HomeHarkis. Approches langagières d’une discrimination au long cours

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Published on Tuesday, February 01, 2022

Abstract

Ce colloque, qui se veut interdisciplinaire, propose d’examiner le rôle et la portée du matériau langagier sur les disqualifications sociales et les assignations minorisantes appliquées aux harkis, ces auxiliaires d’ascendance nord-africaine qui servirent aux côtés de l’armée française durant la guerre d’Algérie. Considérant les effets du langage sur l’organisation et la gestion des rapports de forces sociaux, il s’agira d’éclairer l’intrication entre les pratiques langagières et les mécanismes de subalternisation et d’exclusions auxquels ont été exposés les harkis ainsi que les moyens discursifs avec lesquels ces derniers et leurs descendants - ou tout autre énonciateur - ont biaisé ou déconstruit les logiques du silence et de l’invisibilisation qui ont pesé sur eux après le conflit.

Announcement

Argumentaire

Au soixantième anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie, dans un conflit longtemps resté sans son nom[1] mais cependant traversé d’abus de langage (Brun 2014), ce colloque propose d’explorer le rôle et la portée du matériau langagier sur les disqualifications sociales et les assignations minorisantes appliquées aux harkis, ces auxiliaires d’ascendance nord-africaine qui servirent aux côtés de l’armée française de 1954 à 1962. Considérant l’efficacité du langage dans l’organisation et la gestion des rapports de forces sociaux (Achard 1986, 1993, 1995 ; Bautier 1996 ; Leimdorfer 2011 ; Lahire 2015), la rencontre entend éclairer la façon dont les pratiques langagières (Boutet 2015, 2016) ont participé des mécanismes de subalternisation et d’exclusion auxquels ont été exposés les harkis et leur famille, constitués en groupe social en France à partir de 1962. Tenant compte de la possibilité d’une résistance et d’une puissance d’agir discursive (Butler 2004), il s’agira aussi de penser les moyens langagiers avec lesquels les anciens supplétifs et leurs proches - de même, bien sûr, que tout autre énonciateur ou instance discursive - ont biaisé ou contré, modifié ou déconstruit la stéréotypie, les logiques du silence et de l’invisibilisation sociale qui ont pesé sur eux après le conflit. Ces questions pourront être traitées à partir de corpus de tout type dès lors que les données ont eu des effets sociaux sur la minorisation du collectif ou, au contraire, son émancipation (témoignage, document d’archive, récit à valeur testimoniale, discours politique, texte juridique ou administratif, médiatique ou littéraire, filmographie…).

Approche langagière du groupe social harki

Malgré les formes de marginalisation qui ont pesé ou pèsent encore sur les harkis et leurs enfants, les pratiques langagières intervenues dans leur ségrégation ou leur précarisation ou, a contrario, qui ont servi la contestation des inégalités de traitement ou la visée de transformation des assignations identitaires subies, n’ont fait l’objet de presque aucune étude. Si, les concernant, l’anthropologie, l’histoire, la sociologie ou les approches cliniques du groupe ont su combiner la dimension verbale à leurs analyses (Fabbiano 2006 ; Moumen 2009, Muller & Tsamandou-Jacoberger 2005 ; Kydjian 2019 ; Bennabi Bensekhat & Guernous 2017), les enquêtes émanant du champ de la linguistique ne trouvent d’illustration que dans la thèse de Barontini (2013)[2]. Ce travail excepté, le groupe social harki reste un impensé scientifique chez les spécialistes du langage, point aveugle d’autant plus singulier que sa destinée agrège l’essentiel des concepts épistémologiques avec lesquels les mouvements migratoires (économiques ou politiques) et la thématique de l’intégration ont été approchés via le prisme linguistique ou langagier (Canut & Guellouz 2018). Idéologie, identité, représentations, stéréotypes, discrimination, disqualification ou ségrégation, transmissions, pratiques, contacts de langues ou reconfiguration des répertoires linguistiques (pour n’en citer que quelques-uns), trouvent en effet dans le parcours, la vie passée ou présente des ex-supplétifs et de leur famille une saillance particulière sans que les différents courants de la sociolinguistique (notamment critique ou politique), de la sociologie du langage, de l’analyse du discours ou de l’anthropologie linguistique ne l’aient jamais abordée.

