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Frontières et environnement : temps, espaces, méthodes

Borders, Limits and Environment: Times, Spaces, Methods

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Veröffentlicht am Donnerstag, 10. Februar 2022

Zusammenfassung

Le colloque « Frontières et environnement : temps, espaces, méthodes » entend poursuivre et renforcer le dialogue entre les disciplines des sciences humaines et sociales sur les questions environnementales, en mettant au cœur des discussions la notion de frontière, comme objet historique et géographique, ou pour questionner les limites disciplinaires, institutionnelles, méthodologiques ou didactiques. Ce colloque vise à interroger et (r)établir les liens entre l’histoire environnementale d’une part, la géographie et la géohistoire de l’environnement d’autre part, et plus généralement à réfléchir, toutes disciplines confondues, sur les interactions entre l’environnement, le temps et l’espace.

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Argumentaire

Une dichotomie temps/espace ?

Étroitement mariées dans l’enseignement primaire et secondaire français, l’histoire et la géographie s’éloignent drastiquement à l’université. Ailleurs, cette union initiale n’existe même pas toujours et dans le milieu académique, en dépit de liens et de passerelles, les deux disciplines tendent plutôt à s’ignorer ou en tout cas, à marquer leurs différences, des formations initiales aux méthodes, aux formes et aux sujets des publications. Il est vrai que l’approche des uns et des autres semble différer : l’espace aux géographes et autres sciences du contemporain, le temps aux historiens et aux archéologues.

La césure entre temporalités et spatialités, l’opposition de l’analyse du passé et du présent restent très artificielles et la frontière disciplinaire ne parvient pas pour autant à masquer les points communs et les convergences entre les deux approches, qui se rejoignent voire se recoupent dès lors que l’histoire revêt une dimension spatiale ou que les géographes intègrent une approche diachronique à leur étude. Sous des vocables différents et des rattachements affichés à l’une ou l’autre discipline, on trouve ainsi des terrains, des méthodes et surtout des résultats communs, parfois même des collaborations.

Nombre de ces convergences impliquent de près ou de loin la question environnementale. Deux colloques organisés à Mulhouse en 2013 sur les cours d’eau et en 2019 sur les frontières ont montré la pertinence d’une approche croisée, interdisciplinaire de ces deux objets et ont attesté de la possibilité d’un dialogue entre historiens et géographes sur des thématiques partagées, dès lors que leur analyse et leur compréhension nécessitent de mobiliser de manière dialectique les dimensions spatiales autant que temporelles.

Approche environnementale : convergences disciplinaires

Les géographes et le temps

En 2016, un colloque à Toulouse avait considéré l’étude à la fois diachronique et spatiale des questions environnementales à travers le concept de géohistoire. Si ce colloque avait été un véritable succès en termes de participation, les historiens n’y avait été que peu représentés, montrant que la géohistoire restait, pour l’instant, un concept de géographes, bénéficiant d’un engouement certain depuis une dizaine d’années, notamment en ce qui concerne l’études des relations homme – milieu. En effet, pour répondre aux besoins opérationnels en termes d’aménagement, de gestion des risques, etc., la géohistoire de l’environnement s’intéresse ainsi à la dynamique des interactions homme-milieu dans le temps et dans l’espace, à la trajectoire des territoires, aux temporalités en matière d’environnement, aux stratégies et politiques de gestion, etc. Un foisonnement remarquable mais qui se caractérise aussi par des concepts et des méthodes encore mal stabilisés. Conjuguée à une réflexion interne à la géographie notamment proposée par l’UGI à travers la thématique « Le temps des géographes » de son prochain congrès, la géohistoire aurait donc tout à gagner à engager des discussions épistémologiques avec des disciplines voisines telles que l’histoire environnementale et l’écologie historique, pour mieux répondre aux enjeux actuels.

