HomeLe parc de loisirs, un modèle globalisé de loisir / tourisme ?

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Published on Wednesday, March 02, 2022

Abstract

En coïncidant avec le trentième anniversaire de l’ouverture de Disneyland Paris (1992), le lancement de cet appel à articles pour la revue Téoros souhaite revenir, suivant une perspective critique, sur l’objet « Parc de loisirs » et sa place particulière dans la diffusion de modes globalisés de production, de gestion et de pratique du loisir / tourisme, afin d’en interroger la diffusion ubiquiste globale.

Announcement

Coordination du numéro

  • Sophie Didier, Université Gustave-Eiffel, Lab’URBA

Argumentaire

L’objet parc de loisirs renvoie invariablement à un espace clos et donc à un certain modèle d’environnement contrôlé, et c’est particulièrement vrai des parcs dits « à thème » produits autour d’un récit qui structure l’expérience des visiteurs autant que l’organisation de l’espace. Le parc de loisirs reste toutefois un objet aux contours flous dont la définition fluctue en fonction de la nature des équipements de loisir/tourisme proposés dans son enceinte : en France, par exemple, la catégorie mêle des parcs animaliers d’envergure parfois associés à des attractions foraines (Beauval, le Pal, Marineland d’Antibes…), des parcs à thème à visée ludique (Disneyland Paris, parc Astérix), des parcs à thème à vocation éducative (Futuroscope, Vulcania…) et des parcs d’attractions (parcs aquatiques, parcs accueillant des manèges…). Cette diversité d’acceptions reflète par ailleurs l’hybridation systématique des modèles et des techniques associés aux différents parcs de loisirs, sous l’influence notamment des techniques de thématisation largement reprises de celles de la Walt Disney Company.

L’histoire et l’origine de ces purs produits de la révolution industrielle coïncidant avec l’urbanisation de la fin du XIXe siècle sont bien connues pour le cas étatsunien (Kasson, 1978 ; Csergo, 1995 ; Marling, 1997). Surtout, leur principe s’est largement diffusé globalement depuis les années 2000 hors de l’Europe et de l’Amérique du Nord. On a vu aussi depuis cette période la consolidation d’entreprises touristiques européennes très actives dans le secteur, tant nationalement qu’internationalement (Merlin Entertainments ou encore Parques Reunidos, œuvrant tous deux dans leur pays d’origine mais aussi ailleurs, notamment à Dubaï). La diffusion globale des parcs de loisirs a de fait accompagné la montée en puissance des pays émergents sur la scène touristique (Ghimire, 2013), comme en atteste l’arrivée de grands voyagistes chinois dans le classement mondial des poids lourds du secteur des parcs de loisirs (Chimelong, OCT Parks…). En termes de fréquentations mondiales des parcs à thème, si les grands parcs étatsuniens « historiques » (Walt Disney World, Universal Studios Floride) dominent encore les classements (même en période COVID !), leurs équivalents asiatiques sont désormais proches. De la même manière, sur le créneau des parcs aquatiques, les premières places des classements mondiaux en termes de fréquentation renvoient à des parcs du Brésil, de Dubaï et de la Chine.

Se pose donc la question centrale du transfert et de l’adaptation du modèle du parc de loisirs aux sociétés urbaines mondialisées : cette thématique du transfert était déjà en germe dans les années 1990 à propos de la diffusion des parcs de la Walt Disney Company, la question de l’adaptation culturelle subtile opérée dans les Disneyland s’insérant dans la problématique plus générale de la mondialisation culturelle (Raz, 1999). Elle faisait écho à la polémique française des années 1980 qualifiant la Walt Disney Company d’« envahisseur » et voyant dans le projet de Disneyland Paris une menace réelle de « coca-colonisation » culturelle de la France (Cazes, 1988). Également, la question de l’adaptation culturelle rencontrait une critique forte de l’uniformisation globale et de l’anomie, exemplifiée à travers le concept de disneylandisation du monde porté par les anthropologues de la modernité (Augé, 1992). Cette dernière interprétation rencontrait finalement celle qui interrogeait plus généralement, avec le développement des parcs à thème, l’avènement d’une nouvelle forme de capitalisme globalisé associée à un secteur d’activité, le loisir/tourisme, sous une forme alors inédite dans son genre et dans la puissance de ses exploitants (Zukin, 1991 ; The Project on Disney, 1995).