Quoique visant à inscrire le collectif harki dans le domaine d’étude des sciences du langage, ce colloque est loin de s’adresser qu’aux seuls linguistes : il pourra intéresser tout chercheur qui envisage les questions de minorisation sociales à l’aune des dynamiques linguistiques et langagières qui les informent, qui souscrit à la dimension praxéologique des langues et des discours dans les processus de domination, les logiques de subalternisation et d’exclusion. En espérant une rencontre inter- et/ou pluridisciplinaire, sont attendues des analyses relatives à la façon dont les rapports de force et de pouvoir, les jeux de différenciation ou de stigmatisation impliquant les anciens auxiliaires et leurs proches se réalisent via le plan linguistique ou discursif ou, à l’inverse, sont ou ont été contestés sur ce même plan. De façon indicative, les propositions pourront développer ou combiner l’une ou plusieurs des thématiques suivantes d’après des matériaux issus des contextes français et/ou algérien.

Axe 1 - Discours et identité(s)

La construction de l’identité sociale (Tajfel & Turner 1979, 1986 ; Dubar 1996 ; Lipiansky 1998) se présente comme particulièrement originale pour les harkis. Pris entre la stigmatisation de la communauté algérienne et la discrimination de la société française, entre la mémoire vindicative de leur terre d’origine et l’ingratitude du pays d’accueil, et par ailleurs souvent victimes de racisme ordinaire, les anciens auxiliaires (et plus encore sans doute leurs enfants) tendent à occuper un entre-deux culturel et social, une position identitaire interstitielle. Eu égard l’importance de l’activité langagière dans la production des identités sociales revendiquées ou souhaitées, assignées ou imposées (Charaudeau 2009), les contributeurs peuvent porter attention aux discours engageant les hétéro- et auto-catégorisations par lesquelles les membres du collectif ont été ou se sont eux-mêmes identifiés. Tout autant « auctoriaux » que « routiniers » (Maingueneau 2007), ces discours pourront, sans exclusive, relever des anciens harkis ou de leurs descendants, des champs administratif, juridique ou politique, des domaines médiatique, littéraire ou de la filmographie dédiée au groupe.

Du côté des « discours institutionnels » (Longhi & Sarfati 2014), les lois, décrets ou discours ministériels ou présidentiels portant une reconnaissance symbolique ou une aide financière aux anciens membres des formations supplétives constituent des observables de premier ordre comme, par exemple dans la période proche, le rapport Ceaux-Chassard (2018) issu d’une commission initiée par François Hollande sur les dispositifs de réparation en faveur du groupe ou celui rendu par Benjamin Stora (2021) à Emmanuel Macron quant aux mémoires de la guerre d’Algérie ou, plus récemment encore, l’allocution présidentielle du 20 septembre 2021 actant la demande de pardon de la France aux harkis et le projet de loi associé. Quoique censés faire évoluer les représentations du collectif, il n’est pas sûr que ces discours et matériaux parviennent à déconstruire les stéréotypes relayés dans l’ordinaire des représentations sociales (Fabbiano 2021) non plus qu’à gommer ou remettre en cause le caractère potentiellement stigmatisant des dispositifs d’aide annoncés.

À partir de récits de vie, il pourra s’agir également de voir comment les anciens auxiliaires et leurs descendants ont développé une subjectivation leur permettant de se construire comme collectif dans un processus de différenciation (ou de rapprochement) relativement à d’autres groupes (pieds-noirs, appelés métropolitains, communauté algérienne…). Des études confrontant les discours des enfants de harkis à ceux de leurs petits-enfants (de plus en plus distincts quant à la sélection des attributs catégoriels leur permettant de s’identifier) seraient les bienvenues.

Autre piste de réflexion, la manière dont l’identité harkie se cimente autour de l’expérience de l’exil, de la ségrégation et de l’enfermement, devenus des stéréotypes auto-catégorisants dans les « cadres sociaux de la mémoire collective » (Halbwachs [1994]) du groupe. La confrontation du discours mémoriel des harkis, de leur femme et de leurs enfants à celui des fonctionnaires, élus ou dignitaires musulmans rapatriés pourrait faire l’objet d’analyses contrastives (cf. les ouvrages publiés par le Bachaga Boualam au lendemain de la guerre).