Histoire, environnement et espace

Car, côté historien, l’approche environnementale existe également : le dynamisme de l’histoire environnementale, pensée dans sa définition la plus large comme l’étude des relations entre les humains et leur environnement physique, en témoigne. L’approche a émergé en tant que discipline identifiée aux Etats-Unis dans les années 1970 avant de se diffuser dans le monde, s’appuyant sur d’autres traditions historiographiques selon les pays : l’histoire rurale, l’histoire économique et sociale, l’écologie politique, la géographie historique... Historiens et historiennes de l’environnement s’intéressent tant aux environnements physiques du passé qu’aux pratiques et aux représentations qu’ils ont pu générer.

C’est évidemment la dimension temporelle qui est au cœur de l’approche d’histoire environnementale, mais la dimension spatiale ne peut être ignorée, que ce soit à travers les processus de territorialisation ou les jeux d’échelles, dès lors qu’entre en ligne de compte la dimension matérielle des phénomènes étudiés. Comme pour la géohistoire, un colloque organisé par le RUCHE à Lyon en 2018 avait confirmé le dynamisme et la diversité des approches, des objets et des perspectives de l’histoire environnementale, ainsi que sa compatibilité avec d’autres sciences...tout en peinant à attirer des géographes, à quelques exceptions près ! Comme la géohistoire, l’histoire environnementale peine à élaborer un cadre méthodologique et théorique unificateur au-delà de quelques grands principes. Comme la géohistoire, l’histoire aurait donc tout à gagner à échanger avec les disciplines pour stabiliser les concepts et les méthodes qu’elle mobilise.

La nécessité d’un dialogue

Malgré les frontières disciplinaires, force est donc de constater l’intérêt du dialogue interdisciplinaire, compte-tenu des points communs entre histoire environnementale et géohistoire de l’environnement : les objets d’étude, l’importance accordée à la réflexion spatiale, la place des sources historiques et des mémoires, l’ouverture interdisciplinaire bénéfique sinon nécessaire, les collaborations académiques, les objectifs opérationnels n’en sont que quelques-uns. Ces convergences plus ou moins anciennes, plus ou moins ténues, plus ou moins formalisées témoignent de l’interpénétration des approches historiques et géographiques dès lors qu’il s’agit d’étudier la dimension environnementale et ses dynamiques complexes, impliquant des jeux d’échelle spatiale et temporelle. Le colloque organisé les 1er, 2 et 3 décembre 2022 à Mulhouse entend poursuivre et renforcer ce dialogue sur les questions environnementales, en mettant au cœur des discussions la notion de frontière, comme objet historique et géographique, ou pour questionner les frontières disciplinaires, institutionnelles, méthodologiques ou didactiques. Ce colloque vise donc à interroger et (r)établir les liens entre l’histoire environnementale d’une part, la géographie et la géohistoire de l’environnement d’autre part, et plus généralement à réfléchir, toutes disciplines confondues, aux interactions entre l’environnement, le temps et l’espace.

Axes thématiques

Les thématiques traitées pourront inclure, sans s’y restreindre :

1. Frontières et passerelles académiques

Qu’est-ce que l’histoire environnementale ? Qu’est-ce que la géohistoire de l’environnement ? Les termes académiques renvoient à des traditions scientifiques, des historiographies, mais aussi des approches, un vocabulaire, des objets de prédilection. Certains sont communs à la géographie et à l’histoire, d’autres plus exclusifs à l’une ou l’autre discipline. Dans d’autres pays que la France, les limites méthodologiques ou institutionnelles se placent ailleurs. La confrontation des pratiques disciplinaires dans différents pays, les réflexions épistémologiques, le questionnement des concepts structurants et de leur portabilité, le retour d’expérience sur les barrières académiques ou au contraire, sur les coopérations transdisciplinaires, voire interdisciplinaires permettront d’identifier et de remettre en question d’éventuelles frontières disciplinaires. Des liens existent par ailleurs, non négligeables, avec d’autres sciences : écologie, archéologie, climatologie, sciences politiques… qui seront susceptibles d’être questionnés. On pourra enfin s’intéresser au rapport qu’entretiennent ou que peuvent entretenir la géohistoire et l’histoire environnementale avec des courants plus ou moins proches : time geography, géographie historique, géographie de l’environnement, histoire globale ou connectée, histoire rurale ou urbaine...

