sur les femmes, les minorités ethnoraciales ou les personnes lesbienne, gaie, bies, trans’ et queer ? Nous pourrons nous poser la question du rôle que jouent les jeunes chercheuses femmes, non-blanches, personnes handicapées, lesbiennes, gaies, bies, trans’ et queer, travailleurs et travailleuses du sexe dans le monde académique ou de la recherche communautaire, et des effets de leur place sur les savoirs : visibilisation de certaines pratiques jusqu’ici sous étudiées, changement de perspectives ou de catégories.

Cet axe s’intéresse également à la construction des catégories dans les enquêtes (particulièrement quantitatives) pour appréhender la sexualité en lien avec la santé et la place faite aux enjeux de plaisir, de bien-être. Il sera possible de s’intéresser concrètement à l’élaboration de ces savoirs, par exemple à la place d’internet dans le recrutement et la récolte des données (big data, observation, entretiens), aux formes de l’engagement ethnographique, aux outils de diffusion des résultats des enquêtes, et aux enjeux éthiques de ces différentes méthodes.

Modalités de soumission

Les propositions de communications sont attendues aux adresses suivantes (brasseurph@gmail.com, yael.eched@sciencespo.fr, christine.hamelin@uvsq.fr, leclainchepiel@gmail.com, thome.cecile@gmail.com) pour le 1er mars 2022 au plus tard.

Les propositions de communication, d’une taille maximale de 2 500 signes (espaces compris) rendront explicite leur argument et leur méthodologie d’enquête. Elles devront également mentionner les informations suivantes :

  • Nom et prénom du/des auteur·e·s
  • Adresse(s) électronique(s)
  • Fonction(s) ou statut(s)
  • Discipline(s)
  • Institution(s) de rattachement

Elles seront évaluées sous cinq semaines par les membres du comité d’organisation. Afin de préparer aux mieux les sessions, les communicants et communicantes seront invitées à transmettre un texte (environ 20 000 signes) qui servira de support aux échanges, pour le 1er juin 2022.

Une sélection de communications sous forme de publication est envisagée.

Une interprétation LSF pourra être proposée en fonction des besoins des participantes et participants.

Les journées d'étude auront lieu les 20 et 21 juin 2022 au centre des colloques du campus Condorcet à Aubervilliers.

Comité scientifique et d’organisation

  • Pierre Brasseur, membre du RT 28, postdoctorant à l’INSERM (LilNCog) - U 1172, chercheur associé au laboratoire Pacte, Université Grenoble Alpes.
  • Yaël Eched, membre des RT19-RT28 (EHESS-INSERM), doctorante à l’IRIS (Aubervilliers, 93)
  • Christine Hamelin, membre du RT19, chercheuse MCF au Laboratoire Printemps (UVSQ/CNRS) et chercheuse associée à l’Ined (UR 4)
  • Marie Le Clainche-Piel, membre du RT19, chargée de recherche, CNRS-Cermes3/CEMS
  • Cécile Thomé, membre du RT28, postdoctorante à l’Ined (UR 14), Iris.

Conférencier·e·s d’ouverture et de fermeture

  • Emmanuel Beaubatie (chargé de recherche, CNRS-CESSP)
  • Lucile Ruault (chargée de recherche, CNRS-Cermes3)

Places

  • centre des colloques - Campus Condorcet
    Aubervilliers, France (93)

Event format

Full on-site event


Date(s)

  • Tuesday, March 01, 2022

Keywords

  • santé, sexualité, sociologie

Contact(s)

  • Pierre Brasseur
    courriel : brasseurph [at] gmail [dot] com

Information source

  • Pierre Brasseur
    courriel : brasseurph [at] gmail [dot] com

To cite this announcement

« Santé et sexualité : pratiques, techniques et savoirs », Call for papers, Calenda, Published on Wednesday, January 12, 2022, https://calenda.org/954024

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