Axe 2 - Langues et discours épilinguistiques

S’agissant de donner toute valeur aux discours sur les pratiques langagières, différentes pistes peuvent être explorées concernant, par exemple, le rôle des langues dans les dynamiques de construction des identités. Que disent les ex-supplétifs, leur femme et leurs descendants de leur(s) langue(s) et de leur(s) relation(s) à celle(s)-ci ? Quelles représentations en construisent-ils ? Quelles sont et comment jugent-ils leurs compétences linguistiques en français, en arabe ou en berbère ? Ces langues sont-elles porteuses d’identité ? Et si oui, lesquelles ? Parler le français, a-t-il été vu par les anciens harkis et leur femme comme un moyen d’être (mieux) reconnus comme Français ? Parler arabe ou berbère est-ce une façon de faire lien avec l’immigration algérienne, de conserver ou (re)créer une attache avec l’Algérie ? Dans les espaces où la tutelle sociale sur le groupe a été particulièrement prégnante, les enfants de harkis se sont vus imposés un prénom français : comment les personnes concernées jugent-elles, ont-elles vécu ou vivent-elles cette francité prescrite ?

Des études portant sur le processus d’intégration linguistique seraient d’un grand intérêt, notamment en vue d’analyses comparatives avec la communauté algérienne de France. S’agissant de la transmission ou du maintien des langues d’origine (des politiques linguistiques intrafamiliales) le niveau de compétence en arabe ou en berbère conservé par les parents et transmis aux enfants pourrait être approché : existe-t-il une différence de compétence ou d’usage entre les enfants de harkis nés en Algérie et ceux nés en France ? La vie dans les camps ou les hameaux de forestage d’une partie du collectif a-t-elle prolongé la pratique des langues d’origine ? À l’inverse, a-t-elle retardé ou ralenti l’acquisition du français ? Les enfants nés en dehors de ces lieux de vie ségrégués possèdent-ils des pratiques ou des compétences linguistiques et langagières différentes de celles de leur fratrie qui y a grandi ? Le maintien ou la substitution linguistique opèrent-t-ils de la même façon chez les descendants des ex-supplétifs que chez ceux des migrants algériens ? Comment expliquer le très faible degré de compétence en français et le taux élevé d’analphabétisme encore observable chez les anciens auxiliaires et leur femme ? Ce fait a-t-il joué un rôle dans la (re)production de leur subalternisation sociale ? Peut-on poser un lien entre précarité sociale et langagière ?

Axe 3 - Nomination

« La maîtrise, on le sait, commen[çant] par le pouvoir de nommer, d'imposer et de légitimer les appellations » (Derrida 1996), les significations lexicales et les catégorisations induites par les procédures de « nomination » (Siblot 2001) offrent une entrée féconde pour saisir les rapports de pouvoir à la base des logiques de discrimination du groupe. Les analyses pourraient porter sur les nominations référant aux ex-supplétifs dans les discours anticolonialistes et tiers-mondistes, presqu’invariablement dépréciatives (« nervis du fait colonial », « traîtres à la nation algérienne », « combattants du mauvais choix », « collabos, « tortionnaires », « lumpenprolétariat »…) ou sur celles des structures ayant accueilli le collectif et qui ont été des moyens privilégiés pour catégoriser les espaces et lieux de vie du groupe.

Pourraient être aussi interrogés les enjeux d’euphémisation de la ségrégation afférents à l’évolution de ces nominations dans le discours juridique, administratif ou médiatique (« centre » ou « cité » se substituant à « camps » par exemple). Autres observables, les nominations employées par les autorités administratives et militaires françaises pour désigner le collectif : « rapatriés d'origine maghrébine », « musulmans rapatriés », « musulmans réfugiés », « réfugiés musulmans », « réfugiés harkis », « musulmans harkis », « musulmans algériens harkis », « Français musulmans d’Algérie », « musulmans français », « Français musulmans », « Français musulmans de souche nord-africaine », « Français de Souche Islamique Rapatriés d’Afrique du Nord », « Français Rapatriés de confession Islamique », « Français musulmans rapatriés », « Rapatriés d’Origine Nord-Africaine », et enfin, « harkis ». À lui seul ce paradigme ouvre une large série de questions : dans quelle mesure cette instabilité nominative manifeste-t-elle les hésitations du pouvoir français à fixer le statut juridique, administratif ou migratoire du collectif ? En quoi ces nominations prolongent-elles des catégorisations différentielles entre populations déjà opérantes dans l’Algérie coloniale ? Induisent-elles une ethnicisation, une essentialisation ou une différenciation des anciens auxiliaires au regard des autres populations rapatriées ? Quels sont les critères de ces catégorisations (ethniques, géographiques, culturels, cultuels, autres) et comment, éventuellement, se combinent-ils ? Ces glissements terminologiques rendent-ils compte d’une évolution du statut ou de la condition administrative du groupe ? Qu’exprime le recours à la siglaison devenu prégnante au fil du temps dans les textes officiels (« FSNA », « FMR », « FCI », « FRCI », « FSIRAN », « RONA »…) ? La réduction formelle et l’économie linguistique portées par les acronymes disent-elles quelque chose du processus d’invisibilisation ou de différenciation sociale du collectif ?