2. Questionner les limites spatiales et chronologiques

Les échelles humaines et naturelles ne s’accordent pas toujours. Lorsqu’il est question d’environnement, quelle est la pertinence des échelles temporelles et spatiales définies par l’homme ? D’une part, la division classique des périodes historiques laisse entrevoir autant de continuités que de ruptures, invitant à passer outre les marqueurs chronologiques arbitraires et souvent définis par un événement, alors même que Fernand Braudel montrait dès 1949 que certains phénomènes n’étaient intelligibles que sur le temps long. D’autre part, les biotopes ignorent les bornes frontières, et davantage encore les lignes immatérielles, incitant à étudier des phénomènes au-delà des limites anthropiques, notamment nationales, pour considérer des échelles « naturelles » globales comme locales. Faut-il pour autant systématiquement privilégier une approche biorégionale et sur le temps long, considérant que les politiques environnementales s’exercent aussi dans des cadres spatiaux et temporels qui ne sont pas forcément ceux du milieu naturel ? Quelle est la place de l’évènement, de l’approche comparée ou encore des échelles nationales dans l’étude diachronique des relations entre les humains et leur environnement ?

3. Obstacles et traits d’unions environnementaux : rivières, montagnes, villes…

Un troisième axe du colloque pourra porter sur des milieux particuliers en contexte frontalier. Souvent qualifiées de « frontières naturelles », les montagnes, forêts et rivières qui servent de support aux limites entre territoires, notamment étatiques, n’ont acquis ce statut que tardivement, au gré d’interprétations et de récupérations historiques et à partir du moment où l’acception du terme frontière revêt une dimension linéaire. A l’inverse, des espaces comme les villes, dont le périmètre physique et administratif est a priori incompatible avec une dimension transfrontalière, outrepassent désormais volontiers les limites étatiques, invitant les habitants comme les décideurs à élaborer (ou non) des stratégies pour en tenir compte. Il faut aussi compter avec les frontières que l’on repousse, comme la frontier nord-américaine. On peut enfin penser aux interfaces entre milieux, zones frontières dépourvues (ou non) de limites anthropiques : littoraux, piémonts, rives ou lisières... Ces espaces particuliers, fortement anthropisés ou désertiques sont à la fois des obstacles et des espaces de circulations, des marges et des traits d’union. Comment, par conséquent, ont-ils été pensés, gérés, aménagés au fil des siècles ? A quel point, dans quelle mesure la frontière s’est-elle imposée comme élément déterminant de l’évolution des environnements, des politiques, des pratiques et des représentations qui y sont liées ?

4. La norme au défi de la frontière : droit, régulations, coopérations

Le quatrième axe du colloque portera plus particulièrement sur une approche croisée du droit, de la géographie et de l’histoire, dans le but d’explorer les rapports et les interactions pouvant exister entre le droit et l’espace, dans une perspective diachronique. L’approche géo-légale (ou géographie juridique, ou géographie du droit) connaît par exemple un engouement récent, notamment dans le domaine de l’environnement. L’histoire du droit peut également revêtir une double dimension spatiale et environnementale, lorsqu’il se construit, s’exerce et se discute autour de territoires ou d’objets particuliers. L’instauration de cadres juridiques peut par ailleurs susciter des contestations et des stratégies de contournement, ou au contraire, aboutir à des coopérations. Le thème des frontières privilégié ici, offre la possibilité d’interroger les relations entre droit et production de normes, espace et environnement dans une double logique comparative : spatiale à travers, notamment, le contexte transfrontalier, temporelle et méthodologique en confrontant les approches historique et géohistorique.

