HomeIntérieurs sensibles de Chantal Akerman : films et installations – passages esthétiques

HomeIntérieurs sensibles de Chantal Akerman : films et installations – passages esthétiques

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Published on Monday, January 24, 2022

Abstract

Au cours de ce colloque, nous reviendrons sur les films d’Akerman à travers le motif essentiel de l’espace intérieur, un motif qui nous permettra également de mettre l’accent sur la partie de son œuvre moins étudiée – les installations. La mise en scène et le montage des espaces intérieurs dans les films d’Akerman, l’architecture complexe des espaces clos et de leurs temporalités, intègrent déjà une réflexion spatialisée et posent les prémices du travail sur l’installation. Comment le passage d’un médium à un autre se produit-il et comment les deux pratiques se complètent-elles et se répondent-elles ? Comment penser le paradoxe inscrit dans le geste et dans l’acte d’installation et d’exposition de matières aussi sensibles que l’intériorité ou encore l’intimité ? De quelle manière ces installations mobilisent-elles le spectateur et spatialisent-elles l’écran plat du cinéma dans l’espace itinérant de la galerie ?

Announcement

Argumentaire

Chantal Akerman (1950-2015) est une cinéaste radicale et complète. Des films de fiction, essais filmés et documentaires aux installations d’images en mouvement, son art est celui d’une intrépide expérimentation formelle. Cette esthétique du geste expérimental a pour départ un positionnement et un engagement éthiques forts. Akerman est à l’origine de ce que Corinne Maury appelle la « caméra-logeuse » : à l’encontre de tout voyeurisme, d’un regard opposé à un autre, Akerman accueille l’autre à l’intérieur de son propre logis, le loge au sein de sa propre intimité. Il faut entendre ici les concepts d’« intime » et d’« intimité » en un sens philosophique, celui que leur prête la tradition issue de la pensée de Kierkegaard dont l’œuvre est fondée « sur une intimité qui s’est révélée être non pas le petit cercle que l’on promettait, mais proprement l’espace le plus infini » marqué par la « solitude qui est contraire d’un isolement1 » (Alain Cugnot). Akerman fait éprouver au spectateur le sentiment d’une extrême perméabilité au monde à travers la tenue du présent, le sensible immédiat pesé au poids de l’Histoire, la mise en scène d’une parole intime engagée dans l’espace public en tant que témoignage le plus radical de l’existence. L’intimité offerte et saisie par Akerman, le travail sur l’intime du point de vue des expressions formelles, visuelles et sonores, devient un espace possible à partager et à vivre en commun.

Ainsi les notions d’intérieur et d’intériorité sont intimement liées dans l’œuvre d’Akerman à la notion de passage : passages d’un extérieur fixe à une mobilité interne mitigée, d’un espace public à l’espace intime, d’une neutralité factice du cadre aux bouleversements profonds des corps. Le passage du film à l’installation a également été caractérisé par la même perméabilité des frontières entre l’extérieur, enclos au sein de l’espace intime d’une galerie, et l’intériorité mise à nu. Comment habiter un espace, l’investir de soi tout en préservant aussi bien sa propre intimité que celle de l’espace lui-même, et celle de l’Autre – d’une autre identité, que ce soit la mère de la réalisatrice dans son dernier film No Home Movie (2015) ou encore ses personnages : de Jeanne Dielman à ceux de Je, tu, il, elle (1974), Toute une nuit (1982) et Histoires d’Amérique (1989) ?

Au cours de ce colloque, nous reviendrons sur les films d’Akerman à travers ce motif essentiel de l’espace intérieur, un motif qui nous permettra également de mettre l’accent sur la partie de son œuvre moins étudiée – les installations. La mise en scène et le montage des espaces intérieurs dans les films d’Akerman, l’architecture complexe des espaces clos et de leurs temporalités, intègrent déjà une réflexion spatialisée et posent les prémices du travail sur l’installation. Comment le passage d’un médium à un autre se produit-il et comment les deux pratiques se complètent-elles et se répondent-elles ? Comment penser le paradoxe inscrit dans le geste et dans l’acte d’installation et d’exposition de matières aussi sensibles que l’intériorité ou encore l’intimité ? De quelle manière ces installations mobilisent-elles le spectateur et spatialisent-elles l’écran plat du cinéma dans l’espace itinérant de la galerie ?

Enfin, une réflexion sur la définition contemporaine de l’esthétique et de ses enjeux théoriques – à travers l’étude de l’incorporation de la pensée et de l’engagement dans les formes – sera le fil conducteur de ce colloque. Plutôt qu’une discipline philosophique autonome, l’esthétique peut être envisagée, à travers l’œuvre d’Akerman, comme un acte d’engagement aussi bien du point de vue formel qu’éthique qui, transposé dans l’espace public, devient un acte politique : une « résistance de l’œuvre qui s’insurge contre l’autorité du discours, contre l’hégémonie discursive2 ».

