HomeColère(s), rage, « rabbia », « raiva », « anger ». Mots, textes, réflexions, images

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Published on Monday, February 14, 2022

Abstract

Au cours de ces dernières vingt années, de nombreuses manifestations dans le monde ont fait émerger des expressions de révolte et de colère, de protestation contre toute forme d’injustice. La colère est devenue le signe et l’affect majeur de ce besoin d’afficher et d’affirmer publiquement, l’indignation et la révolte au-delà de la plainte et de la souffrance individuelles. Que signifie « vivre » la rage/colère aujourd’hui ? Quels sont les origines, modes d’expression, temporalités de la colère ? Qu’en est-il de la rage/colère des femmes, une souffrance qui se transforme en rage explosive ? De quelle façon cet affect concerne l’intime, l’intérieur et/l’extériorité ? Qui sont les sujets de la colère du point de vue du genre, de l’âge, de la situation historique, de l’appartenance sociale, du contexte socio-politique (sujets subalternes, minoritaires, marginalisés, racialisés) ? Pourrait-on parler d’une anthropologie de la rage ? De quelle façon la colère est une figure de l’agency, de la capacité d’agir, de la possibilité de changement ? Quelles écritures, images, gestes pour dire/réparer les colères ?

Announcement

Argumentaire

Au cours de ces dernières vingt années, de nombreuses manifestations dans le monde ont fait émerger des expressions de révolte et de colère, de protestation contre toute forme d’injustice, contre des pouvoirs répressifs, contre des modes de vie insoutenables et des actes de violence abominables. La colère est devenue le signe et l’affect majeur de ce besoin d’afficher et d’affirmer publiquement, l’indignation et la révolte au-delà de la plainte et de la souffrance individuelles. Les médias ont rendu compte régulièrement de ces événements et par là ont alimenté le vocabulaire et le lexique de la rage et de la colère : il est temps de se tourner vers la littérature et les arts pour s’interroger sur les formes et figures linguistiques, littéraires, artistiques, des actes de colère. Commet les cris, la véhémence de la voix se transforme en langue poétique, en discours, adoptant une forme d’adresse qui communique l’état d’agitation, en appelle à une réponse urgente mais également à déployer les ressources de la pensée conjuguée à d’autres émotions partagées ?

L’emportement, le débordement, des paroles, des corps, surtout celles et ceux des femmes ont été souvent stigmatisés en tant que signes inquiétants d’une pathologie psychiatrique – folie, maladie mentale, excès libidinal – et vite reconduites dans les bornes disciplinaires de la maîtrise de soi, du silence. Or, cette économie sexuée des affects a été bouleversée par les mouvements des femmes, par les critiques des systèmes capitalistes et patriarcaux ; par les mouvements sociaux qui ont surgi et sont en train de se propager pour dénoncer les désastres planétaires.

Entre le cri et le mot, à l’extrême limite du souffle, la colère trouble la parole discursive, explicative, rationnelle autrement dit la faculté d’élocution réglée par l’ordre du discours. L’apostrophe, l’interpellation, l’exclamation, l’invocation sont les signes d’une montée de la parole suffoquée propulsée par un besoin incompressible. Cet excès, mélange et bousculade de mots et de cris, libère la voix et les corps, jusqu’à laisser passer le poème, la chanson, l’écriture, dans une adresse ouverte à autrui.

Comme nous dit Audre Lorde dans son poème « A Poem for Women in Rage » (Chosen Poems : Old and New, New York, Norton, 1982) et dans la fameuse conférence pour la National Women’s Studies Association à Storrs (Connecticut) en 1981, The Uses of Anger : Women Responding to Racism, « La réponse des femmes au racisme signifie qu’elles répondent à la colère ; colère de l’exclusion, des privilèges immuables, des préjugés raciaux, du silence, des mauvais traitements, des stéréotypes, des réactions défensives, des injures, de la trahison, et de la récupération ». Au-delà de l’expression immédiate, la colère et la révolte peuvent et doivent se transformer en force de changement, capable de renverser des rapports de pouvoir :

« Chaque femme possède un arsenal de rage bien fourni, potentiellement utile contre les oppressions, personnelles et institutionnelles qui ont donné naissance à la rage. Si celle-ci est calibrée avec précision, elle peut devenir une puissante source d’énergie au service du progrès et du changement. Et quand je parle de changement, je ne parle pas d’un simple changement de position ou d’une baisse temporaire de la tension, ni même de la capacité de sourire ou de se sentir bien. Je parle d’un changement fondamental et radical des croyances qui sous-tendent nos vies ».

Certains textes littéraires d’écrivaines du XXe siècle (Sylvia Plath, Anne Sexton, Carla Lonzi, Alejandra Pizarnik, Hélène Cixous, Nancy Huston, entre autres) sont, en effet, les lieux où la voix de la colère se dévoile en toute sa véhémence et, par ce dévoilement, contribue à la création du texte poétique. Les femmes écrivent car elles sont en colère, elles écrivent leur colère. Cette colère est, au premier abord, adressée à une figure proche, masculine ou féminine, paternelle ou maternelle, comme en témoignent, par exemple, les journaux intimes de Sylvia Plath (1982). Ensuite, quand l’expression de la colère se change en acte poétique, surgit une poésie qui est à la fois cri de rage, de douleur, de survie, et progressivement lamentation ou chant. Comme l’écrit Adrienne Rich en 1972 (dans son article « When We Dead Awaken : Writing as Re-vision »), la poésie peut devenir un moyen de réveil des consciences, qui permet de dépasser la négativité, de traverser la colère pour exister.