On pourra aussi se pencher sur les raisons et les enjeux sous-jacents au fait que l’administration française s’est longtemps refusée à désigner le collectif par la nomination « harki », la seule pourtant que se donnent les anciens supplétifs et leurs enfants : façon de conserver une forme de pouvoir sur le groupe en gardant la main sur la nomination et les catégorisations associées ? Volonté de ne pas employer un terme aux effets de sens stigmatisant ?

Axe 4 - « Harki », un traitre mot

Les processus d’altérisation et de stigmatisation peuvent être approchés via l’étude sémantique et référentielle, lexicale et pragmatique du terme « harki », les contextes ou terrains d’enquête pouvant indifféremment relever de la France ou de l’Algérie. Pour cette dernière, il serait intéressant de considérer la façon dont le mot « harki », devenu figure éponyme de « traître » ou d’« ennemi de la nation » lors de la guerre de libération nationale, a continué de désigner l’adversaire ou l’ennemi durant la situation de guerre civile algérienne des années 1990, tant du côté du pouvoir politique et militaire que des islamistes.

Autre point de réflexion, la façon dont cette « association référentielle durable » (Kleiber 2001) opère dans le discours institutionnel algérien ou celui des Algériens de France ou d’Algérie et ce qu’implique en termes d’auto-qualification et de positionnement identitaire cette forme de stigmatisation. Il s’agira de se demander, par exemple, si en maintenant la charge infâmante du terme « harki », et donc en rejetant dans une forme d’opprobre l’individu auquel il s’applique, les locuteurs n’opèrent pas une réassurance symbolique leur permettant d’instituer ou de maintenir des rapports de domination vis-à-vis de la personne ainsi désignée (« traitre » vs « héros », « algérianité corrompue vs algérianité vertueuse » par exemple) ?

L’accent pourra être mis sur la parole politique, fréquent relais d’acceptions disqualifiantes du terme et où la rémanence de la stigmatisation est forte. Hors la visite en France en 2000 d’Abdelaziz Bouteflika au cours de laquelle ce dernier qualifia les harkis de « collabos », de Raymond Barre à Nicolas Sarkozy en passant par Renaud Donnedieu de Vabres, Dominique Bussereau, Pierre Lellouche, Jean-Pierre Raffarin ou, récemment encore, Richard Ferrand, nombreux sont les hommes politiques français à avoir employé la nomination « harki » comme synonyme de « traitre » au gré de revers électoraux ou de mésalliances de partis. La valeur argumentative et classifiante de ces emplois, leur part d’interdiscursivité ou de dialogisme, dès lors qu’ils convoquent une connotation de "trahison" à la fois sédimentée dans le champ discursif algérien et décolonial français, ainsi que les réactions des associations harkies à ces usages sont de bons observables pour appréhender les ressorts d’une « mémoire discursive » (Courtine 1981 ; Moirand 2007) qui réinscrit régulièrement dans l’espace socio-politique la charge négative du désignant.

Autres observables, les discours du quotidien produits par des locuteurs ordinaires ou parfois plus connus (Gisèle Halimi, le dessinateur Siné ou le groupe de rap français PNL, par exemple) où cette valeur de "déloyauté" est souvent réactualisée, sans oublier le champ discursif des intellectuels engagés contre la guerre d’Algérie où si, dans la mise en récit et la figuration des troupes supplétives, « harki » a actualisé cette charge référentielle dépréciative et adversative, le terme a souvent été employé dans une acception déplorative.

