HomeRéemplois contemporains du cinéma amateur

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Published on Friday, March 04, 2022

Abstract

Les 20 et 21 octobre 2022, le laboratoire interdisciplinaire « Récits, cultures et sociétés » (LIRCES) organise à Nice un colloque consacré aux réemplois contemporains du cinéma amateur. Ces rencontres auront pour ambition d’interroger la multiplicité des intentionnalités qui s’entrecroisent, en fonction des contextes et des acteurs concernés, dans ce geste de réemploi (catégories de professionnels concernées, enjeux, typologies de produits finis, modes de valorisation…).

Announcement

Argumentaire

Quelques éléments contextuels : du cinéma “en amateur”

L’histoire du cinéma « amateur » – soit l’ensemble des images tournées sans être destinées, au moment de leur conception, à une diffusion dans les circuits professionnels de l’audiovisuel – a accompagné l’histoire « officielle » du cinéma, et cela dès la fin du XIXe siècle. Les grands industriels ont d’ailleurs largement soutenu ces pratiques, proposant sur le marché des appareils de prise de vue pensés à ces fins, du Pathé-Baby en 1923 jusqu’aux téléphones portables aujourd’hui. Les films qui résultent de cette histoire sont innombrables et, contrairement aux idées reçues, d’une grande diversité en termes de formats de production, mais aussi au regard des caractéristiques sociologiques de ces « amateurs en cinéma » (Vignaux & Turquety 2016). Bien sûr, les captations des moments forts de la vie familiale occupent une place de choix dans ces productions. Cependant, les cinéastes amateurs se sont aussi adonnés à la réalisation de films d’actualité, de documentaires, de fictions (ce que les Anglo-Saxons désignent en tant que Amateur films, pour les distinguer des Home Movies) en particulier dans les nombreux clubs de cinéma ou de vidéo amateurs qui ont accompagné, techniquement et socialement, l’histoire de la production amateure, et dans lesquels les considérations esthétiques et la production de jugements tendaient à travailler des espaces de « sociabilité esthétique » (Allard 1999).

Longtemps conservés dans l’espace domestique, ces films sont, depuis quelques décennies, recueillis par les centres d’archives. En France, ce sont essentiellement les archives cinématographiques régionales qui ont pris en charge ce travail de collecte, à partir du tournant des années 1990. Leur mission au regard des images animées amateures consiste tout à la fois à les collecter, les indexer, mais aussi à penser leur valorisation. C’est pourquoi la plupart d’entre elles ont créé, au cours des quinze dernières années, des plateformes plus ou moins éditorialisées permettant la mise à disposition de ce patrimoine filmé au grand public.

La soudaine accessibilité de ces images, en France comme dans de nombreux pays étrangers, a suscité de nombreux travaux scientifiques, le cinéma amateur étant envisagé dans son évolution historique (Aasman 2016, Czach 2018, Nicholson 2012, Salazkina & Fibla-Guttiérez 2020, Tepperman 2015, Zimmerman 1995), ou au contraire dans ses manifestations très contemporaines (Motrescu-Mayes & Nicholson 2019), mais aussi en tant que situation d’énonciation spécifique (Albera 2015, Odin 1999), que pratique sociale, ou que phénomène esthétique (Allard 1999, Craven 2012). Le film de famille a été tout particulièrement étudié (Avantaggiato 2010, Moran 2002, Odin 1995, Toussignant 2004, Ishizuka & Zimmermann 2008), même si de plus rares travaux s’attachent à la production fictionnelle amateure. D’autres publications encore, plus spécifiques, interrogent la portée de ces images en termes de représentations, au prisme des paysages et cultures régionaux (Ambert, Bonnardot & Cadé 2015, Génot 2003, Simoni 2019) ou d’une période historique (Bouyer & Dufresne 2003, Fibla-Gutierrez 2018, Guerin 2012, Guillamot 2020, Kattelle 2000, McNamara & Sheldon 2017, Porcile 1997).

Un projet de recherche sur le réemploi du film amateur

S’appuyant sur cet environnement scientifique, le LIRCES (Laboratoire Interdisciplinaires Récits, Cultures et Société) engage un projet de recherche consacré au réemploi contemporain de ces images amateures. En effet, nombreux sont les artistes (plasticiens, musiciens, cinéastes, vidéastes), les historiens, les archivistes, les éducateurs, etc., mais aussi des internautes et passionnés, en dehors de tout cadre professionnel, qui travaillent ces matériaux patrimoniaux pour créer de nouveaux contenus, sous la forme de films de montage (fictions, documentaires, films autobiographiques, ciné-contes, films expérimentaux, films d’artiste…), de clips vidéo, de performances musicales (ciné-concert, Vjing…) ou visuelles. La réappropriation de ces images souvent intimes répond à des finalités multiples, depuis l’expérimentation, l’exploration esthétique, le geste auto-ethnographique, jusqu’à la médiation pédagogique.