5. Sciences fondamentales, sciences appliquées

Le cinquième axe du colloque s’intéressera plus spécifiquement à la transposition, dans le domaine appliqué, des recherches fondamentales conduites en histoire de l’environnement, en géohistoire et plus généralement dans les études diachroniques de l’environnement. Si les chercheurs de ces disciplines ont pu être amenés à mobiliser leurs savoirs dans le cadre de recherches – action autour de la connaissance des risques et des catastrophes (séismes, inondations, avalanches), de la compréhension des paysages et de leur trajectoire (espaces forestiers, vallées fluviales, etc.), des rapports politiques à l’environnement, etc., les questions restent nombreuses aux frontières entre recherche fondamentales et recherches appliquées. Elles peuvent concerner les méthodologies et l’approche critique, la finalité de ces recherches appliquées, les relations qui existent entre le chercheur et le donneur d’ordre (notamment concernant les temporalités) et la manière dont les premiers sont impliqués dans la co-construction de la recherche-action. Le colloque sera l’occasion à la fois d’un retour d’expérience et d’un espace de réflexion sur l’avenir de la recherche appliquée dans le domaine de l’environnement, et à ce titre, accueillera favorablement les propositions issues d’acteurs institutionnels et issus de la société civile (milieux politiques, agents de l’État et des collectivités territoriales, organisations non-gouvernementales et associations…)

Conditions de soumission

Les propositions de communications (entre 2000 et 5000 signes espaces compris) doivent être accompagnées d’une courte présentation des auteurs et si possible, d’une bibliographie sommaire.

Elles peuvent être soumises en anglais ou en français, qui seront les deux langues du colloque.

Ces propositions sont à envoyer par courriel à benjamin.furst@uha.fr et brice.martin@uha.fr avant

le 15 mars 2022.

Après examen des propositions par le comité scientifique, une réponse sera envoyée au plus tard à la fin mai.

Comité scientifique

  • Melanie Arndt (professeure à l’Albert-Ludwigs-Universität Freiburg)
  • Didier Boisseuil (Maître de conférences HDR à l’Université de Tours)
  • Jawad Daheur (Chargé de recherche CNRS)
  • Elsa Devienne (Lecturer à la Northumbria University)
  • Magalie Franchomme (Maîtresse de conférences à l’Université de Lille)
  • Florie Giacona (Chargée de recherche INRAE)
  • Charles-François Mathis (Professeur àl’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
  • Nancy Meschinet de Richemond (Professeure à l’Université Paul Valéry Montpellier 3)
  • Emilie-Anne Pepy (Maîtresse de conférences à l’Université Savoie Mont Blanc)
  • Xavier Rochel (Professeur à l’Université de Lorraine)
  • Philippe Valette (Maître de conférences à l’Université Toulouse Jean Jaurès).

Comité d’organisation

  • Benjamin Furst, ingénieur de recherche en histoire environnementale, UHA
  • Brice Martin, maître de conférences en géohistoire, UHA
  • Teva Meyer, maître de conférence en géopolitique, UHA
  • Audrey Sérandour, post-doctorante, UHA
  • Gaël Bohnert, doctorant, UHA.

Le colloque est organisé et soutenu par le Réseau universitaire de chercheurs en histoire environnementale (RUCHE).

Contact

Orte

  • Université de Haute-Alsace - 16 rue de la Fonderie
    Mülhausen, Frankreich (68100)

Veranstaltungsformat

Veranstaltung vor Ort


Daten

  • Dienstag, 15. März 2022

Schlüsselwörter

  • environnement, histoire environnementale, géhistoire, sciences de l'environnement, frontière, méthodologie

Informationsquelle

  • Benjamin Furst
    courriel : benjamin [dot] furst [at] uha [dot] fr

Lizenz

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Zitierhinweise

« Frontières et environnement : temps, espaces, méthodes », Beitragsaufruf, Calenda, Veröffentlicht am Donnerstag, 10. Februar 2022, https://doi.org/10.58079/187x

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