À la suite des travaux sur l’insulte (Fracchiolla & Rosier 2019 ; Lagorgette 2016), on pourra considérer les discours outranciers visant le collectif ou y faisant référence comme tel afin d’en saisir la portée pragmatique ou socio-politique. L’apostrophe de Georges Frêche, maire de Montpellier et président de région, lançant « Vous êtes des sous-hommes ! » à une délégation de harkis en 2006 est significative de la violence discursive souvent publiquement rejouée à l’encontre du collectif. Les analyses pourraient s’appuyer sur les forums de discussion, les messageries, blogs ou réseaux sociaux qui fournissent de nombreux « discours de haine » (Monnier, Seoane, Hubé & Leroux 2021), de qualifications et de nominations blessantes ou outrageuses, ou touchant à la dignité du groupe et dont il s’agirait, par exemple, de détailler les procédés argumentatifs, d’essentialisation et/ou de catégorisation engendrant la discrimination.

Axe 5 - Resignification et retournement du stigmate

En dépit de programmes de sens péjoratifs et ostracisants, « harki » est la seule nomination avec laquelle les ex-auxiliaires, et souvent leurs enfants, s’auto-désignent. Si cet emploi générique fait des anciens supplétifs et de leurs descendants les seuls protagonistes du conflit à avoir pour signifiant identitaire collectif un désignant issu des catégories administratives de l’armée, il témoigne aussi d’un usage politique et performatif du terme au sens où, dépassant sa valeur dépréciative, il devient un moyen d’investir une identité de groupe assumée hors les assignations exogènes négatives.

À la frontière des notions de « retournement du stigmate » de Goffman (1975) et de « resignification » de Butler, et retravaillées par Paveau (2017), la puissance d’agir discursive de cette auto-dénomination pourrait être examinée dans des contextes et des terrains divers : à travers l’évolution des « noms propres collectifs » (Lecolle 2019) des associations harkies qui, en recourant à la nomination « harki » à partir de la décennie 1990, l’ont promu au rang de marqueur identitaire, dans les discours de revendication des enfants de la deuxième génération à l’origine de ces associations et dont les sites web offrent une large trame de données, dans les ouvrages à valeur testimoniale, historique ou littéraire produits par cette génération où le terme a gagné l’acception de « victime » voire de « héros » familial suivant un retournement positif de la figure paternelle. Loin de se limiter à une simple resémantisation ou renversement axiologique du terme « harki », ces textes ressortissent d’une quête performativement qualifiée d’« harkéologique » par l’écrivaine Dalila Kerchouche, quête visant la réappropriation à des fins de réparation et d’empowerment non pas simplement d’une nomination offensante sinon, plus largement, d’une histoire devenue blessante à force de silence paternel et de psittacisme doxique, véritable projet de transformation des représentations sociales et des stéréotypes associés au groupe.

En contrepoint des productions discursives du collectif, les textes administratifs et législatifs portant sur les mesures d’aide ou de compensation accordées par l’État aux anciens supplétifs sont, là encore, de bons observables. L’analyse de la nomination « harki » en rapport avec ses potentialités prédicatives ou évaluatives pourrait éclairer la façon dont le discours institutionnel ou politique rejoint des effets de sens construits par retournement du stigmate ou resignification ou, à l’inverse, prolonge des catégorisations ou des représentations misérabilistes ou déploratives, reproduit (ou pas) la construction sociale d’un collectif et/ou d’une catégorie d’individus souvent perçus comme de permanents assistés.

Modalités de soumission

Les propositions de communication doivent être envoyées à l’une des deux adresses suivantes : jeanmichelgea@gmail.com ou gea_j@univ-corse.fr

Chaque proposition (sous format Word) comportera :

  • le nom et le prénom, l’institution de rattachement, l’adresse courriel et le numéro de téléphone de l’auteur,
  • le titre de la communication,
  • un résumé compris entre 300 et 500 mots
  • 5 mots-clés,
  • une courte bibliographie relative à la communication

Les propositions seront traitées par les membres du comité scientifique suivant les modalités habituelles d’évaluation.

Calendrier prévisionnel

  • 1er septembre 2022 - date limite d’inscription au colloque
  • 12, 13, 14 octobre 2022 - tenue du colloque
  • 2023 - publication des actes (après évaluation des travaux par le comité scientifique)

Chères et chers collègues,

Nous vous informons que le délai pour la soumission des communications dans le cadre du colloque Harkis. Approches langagières d’une discrimination au long cours est prolongé

jusqu’au 15 août.

La réponse du comité scientifique sera communiquée le 22 août au plus tard.

Au plaisir de prendre connaissance prochainement de vos propositions et de peut-être vous retrouver cet automne à Corte.