Avec le recul de trente ans, et le récent mouvement de diffusion globalisée du modèle précédemment évoqué, on attend donc de ce numéro un état des lieux de la banalisation du modèle du parc de loisirs, et de ce que cette banalisation dit à la fois des pratiques et de la gestion du loisir/tourisme qui lui sont associées.

Trois grands axes de réflexion pourront être abordés par les contributions proposées :

  • Le premier, certainement le plus travaillé jusqu’à présent, a trait à l’articulation des parcs de loisirs, objets insulaires par excellence, avec leurs territoires d’accueil (Didier, 2000 ; Baron et Clavé, 2014 ; Picon-Lefebvre, 2015). Cette articulation engage des réflexions en termes de développement local et d’urbanisme, mais aussi de redistribution de la manne touristique de plus en plus mise en doute depuis les années 2000 dans les mouvements de contestation des projets de parcs ou de leurs potentielles extensions. Là encore, les parcs Disney écrasent la perspective, notamment quand l’analyse de l’articulation est au service d’une critique forte de l’influence de la Walt Disney Company dans les affaires publiques locales (Fogelsong, 1999 ; Didier, 2000). On sait finalement peu de choses des parcs de loisirs d’ambition plus locale dans leur zone de chalandise et de la manière dont ils participent de l’aménagement local, en Europe ou ailleurs. Ainsi, dans le cadre des pays émergents, on pourrait notamment attendre des contributions une réflexion sur le rôle des parcs de loisirs dans l’urbanisation des périphéries ainsi que l’ont montré les exemples égyptien (Caire) et, plus récemment, vietnamien (Florin, 2005, Peyvel et Gibert, 2012).
  • Le second axe renvoie à la structure même des entreprises liées au tourisme/loisir agissant en tant qu’exploitants des parcs ou sous-traitants pour la production d’attractions et de services qui y sont offerts. Les exploitants de parcs agissent en effet dans un champ de contraintes spécifiques : en raison de leur modèle économique nécessitant une répétition des visites, les parcs de loisirs sont particulièrement sommés de renouveler les attractions proposées au public, et donc de réinvestir entre 10 et 30 % de leur chiffre d’affaires dans le renouvellement de leurs infrastructures (Bennet, 2018). En interrogeant le parc de loisirs comme secteur d’activité économique, on pourra dès lors mesurer la capture de cette forme de loisir/tourisme par de grandes firmes globalisées, ainsi que la dépendance technologique qui peut s’exercer dans ce secteur (pour les attractions les plus liées à des progrès technologiques, mais aussi dans le cadre des parcs animaliers pour l’acquisition et la gestion des animaux). La vulnérabilité du secteur pourra ici être abordée, notamment autour de la récente pandémie de COVID, mais aussi des enjeux en termes de ressources humaines, là encore mis en évidence à propos des parcs de la Walt Disney Company et des mouvements de grève qui y prennent régulièrement place.
  • Le troisième axe renvoie enfin à une lecture plus anthropologique de cette diffusion et de ce qu’elle signifie en termes de généralisation du goût pour les environnements contrôlés. Trente ans après la mise en place de Disneyland Paris, plus personne ne s’élève en France contre Disney l’envahisseur, et les parcs de loisirs en général font partie intégrante du paysage des pratiques de loisirs des Français : c’est en tous les cas le constat du récent ouvrage grand public La France sous nos yeux. Économie, paysages, nouveaux modes de vie (Fourquet et Cassely, 2021), qui revient également sur le succès des parcs animaliers de Beauval ou du Pal. Ce glissement interroge aussi d’un point de vue méthodologique la capacité des chercheur·euses à saisir la transformation des modes de consommation des clientèles et sa traduction par les entreprises de loisir/tourisme. Au Sud, si le lien semble facile à établir entre montée en puissance des classes moyennes urbaines et diffusion du modèle du parc de loisirs, rien ne permet de présager a priori une uniformisation en termes de pratiques. Le cas du Caire est de ce point de vue éclairant à nouveau, puisqu’il montre que les parcs de loisirs associés à la production urbaine périphérique des compounds contribue à l’offre d’espaces de liberté pour la jeunesse de la classe moyenne par rapport aux espaces publics urbains traditionnels (Florin, 2005). À l’inverse toutefois, pour le cas vietnamien des complexes privatisés de loisirs, Emmanuelle Peyvel et Marie Gibert (2012) parlent d’une forme de contrôle de l’urbanité de la clientèle, à travers la mise en ordre spatiale et sociale des usages de la ville que ces complexes représentent. Des exemples autres de cette question de l’appropriation culturelle du modèle seraient donc, dans cette perspective, bienvenus.