Ce sera l’un des traits originaux de la poésie écrite par les femmes aux États-Unis mais aussi ailleurs, que de donner une voix à un sentiment, une émotion telle que la colère, qui semblait jusqu’alors réservée à la poésie engagée ou aux chansons révolutionnaires ; c’est-à-dire à des genres considérés comme mineurs et marginaux dans l’histoire de la poésie. La colère donnera à la poésie des femmes la dimension de la contestation et de l’engagement, bien qu’avec des nuances importantes et des différences qu’il s’agirait de prendre en compte.

Précisément, la colère n’est-elle pas le propre de l’opprimé, l’opprimé qui, accédant à la conscience de son oppression, se révolte ? Ayant été opprimées dans la société patriarcale, massivement par des hommes qui ne l’étaient pas moins, mais autrement, les femmes en mouvement peuvent-elles faire l’économie de la colère et de la révolte ? La colère à l’encontre de l’homme, devenu « l’autre » de la subjectivité féminine, symbole d’une culture dont les valeurs oppressives (compétition, autorité arbitraire, hiérarchie, culture de la guerre, domination des femmes, de la nature, des animaux, des peuples autochtones…) sont remises en question.

Axes thématiques

À travers les articles et textes réunis en plusieurs langues (français, italien, anglais, espagnol) nous souhaitons pouvoir répondre à un certain nombre de questions :

  • Que signifie « vivre » la rage/colère aujourd’hui ?
  • Quels sont les origines, modes d’expression, temporalités de la colère ?
  • Qu’en est-il de la rage/colère des femmes, une souffrance qui se transforme en rage explosive ?
  • De quelle façon cet affect concerne l’intime, l’intérieur et/l’extériorité ?
  • Qui sont les sujets de la colère du point de vue du genre, de l’âge, de la situation historique, de l’appartenance sociale, du contexte socio-politique ? (sujets subalternes, minoritaires, marginalisés, racialisés).
  • Pourrait-on parler d’une anthropologie de la rage ?
  • De quelle façon la colère est une figure de l’agency, de la capacité d’agir, de la possibilité de changement ?
  • Quelles écritures, images, gestes pour dire/réparer les colères ?

Modalités de soumission

Un résumé de l’article proposé en français et en anglais (entre 50 et 100 mots) devra être envoyé avant la date limite du 17 mars 2022 à : revueLISE21@gmail.com

La date limite pour la soumission des articles définitifs qui auront été retenus par le comité scientifique et le comité de rédaction 17 mai 2022 (entre 20 000 et 30 000 caractères espaces inclus).

Publication : octobre 2022.

Comité de rédaction

  • Nadia Setti (Professeure en études de genre et littérature comparée et co-responsable du département études de genre, UFR textes & sociétés, UMR 8238 LEGS Laboratoire en études de genre et sexualité, Université Paris 8, Società Italiana delle Letterate, Association Gradiva)
  • Francesca Maffioli (Docteure en littérature italienne et en études de genre, qualifiée aux fonctions de MCF en langues et littératures romanes, UMR 8238 LEGS Laboratoire en études de genre et sexualité, Université Paris 8, Società Italiana delle Letterate, Association Gradiva).
  • Anne-Lise Bouyer, web master
  • Rachel Muzio, web master

Comité scientifique

  • Marielle Anselmo, (professeure INALCO, poète, association Gradiva)
  • Natacha D’orlando (doctorante LEGS, littérature caribéenne, études de genre)
  • Arnaud Duprat De Montero, (maître de conférences, HDR, littérature et cinéma, Université de Rennes 2, association Gradiva)
  • Claire Finch (doctorante littérature comparée, études de genre, LEGS)
  • Patricia Godi (Maîtresse de conférences-HDR, littérature anglo-américaine Clermont Auvergne)
  • Nadia Mekouar Herzberg (prof. Littératures hispaniques, université de Pau)
  • Gabriella Musetti, (poète, écrivaine, organisatrice des Residenze estive di poesia e letteratura a Duino, Società Italiana delle Letterate Trieste, Italie)
  • João Camillo Penna, (professeur de littérature et philosophie contemporaine, poète, Université de Rio de Janeiro Brésil)
  • Fatima Rodriguez, (professeure d’espagnol, Université de Bretagne occidentale, poète, écrivaine).
  • Laurine Rousselet (poète et prosatrice d’expression française, Association Gradiva)

Date(s)

  • Thursday, March 17, 2022

Keywords

  • revue, numérique, littérature, poésie, genre, affect, monde contemporain, colère, protestation

Contact(s)

  • Nadia Setti
    courriel : nadia [dot] setti [at] univ-paris8 [dot] fr
  • Francesca Maffioli
    courriel : revueLISE21 [at] gmail [dot] com

Information source

  • Nadia Setti
    courriel : nadia [dot] setti [at] univ-paris8 [dot] fr

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Colère(s), rage, « rabbia », « raiva », « anger ». Mots, textes, réflexions, images », Call for papers, Calenda, Published on Monday, February 14, 2022, https://doi.org/10.58079/187w

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