Olga Kobryn et Macha Ovtchinnikova

Programme

Mercredi 26 janvier

ENSTA Paris, 828 boulevard des Maréchaux Palaiseau/ Amphithéâtre Duhamel le Monceau 

  • 17h30-19h30 : Bruce Jenkins, The School of the Art Institute of Chicago– (Un) Constrained Freedom/Subversive Cinema : A Personal History

Jeudi 27 janvier 

INHA, 2 rue Vivienne 75002 Paris/salle Vasari 

  • 8h45 : Accueil des participants
  • 9h : Discours d’ouverture par Emmanuel Siety, directeur de l’IRCAV, Université Sorbonne Nouvelle 

Intérieurs comme territoires Intimes

  • 9h15-9h45 : Olga Kobryn, Université Sorbonne Nouvelle/ENSTA Paris – Intime(s) radicalité(s) : films et installations de Chantal Akerman 
  • 9h45-10h15 : Sarah Leperchey, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne – Une cuisine, une chambre, des chambres, et d’autres lieux encore : une exposition à La Ferme du Buisson 
  • 10h15-10h45 : Eugénie Zvonkine, Université Paris 8– À l’Est, rien de Nouveau  10h45-11h :
  • Discussion animée par Macha Ovtchinnikova

11h-11h15 : Pause 

Espaces Intérieurs comme lieux d’habitat

  • 11h15-11h45 : Corinne Maury, Université de Toulouse – Jean Jaurès– Habiter la pièce domestique 
  • 11h45-12h15 : Evgenia Giannouri, Université Sorbonne Nouvelle– CLEAN. Le soin de l’espace, du geste ménager au geste cinématographique 
  • 12h15-12h30 : Discussion animée par Emmanuel Siety

12h30-14h : Déjeuner 

  • 14h00-14h30 : Christa Blümlinger, Université Paris 8– La cuisine comme lieu pour se dire 
  • 14h30-15h : Robert Bonamy, Université Grenoble Alpes – Des rideaux, par exemple. "La Captive" (2000) et "La Folie Almayer" (2012), en particulier
  • 15h-15h15 : Discussion animée par Eugénie Zvonkine 

15h15-15h45 : Pause

  • 15h45-16h15 : Ruby Rich, Université de Californie Santa Cruz – Chantal Akerman : The Origin of (her) World 
  • 16h15-17h00 : Discussion entre Ruby Rich, Bruce Jenkins et Antonio Somaini, Université Sorbonne Nouvelle 
  • 17h00-17h20 : Discussion 

Jeudi 27 janvier

Galerie Marian Goodman 79 rue du Temple 75003 

18h : Visite commentée de l’exposition Chantal Akerman. From the Other Side à la galerie Marian Goodman 

Vendredi 28 janvier

Musée national d’art moderne / Centre Pompidou / Cinéma 1 

  • 9h30-9h45 : Discours d’ouverture par Marcella Lista, conservatrice en cheffe, service nouveaux médias, Musée national d’art moderne/Centre Pompidou 
  • 9h45-10h45 : Conférence de Bruce Jenkins (School of the Art Institute of Chicago) – Images gravées/Espaces intimes 
  • 10h45-11h30 : Table ronde avec Bruce Jenkins, Carole Billy (directrice adjointe et responsable des expositions, galerie Marian Goodman) et Christa Blümlinger (Université Paris 8) 

11h30-12h30 : Déjeuner 

  • 12h30-13h15 : Présentation du film L’Homme à la valise (1983) de Chantal Akerman par Olga Kobryn (Université Sorbonne Nouvelle) avec l’introduction autour du projet de restauration par Anaïs Brives (attachée de collection), suivie d’un dialogue avec Lara Morciano, compositrice, chercheuse à l’IRCAM et Emma Dusong, artiste et chercheuse (Université de Picardie Jules Verne) 
  • 13h15-14h15 : Projection de L’Homme à la valise (1983) de Chantal Akerman 
  • 14h15-15h15 : Dialogue entre Claire Atherton (monteuse) et Corinne Maury (Université de Toulouse – Jean Jaurès) – On ne peut pas tout dire d’un monde 

Comment Chantal Akerman et Claire Atherton ont exploré ensemble une nouvelle forme de narration, par le montage dans l’espace 

Vendredi 28 janvier

Centre de l’Université de Chicago à Paris 6 rue Thomas Mann 75013 Paris 

16h15-16h30 : Pause-café 

Les formes filmiques d’intériorité : la durée, le gros plan, la « perception panoramique » de l’espace

  • 16h30-17h00 : Mathias Lavin, Université de Poitiers– Un temps à soi. Chantal Akerman en période de confinement et pour le monde d’après 
  • 17h00-17h30 : Matthieu Couteau, Université Sorbonne Nouvelle – Intérieurs sensibles et intériorité : la question du gros plan dans le cinéma et les installations de Chantal Akerman 
  • 17h30-18h00 : Raquel Schefer, CEC, Université de Lisbonne/IHC, Nouvelle Université de Lisbonne/ Université du Western Cape – Le déplacement des « images-archives » de la modernité et de la colonialité dans l’œuvre de Chantal Akerman : une conception politique du paysage 
  • 18h00-18h30 : Discussion animée par Olga Kobryn et Macha Ovtchinnikova

18h30 : Mot de fin du colloque 

Places

  • 828 boulevard des Maréchaux Palaiseau | 2 rue Vivienne | 79 rue du Temple | Place Georges-Pompidou| 6 rue Thomas Mann
    Paris, France (75002 | 75003 | 75004 | 75013)

Event attendance modalities

Full on-site event


Date(s)

  • Wednesday, January 26, 2022
  • Thursday, January 27, 2022
  • Friday, January 28, 2022

Keywords

  • Chantal Akerman, cinéma, esthétique

Contact(s)

  • Macha Ovtchinnikova
    courriel : macha [dot] ovtchinnikova [at] hotmail [dot] fr
  • Olga Kobryn
    courriel : olha [dot] kobryn [at] gmail [dot] com

Information source

  • Macha Ovtchinnikova
    courriel : macha [dot] ovtchinnikova [at] hotmail [dot] fr

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Intérieurs sensibles de Chantal Akerman : films et installations – passages esthétiques », Conference, symposium, Calenda, Published on Monday, January 24, 2022, https://doi.org/10.58079/1842

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