Voir la bibliographie dans le document attaché.

Modalités de soumission

Les auteur·e·s doivent faire parvenir un manuscrit rédigé en français ou en anglais présenté selon les règles de la revue, disponibles à cette adresse.

Les textes soumis, en format Word (pas de PDF), doivent avoir de 7000 à 8000 mots.

Chaque article doit inclure :

  1. a) les nom et prénom de tous les auteure·s (maximum trois) ;
  2. b) leur titre principal et leur affiliation (une seule) ;
  3. c) leurs adresses, électronique (courriel) et postale ;
  4. d) un résumé́ de 150 à 200 mots (maximum) en français et en anglais ;
  5. e) l’identification de la ou des disciplines d’étude ;
  6. f) une liste des mots clés (maximum de 5).

Le lectorat de Téoros est international. Les auteur·e·s sont invité·e·s à tenir compte de cette réalité dans la présentation de leurs cas d’étude afin de les rendre accessibles aux lecteur·rice·s peu familiarisés avec la destination étudiée.

Illustrations

Les auteur·e·s sont invité·e·s à fournir 3 ou 4 illustrations de haute résolution (300 dpi), libres de droits, et à indiquer clairement la légende de la photo et le nom du photographe.

Originalité de l’étude

Les manuscrits soumis pour publication dans Téoros doivent apporter une contribution scientifique originale. Les auteur·e·s restent responsables du contenu et des opinions exprimés ainsi que de l’exactitude des données et des références bibliographiques.

Pour plus d’information, consultez les documents suivants :

La date limite pour soumettre un résumé est le 1er avril 2022.

La date limite pour soumettre un texte est le 1er juillet 2022

Les propositions de résumés et de textes doivent être adressées à la revue : teoros@uqam.ca

Prière d’inscrire « Tourisme et Parc » dans la ligne de l’objet.

La revue

La revue Téoros reconnaît le soutien du Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (programme d’aide aux revues savantes), du Fonds de recherche du Québec Société et Culture (programme d’aide aux publications scientifiques), de l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal, de son Département d’études urbaines et touristiques et son Centre de recherche sur la ville.

  • Directeur : Dominic Lapointe, professeur, Université du Québec à Montréal
  • Corédactrice en chef : Julia Csergo, professeure, Université du Québec à Montréal
  • Corédacteur en chef : Romain ROULT, professeur, Université du Québec à Trois-Rivières

Date(s)

  • Friday, April 01, 2022

Attached files

Keywords

  • tourisme, parc, loisir

Reference Urls

Information source

  • Gwenaelle Reyt
    courriel : teoros [at] uqam [dot] ca

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Le parc de loisirs, un modèle globalisé de loisir / tourisme ? », Call for papers, Calenda, Published on Wednesday, March 02, 2022, https://doi.org/10.58079/18e3

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