AccueilRendez-vous en terrain connu : repenser le voyage en anthropologie ?

AccueilRendez-vous en terrain connu : repenser le voyage en anthropologie ?

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Publié le mardi 18 janvier 2022

Résumé

L’objectif de ce séminaire inter-laboratoires d’anthropologie d’Aix-Marseille Université (Silaam) est de se questionner sur les fondements épistémologiques et méthodologiques de l’anthropologie. Il s’agira de repenser la place du voyage (physique, intellectuel, virtuel) dans la recherche et dans la pratique ethnographique, et les perspectives d’évolution d’une discipline qui s’est historiquement construite dans un rapport ambigu aux altérités et au déplacement. Le séminaire vise également à réfléchir à de nouvelles pratiques ethnographiques et au développement d’autres méthodologies en anthropologie, qui conditionnent également les modalités de diffusion de la recherche. 

Annonce

Présentation

En accord avec les évolutions dans les représentations du monde, observées au sein des sociétés occidentales, qui remettent en cause certains fondements de la rationalité positive (questions de genre, de parenté, de relations entre nature et culture), l’anthropologie s’ouvre à de nouveaux objets et méthodologies. Parallèlement, elle s’éloigne inéluctablement de ce qui constituait le socle méthodologique et épistémologique de la discipline, soit l’observation participante de sociétés pensées comme « exotiques », un type d’approche désormais suspecté de maintenir un rapport « colonialiste » et « paternaliste » avec l’altérité. Le retour réflexif vers l’analyse critique des conditions de production du savoir, ainsi que la recherche de nouveaux terrains et objets, conduisent l’anthropologie à perdre de son particularisme, face à d’autres disciplines des sciences sociales telles les sciences politiques et la sociologie. Paradoxalement, ces dernières s’emparent des méthodes classiques de l’anthropologie en menant des enquêtes ethnographiques sur les terrains et objets qui leur sont habituels.

En outre, de nouvelles façons d’exercer deviennent communes chez les anthropologues lorsqu’ils développent des ethnographies « multisituées », ou investissent des « terrains » numériques, défendant ainsi une ethnographie à distance qui remet en cause la notion malinowskienne de « participation ». Ces types de méthodes, qui se sont répandues avec la pandémie du covid 19, sont probablement appelées à se généraliser ultérieurement, du fait de la fermeture de nombreux terrains à travers le monde pour causes de violences, de procédures administratives trop complexes, de questions d’éthique ou de problématiques environnementales. Dans un tel contexte, que devient le noyau dur de l’anthropologie (la culture et l’organisation des sociétés), dont l’étude implique l’immersion prolongée sur un terrain éloigné qui constituerait « le cœur de la légitimité anthropologique » (Olivier de Sardan, 2004) ? Ce constat oblige à repenser le cadre général de la discipline afin que celle-ci ne se dilue pas dans une sorte de tout-venant où se perdraient les spécificités de chacune des sciences sociales dites empiriques. Il interroge également les fondements du savoir anthropologique, du rapport aux données et à leurs conditions de production.

À partir de cette mise en perspective de l’anthropologie aujourd’hui, ce séminaire vise à mettre en lumière les éléments qui sont à même de caractériser cette discipline, à la fois dans la construction de ses objets, et dans la production des données. Il se propose, plus largement, de considérer en quoi les travaux anthropologiques peuvent encore contribuer à la production d’un savoir général en sciences sociales à partir d’études de cas localisées à un échelon monographique et reliées par la voie de la comparaison. Comment appréhender théoriquement et empiriquement la distance et le voyage en anthropologie ? Alors que des rapports de domination ont défini les conditions politiques de production d’un savoir sur l’Autre, comment (re)penser une relation ethnographique « désexotisicée » ? Alors que les terrains lointains paraissent de plus en plus difficiles d’accès, le visuel comme le numérique ouvrent-t-ils de nouvelles possibilités ethnographiques ?

