HomeReprésenter, se représenter dans l’Antiquité

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Published on Tuesday, March 08, 2022

Abstract

Cette journée doctorale du centre Anthropologie et histoire des mondes antiques (ANHIMA) s’attachera à la question de la/des représentation(s) qui est, depuis longtemps, un aspect incontournable dans l’étude de toutes les composantes de la vie des Anciens : représentations spatiales, temporelles, culturelles, religieuses, politiques et sociales, toutes sont prises en compte comme autant d’éléments d'intelligibilité et de définition des différentes catégorisations qui fondent et permettent la vie en communauté. Nous serons particulièrement attentif·ves aux processus qui président à la production matérielle, discursive et mentale de ces représentations, tout autant qu’aux modalités de leurs diffusions. Ce sera par ailleurs l’occasion de mettre en communication les recherches en histoire ancienne avec les riches travaux de sociologie, de Durkheim à propos des représentations collectives jusqu’à Goffman sur la (re)présentation de soi, sans oublier les travaux spécifiques aux modes de distinctions des différents groupes socio-culturels ou économiques tels que les as étudiés Bourdieu.

Announcement

Argumentaire

Depuis la fin des années quatre-vingt, les représentations constituent, pour l’analyse des sociétés, présentes comme passées, un outil heuristique dont les sciences sociales se sont largement emparées à la suite des travaux fondateurs d’Émile Durkheim et Marcel Mauss. La notion de représentation s’est ainsi durablement inscrite dans le champ historique et l’histoire des représentations est devenue une approche apte à rendre compte de la complexité des phénomènes socioculturels, justifiant le passage, au moins partiel, d’une « histoire des mentalités à une histoire des représentations » (M. Vovelle, 2001).

La notion de représentation, notion hautement polysémique, renvoie à la fois à un signifiant et à un signifié et peut être considérée, à la suite de Roger Chartier (R. Chartier, 1989), comme une construction complexe qui exprime et façonne le monde social. Elle ne peut, de ce point de vue, être uniquement envisagée comme une émanation discursive plus ou moins déformée du monde social, mais plutôt comme une construction dynamique qui affecte et subit les effets de cette réalité. À partir d’un tel cadre réflexif, une importante littérature scientifique a tenté, depuis le « tournant critique », de mettre au jour les représentations des Anciens. Dès lors, toutes les composantes de la vie des sociétés semblent pouvoir être étudiées dans cette optique : représentations spatiales, temporelles, culturelles, religieuses, politiques et sociales sont prises en compte comme autant d’éléments d'intelligibilité et de définition des différentes catégorisations qui fondent et permettent la vie en communauté.

Cette journée d’étude doctorale sera ainsi l’occasion de s’intéresser collectivement à la question de la représentation et nous prêterons une attention particulière aux processus qui président à la production matérielle, discursive et mentale de ces représentations, tout autant qu’aux modalités de leur diffusion.

La rencontre sera par ailleurs l’occasion de faire dialoguer les recherches en histoire ancienne et les riches travaux de la sociologie, comme ceux de Durkheim à propos des représentations collectives, de Goffman sur la (re)présentation de soi, sans oublier les travaux spécifiques aux modes de distinctions des différents groupes socio-culturels ou économiques tels que les a étudiés Bourdieu. L’apport anthropologique et sociologique paraît donc primordial pour l’étude des représentations puisque, si les représentations dans les domaines politiques et juridiques de la cité ont depuis longtemps été mises au jour, et l’image des groupes dominants largement étudiée, de nombreux champs restent encore à explorer.

Sans être exclusives, les thématiques suivantes pourront être privilégiées :

Les représentations sociales

L’étude des représentations sociales semble indispensable à la compréhension du fonctionnement des sociétés puisque ces représentations participent pleinement de la constitution des identités des individus et groupes d’individus qui les composent. Nous pourrons par exemple nous intéresser plus précisément aux « oublié-e-s » de l’Histoire antique, à partir des travaux récents portant sur le genre, l’ethnicité, la pauvreté ou encore les « subalternes », pour mettre en exergue les différentes façons de représenter, de se représenter, ou de se faire représenter dans l’Antiquité.