Comité scientifique

(liste non encore arrêtée)

  • Barontini Alexandrine (INALCO-LaCNAD, Paris)
  • Bianchi Nicolas (CIELAM, Aix-Marseille Université)
  • Biichlé Luc (LIDILEM, Université d'Avignon)
  • Branca-Rosoff Sonia (SYLED, Université Paris 3, Sorbonne Nouvelle)
  • Fabbiano Giulia (CADIS, EHESS, Paris)
  • Falaize Benoit (Centre d’histoire de Sciences Po, Paris)
  • Géa Jean-Michel (LISA, Université de Corse)
  • Jordi Jean-Jacques (historien, docteur en histoire, expert auprès de l’ONACVG, spécialiste des migrations en Méditerranée occidentale)
  • Kydjian Maïlys (PASSIM Gard, enseignante Université de Limoges)
  • Moumen Abderahmen (TELEMME, Aix-Marseille Université)
  • Rey Didier (LISA, Université de Corse)
  • Shepard Todd (Johns Hopkins University, Baltimore, USA)
  • Van den Avenne Cécile, (IMAF, EHESS, Marseille)

Comité d’organisation

(liste non encore arrêtée)

  • Bourgeois Benjamin (Université de Corse)
  • Corti Marianna (Université de Corse)
  • Dalbera Joseph (LISA, Université de Corse)
  • Fonvielle Stéphanie (centre Norbert Elias, Aix-Marseille Université)
  • Kevers Laurent (LISA, Université de Corse)
  • Medori Stella (LISA, Université de Corse)
  • Milazzo Josepha (LISA, Université de Corse)
  • Steuckardt Agnès (Praxiling, Université Paul Valéry, Montpellier 3)

Remarques

Le site web du colloque Harkis. Approches langagières d'une discrimination au long cours est disponible à l'adresse suivante :  https://bourgben.wixsite.com/colloqueharkiscorte

URLS DE RÉFÉRENCE. Évolutif, il comportera à terme les informations pratiques, le programme définitif, les mises à jour concernant les comités scientifique et d’organisation, les partenaires de la rencontre ainsi que les thèmes des différentes tables-rondes et expositions prévues durant le colloque. Ci-dessous, la rubrique 

FICHIERS ATTACHÉS renvoie à un argumentaire développé qui contient un aperçu socio-historique du groupe harki (de même qu’une bibliographie augmentée).

Références citées

Achard P. (1986), « Analyse de discours et sociologie du langage ». Langage et Société 37, p. 5-60.

-      (1993), La sociologie du langage, Paris, PUF, Que Sais-Je.

-      (1995), « Formation discursive, dialogisme et sociologie ». Langages 117, p. 82-95.

Barontini A. (2013), Locuteurs de l’arabe maghrébin - langue de France : une analyse sociolinguistique des représentations, des pratiques langagières et du processus de transmission, thèse de doctorat, Paris, INALCO.

Bautier É. (1996), Pratiques langagières, pratiques sociales, Paris, L’Harmattan.

Boutet J. (2015), « Le langage et les langues en sciences sociales : une question toujours vive », dans Canut C. & Von Münchow P. (éds), Le langage en sciences humaines et sociales Paris, Lambert-Lucas.

-      (2016), Le pouvoir des mots, Paris, La Dispute.

Brun C. (2014), Guerre d’Algérie. Les mots pour la dire, Paris, CNRS Éditions.

Butler J. (2004), Le Pouvoir des Mots, Politique du performatif, Paris, Éditions Amsterdam.

Canut C. (2016), « Migrants et réfugiés : quand dire, c’est faire la politique migratoire », https://vacarme.org/article2901.html#nh2

-      (2021), « Agencements et indexicalités : signifier la subjectivation politique », Langage et société 172, p. 95-123.

Canut C. & Guellouz M. (2018), "Pratiques langagières, expériences migratoires", Langage et Société 165, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme.

Ceaux D. & Chassard S. (dirs) (2018), Aux harkis, la patrie reconnaissante, Ministère des armées, https://www.vie-publique.fr/rapport/37539-aux-harkis-la-patrie-reconnaissante

Derrida J. (1996), Le monolinguisme de l’autre, Paris, Galilée.

Dubar C. (1996), La socialisation. Construction des identités sociales et professionnelles, Paris, Armand Colin.