Programme

28 janvier 2022

9h-9h30 Axelle Djama (EHESS – CNE), Introduction à la journée d’étude

9h30-10h30 Valeria Siniscalchi (EHESS – CNE), Comment saisir des espaces économiques ? Échelles et pratiques du terrain anthropologique

10h30-11h30 Cédric Parizot (IREMAM-CNRS-AMU), Du voyage à la diffraction. Retour sur une enquête ethnographique en Israël Palestine (1994-2013)

  • À partir des expériences que j’ai vécues pendant les 11 années de terrain effectuées en Israël Palestine, j’évoquerai ce que signifie pour moi la pratique de « l’immersion » et de l’enquête « multi-située » dans des zones conflictuelles. Dans de tels contextes, une enquête de terrain en immersion n’est pas réductible à un déplacement géographique ou une confrontation/observation d’une altérité qui serait extérieure à nous. Elle engage plutôt des processus répétés de « démantèlement-réagencement » de soi (undoing) (Butler), au cours desquels l’anthropologue réajuste son mode d’existence pour entrer en relation avec les autres, leur être intelligible et vivre avec eux. Une enquête multi-située en zones conflictuelles démultiplie et intensifie ces transformations. Dans ce cadre, comme le suggère Glenn Bowman, il ne faut pas réduire l’enquête ethnographique à un processus d’observation et d’écoute d’un monde qui serait extérieur à nous, mais l’envisager plutôt comme l’analyse des traces que laissent, dans nos corps d’anthropologues, ces rencontres avec ces mondes qui nous ont constitué et que nous avons contribué à constituer. Sous cet angle, l’anthropologie n’est pas seulement une science de l’observation mais aussi de la diffraction. Quant à l’enquête, elle n’est pas uniquement « multi-située », elle est aussi « multi-actée ».

11h30-12h30 Thomas Vaïsse (EHESS – CNE), Marseille, une ville étrange(re) ?

  • Au gré des sensibilités, Marseille est présentée comme une ville cosmopolite ou étrangère, franche ou mensongère, ouverte ou violente. Elle est régulièrement sous les feux des projecteurs, locaux et nationaux, où elle est souvent mise en scène sous des formes fantasmées pour mieux l’admirer ou la critiquer. Si la croyance en une spécificité marseillaise par rapport à la France est à modérer, il persiste dans les discours communs l’image d’une ville qui serait spéciale, différente du reste du pays, étrange. Travaillant sur Marseille autour des conflits dans les écoles publiques, je propose dans cette présentation de raconter la démarche d’enquête sur ce territoire, au travers de ma propre expérience personnelle et scientifique, pour réfléchir à la capacité que peut avoir un lieu très proche géographiquement à paraître exotique, et à influer ainsi sur sa propre représentation.

12h30-13h Conclusion à la journée d’étude

Informations pratiques

Participer à la réunion sur Zoom

Contact silaam.orga@gmail.com 

Structures partenaires

CNRS / Aix-Marseille Université / EHESS

Mucem / MMSH

IDEMEC / IrAsia / IMAF / CREDO/ CNE        

L’équipe organisatrice 

  • Frédéric Saumade (Professeur des Universités IDEMEC - AMU), coordinateur et fondateur du séminaire                            
  • Paula Arqué (doctorante au CREDO - EHESS)
  • Noemi Didu (doctorante à l’IrAsia - AMU)
  • Axelle Djama (doctorante au CNE - EHESS) 
  • Charlotte Gasc (doctorante à l’IDEMEC - AMU) 
  • Vincenzo Scamardella (doctorant à l’IDEMEC - AMU /EHEHI - Casa de Velázquez)
  • Thomas Vaisse (doctorant au CNE-EHESS)

Catégories

Format de l'événement

Événement uniquement en ligne


Dates

  • vendredi 28 janvier 2022

Mots-clés

  • silaam, anthropologie, terrain, recherche, épistémologie, méthodologie

Contacts

  • Vincenzo Scamardella
    courriel : vincenzoscamardella91 [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Vincenzo Scamardella
    courriel : vincenzoscamardella91 [at] gmail [dot] com

Licence

CC0-1.0 Cette annonce est mise à disposition selon les termes de la Creative Commons CC0 1.0 Universel.

Pour citer cette annonce

« Rendez-vous en terrain connu : repenser le voyage en anthropologie ? », Journée d'étude, Calenda, Publié le mardi 18 janvier 2022, https://doi.org/10.58079/1827

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