Les représentations iconographiques

La matérialité de la représentation sera également au cœur de nos questionnements puisque l’iconographie, quel que soit son support, est également le vecteur des représentations collectives au sens durkheimien. Dans les perspectives dessinées notamment par Fr. Lissarrague au sujet de la fonction et du fonctionnement de l’iconographie vasculaire, il s’agira de s’intéresser à la fois aux codifications des représentations iconographiques et à leur rôle dans le développement et la diffusion des représentations des différents groupes qui composent la cité, qu’ils soient réels ou imaginaires (citoyens, étrangers, femmes, enfants, divinités, héros mythiques, etc.). Cette approche encourage par ailleurs la prise en compte de la matérialité des supports figuratifs, en ce que les éléments techniques, tout autant que les matériaux, influent sur ces représentations, leur diffusion et leur réception.

Représenter / se représenter l’espace

Un dernier axe pourra porter sur les productions mentales et matérielles qui nous éclairent sur la perception que se font les Anciens de leurs cadres spatiaux, ainsi que les effets de cet environnement sur leurs représentations collectives. Le cas de l’Urbs est en ce sens un exemple unique puisque, comme l’a notamment montré P. Gros dans la lignée du “tournant spatial”, par la conservation de pratiques liturgiques, aussi bien que par le partage de représentations concernant l’identité de la ville, l’Urbs reste un cadre stable, quoique symbolique, alors même que l’espace urbain est en expansion constante. L’histoire urbaine pourra par ailleurs être mise en dialogue avec l’analyse iconographique pour mettre en exergue les liens entre certaines représentations, les lieux de leur exposition et les acteurs de celle-ci.

Modalités de soumission

Les propositions de communication (titre et résumé de 300 à 400 mots) sont à envoyer d’ici le 1er avril 2022 à l’adresse journeedoctorale.anhima2022@gmail.com. La journée doctorale aura lieu, sauf indication contraire liée à d’éventuelles restrictions sanitaires, le samedi 11 juin 2022 en salle Fabri de Peiresc à l’Institut National d’Histoire de l’Art, Galerie Colbert, 2 rue Vivienne, 75002 Paris.

Les frais de transport et d’hébergement sont à la charge des laboratoires des participante.e.s.

Organisation

Inès Medjkoune & Thibaud Nicolas

Comité scientifique

  • Inès Medjkoune, doctorante à l’Université Paris Cité - ANHIMA
  • Thibaud Nicolas, doctorant à l’EHESS - ANHIMA

Bibliographie sélective

Références théoriques

  • Bourdieu P., La distinction, Paris, Les éditions de Minuit, 1979.
  • Chartier R., « Le monde comme représentation », Économies, Sociétés, Civilisations, 44ᵉ année, n° 6, 1989, p. 1505-1520.
  • Durkheim, E., « Représentations individuelles et représentations collectives », Revue de Métaphysique et de Morale, vol. 6, n° 3, 1898, p. 273-302.
  • Ginzburg C., « Représentation : le mot, l'idée, la chose », Économies, sociétés, civilisations, 46e année, n° 6, 1991, p. 1219-1234.
  • Goffman E., La mise en scène de la vie quotidienne, 2 vol., Paris, Les éditions de Minuit, 1973 [1956].
  • Mauss M., Œuvres 2. Représentations collectives et diversité des civilisations, Textes écrits entre 1896 et 1929 présentés par Karady Victor, Paris, Les Éditions de Minuit, coll. « Le sens commun », 1969.
  • Vovelle M., « Des mentalités aux représentations », Sociétés & Représentations, vol. 2, n° 12, 2001, p. 15-28.