Donnant corps à l’affirmation de Dominique Païni (2013) selon laquelle « toute archive a besoin d’autre chose qu’elle-même pour être activée, féconde », les élaborations secondaires de films premiers amateurs participent de l’invention de formes, d’écritures, de rythmes, d’objets qui interrogent à la fois le matériau filmique et les modalités de sa médiation. Le réemploi des films d’archives n’est pas, en soi, un phénomène nouveau, et nombreux sont les travaux de recherche  qui se penchent sur les fruits de ces « recyclages » (cf. la « cartographie » produite par Brenez & Chodorov 2000), qu’ils prennent la forme de mash-up, de found footage, de remix, de collage, de supercut ou d’expérimentations visuelles – « entre remix et avant-garde » (Blümlinger 2013) – dans le champ de la théorie du cinéma et/ou des nouveaux médias, comme de l’histoire du cinéma et de l’art (Habib 2006).  La question du réemploi des archives de films amateurs est cependant l’objet d’une moindre considération dans les travaux existants (on relèvera toutefois les travaux suivants : Russell 1999 ; Thill 2009 ; Criqui, Suter & Dryansky 2011 ; Tenório Luna 2020), au profit de réflexions portant sur des gestes créatifs, qui questionnent l’industrialisation des formes et des contenus, dans la droite ligne du matérialisme historique, et qui puisent donc leur matière dans des formats commerciaux, et tout particulièrement dans le cinéma hollywoodien (Elsaesser 2016, Rees 2011…). Par ailleurs, l’explosion des expérimentations engendrées par la mise à disposition des archives de cinéma amateur sur Internet constitue un contexte particulièrement stimulant pour développer des investigations dans cette direction, dès lors qu’elles modifient le rapport entretenu avec l’image d’archive amateure, mais aussi sa fonction dans les logiques archivistiques, et de ce fait dans le patrimoine filmé collectif.

Réemplois contemporains du film amateur #1 : un premier colloque à Nice en octobre 2022

Le colloque, organisé à Nice (Espace Magnan) les 20 et 21 octobre 2022, a pour ambition d’interroger la multiplicité des intentionnalités qui s’entrecroisent, en fonction des contextes et des acteurs concernés, dans ce geste de réemploi : Quelles sont les catégories de professionnels qui s’adonnent, régulièrement ou ponctuellement, à ces pratiques ? Et quand ces œuvres de réemploi naissent d’une démarche non-professionnelle, quels sont les enjeux auxquels répondent ces propositions ? Quelles typologies de produits finis naissent de ces gestes et comment sont-ils valorisés ? Les réponses à ces questions viseront, sur la base d’études de cas ou d’analyses spécifiques, à fournir la matière à une première cartographie compréhensive de l’environnement et des finalités de ces créations ou exploitations secondaires de l'image amateure.

Le colloque accueillera aussi bien des universitaires et spécialistes de la question, que des professionnels, archivistes, ou artistes engagés dans des travaux de réemploi. Les communications dureront de 20 à 30 mn. Il est aussi possible de proposer des projections ou performances commentées, pour illustrer et présenter au grand public un éventail significatif de ces réappropriations contemporaines, dans une programmation en lien avec la thématique de ces deux journées de contributions et d’échanges scientifiques. Des événements seront par ailleurs organisés toute la semaine du 17 octobre dans des lieux partenaires à Nice pour faire découvrir au grand public la variété et la richesse des œuvres basées sur le réemploi du cinéma amateur.

Modalités de contribution

Les propositions prendront la forme d’une présentation d’une à deux pages, et de quelques lignes biobibliographiques. Elles sont attendues

avant le 1er avril 2022

à l’adresse suivante : reemploi.film.amateur@laposte.net

Comité scientifique

  • Jean-Paul Aubert (PR, Université Côte d’Azur)
  • Bruno Cailler (MCF, UCA, LIRCES)
  • Stefano Leoncini (MCF, UCA, LIRCES)
  • Valérie Vignaux (PR, Université de Caen)
  • André Habib (Professeur, Université de Montréal - Canada)
  • Efrén Cuevas (Professeur, Universitad di Navarra – Espagne)

Places

  • Espace Magnan - 31 rue Louis de Coppet
    Nice, France (06)

Event attendance modalities

Full on-site event


Date(s)

  • Friday, April 01, 2022

Keywords

  • cinéma, audiovisuel, amateur, réemploi, found footage

Contact(s)

  • Christel Taillibert
    courriel : christel [dot] taillibert [at] univ-cotedazur [dot] fr
  • Sophie Raimond
    courriel : sophie [dot] raimond [at] univ-cotedazur [dot] fr

Information source

  • Christel Taillibert
    courriel : christel [dot] taillibert [at] univ-cotedazur [dot] fr

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Réemplois contemporains du cinéma amateur », Call for papers, Calenda, Published on Friday, March 04, 2022, https://doi.org/10.58079/185r

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