Fabbiano G. (2006), Des générations postalgériennes. Discours, pratiques, recompositions identitaires, Thèse de doctorat, Paris/Sienne, EHESS.

-    (2021), tribune, Le Monde 30 septembre 2021 https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/09/30/avec-le-pardon-d-emmanuel-macron-les-harkis-sont-convoques-une-fois-de-plus-en-figurants-censes-cautionner-l-histoire-qui-leur-est-imposee_6096527_3232.html

Fracchiolla B. & Rosier L. (2019), Insulte. Publictionnaire, Dictionnaire encyclopédique et critique des publics, http://publictionnaire.humanum.fr/notice/insulte/

Goffman E. (1975), Stigmate. Les usages sociaux des handicaps, Paris, Éditions de Minuit.

Halbwachs M. (1925 [1994]), Les cadres sociaux de la mémoire, Paris, Albin Michel.

Kleiber G. (2001), « Remarques sur la dénomination », Cahiers de praxématique 36, p. 21-41, Montpellier, PULM.

Kydjian M. (2019), « Catégories historiques ou actuelles ? Le renouveau des termes algérien, harki et pied-noir », Mots. Les langages du politiques 121, p. 71-87.

Lagorgette D. (éd.) (2016), Les insultes : bilan et perspectives, théorie et actions, collection « langages » n°17, Éditions de l’UdS, http://www.llseti.univ-smb.fr/web/llseti/589-les-insultes-bilan-et-perspectives-theorie-et-actions.php

Lahire B. (2015), « De la nécessité de ne pas dissocier le langagier et le social » dans Canut C. & Von Münchow P. (éds), Le langage en sciences humaines et sociales, p. 21-36, Limoges, Lambert-Lucas.

Lecolle M. (2019), Les noms collectifs humains en français : enjeux sémantiques, lexicaux et discursifs, Limoges, Lambert-Lucas.

Leimdorfer F. (2011), Les sociologues et le langage, Paris, Éditions de la maison des sciences de l’homme. 

Lipiansky E.-M. (1998), Comment se forme l’identité des groupes ? J.-C. Ruano- Borbalan (éds) L’identité : L’individu, le groupe, la société, p.143-150, Auxerre / Paris, Sciences humaines et PUF.

Longhi J. & Sarfati G.-E. (éds) (2014), Les discours institutionnels en confrontation. Contribution à l’analyse des discours institutionnels et politiques, Paris, L’Harmattan.

Maingueneau D. (2007), « Genres de discours et modes de généricité », Le français d’aujourd’hui 159, p. 29-35.

Monnier A., Seoane A., Hubé N. & Leroux P. (2021), "Discours de haine dans les discours sociaux numériques", Mots. Les langages du politique 125.

Moirand S. (2007), Les discours de la presse quotidienne (Observer, analyser, comprendre), Paris, PUF.

Moumen A. (2009), « Les harkis : un imbroglio sémantique », Fragments sur les temps présents, https://tempspresents.com/2009/03/02/les-harkis-un-imbroglio-semantique/

Muller L. & Tsamandou-Jacoberger I. (2005), « Regards croisés sur des récits de vie de harkis vivant en Alsace », Cahiers de sociolinguistique 10, p. 233-248.

Paveau M.-A. (2017), « Féminismes 2.0. Usages technodiscursifs de la génération connectée », Argumentation et Analyse du Discours 18, https://journals.openedition.org/aad/2345

Siblot P. (2001), « De la dénomination à la nomination. Les dynamiques de la signifiance nominale et le propre du nom », Cahiers de praxématique 36, p.189‑214.

Notes

[1] Ce n’est qu’avec la loi n° 99-882 d’initiative parlementaire d’octobre 1999 que l’expression « guerre d’Algérie » se substitue à celle d’« opérations effectuées en Afrique du Nord ».

[2] Qui ne porte pas juste cependant sur la population harkie, l’étude vise en effet l’ensemble des populations originaires du Maghreb présentes en France.

Places

  • Université de Corse, campus Mariani, 22 Avenue Jean Nicoli
    Corte, France (20250)

Event attendance modalities

Full on-site event


Date(s)

  • Monday, August 15, 2022

Keywords

  • harki, discrimination, pratique langagière, représentation

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« Harkis. Approches langagières d’une discrimination au long cours », Call for papers, Calenda, Published on Tuesday, February 01, 2022, https://doi.org/10.58079/1860

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