Études d’histoire ancienne

  • Belayche N. & Pirenne-Delforge V. (éd.), Fabriquer du divin. Construction et ajustement de la représentation des dieux dans l’Antiquité, Liège, Presses universitaires de Liège, 2015.
  • Bettini M. & Short W. M. (a cura di), Con i romani. Un’antropologia della cultura antica, Bologna, Il Mulino, 2019.
  • Courrier C. & Magalhães de Oliveira J. C. (dir.), Ancient History from Below. Subaltern Experiences and Actions in Context, London, Routledge, 2022.
  • Courrier C. & Ménard H. (éd.), Miroir des autres, reflet de soi. Stéréotypes, politiques et société dans le monde romain, 2 vol., Paris, M. Houdiard, 2012-2013.
  • Duplouy A., Recherches sur les modes de reconnaissance sociale en Grèce entre les Xe et Ve siècles avant J.-C., Paris, Les Belles Lettres, 2006.
  • Durand, J.-M., «  La vie religieuse. II. Les représentations divines : statues et bétyles », Supplément au Dictionnaire de la Bible 14, Paris, Letouzey & Ané, 2008, p. 362-364.
  • Foxhall L. & Salmon J. B. (éd.), Thinking Men. Masculinity and its Self-Representation in Classical Tradition, London-New York, Routledge, 1998.
  • Galbois E. & Rougier-Blanc S. (dir.), La pauvreté en Grèce ancienne. Formes, représentations, enjeux, Bordeaux, Ausonius, 2014.
  • Gros P., « Le concept d’espace à Rome », dans Genet J.-P. (dir.), Rome et l’État moderne européen, Roma, École Française de Rome, 2007, p. 97-114.
  • Hartog F., Le miroir d’Hérodote. Essai sur la représentation de l’Autre, Paris, Gallimard, Bibliothèque des histoires, 1991 [1980].
  • Hinard F. & Royo M. (éd.), Rome : l’espace urbain et ses représentations, Paris, Presses Universitaires de Paris-Sorbonne, 1991.
  • Hurlet F., « Représentation(s) et autoreprésentation(s) de l’aristocratie romaine », Perspective, 1, 2012, p. 159-166.
  • Lévêque P. & Vidal-Naquet P., Clisthène l’Athénien. Essai sur la représentation de l’espace et du temps dans la pensée politique grecque de la fin du VIe siècle à la mort de Platon, Paris, Les Belles Lettres, 1973 [1964].
  • Lissarrague F., L’autre guerrier : archers, peltastes, cavaliers dans l’imagerie attique, Paris, La Découverte, 1990.
  • Loraux N., L’invention d’Athènes. Histoire de l’oraison funèbre dans la cité classique, Paris, Éditions de l’EHESS, 1981.
  • Pomeroy S. B., Families in Classical and Hellenistic Greece, Oxford, Clarendon Press, 1997.
  • Queyrel Bottineau A. (dir.), La représentation négative de l’autre dans l’Antiquité : hostilité, réprobation, dépréciation, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 2014.
  • Römer Th., Gonzalez H. & Marti L. (éd.), Représenter dieux et hommes dans le Proche-Orient ancien et dans la Bible. Actes du colloque organisé par le Collège de France, Paris, les 5 et 6 mai 2015, OBO 287, Louvain-Paris-Bristol, Éditions universitaires de Fribourg, 2019.

Places

  • Galerie Colbert (INHA) - 2 rue Vivienne
    Paris, France (75)

Event attendance modalities

Full on-site event


Date(s)

  • Friday, April 01, 2022

Keywords

  • représenter, représentation, iconographie, Antiquité

Contact(s)

  • Inès Medjkoune
    courriel : ines [dot] medjkoune [at] gmail [dot] com

Reference Urls

Information source

  • Inès Medjkoune
    courriel : ines [dot] medjkoune [at] gmail [dot] com

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Représenter, se représenter dans l’Antiquité », Call for papers, Calenda, Published on Tuesday, March 08, 2022, https://doi.org/10.58079/18ff

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