HomeFragments de ville(s) dans la littérature francophone

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Published on Wednesday, March 16, 2022

Abstract

Le colloque organisé par la faculté des langues de l’université de Médéa porte sur la ville et son écriture. Le titre : « Fragments de ville(s) dans la littérature francophone » renvoie à cet aspect de la ville comme pratique et comme vécu, dans sa pluralité, sa complexité et sa profondeur. L’objectif est de comprendre le regain d’intérêt actuel pour la ville en interrogeant ses manifestations et ses représentations. La réflexion reste ouverte à d’autres champs pour questionner, dans le cadre d’une approche transdisciplinaire, le rapport de la ville à l’identité, à la culture, à la langue, etc.

Announcement

Argumentaire

De plus en plus de romans appartenant à la francophonie peuvent être regardés comme des « récits d’espace » selon M. de Certeau (1990 : 170-191).  Ils affichent un lien particulier avec leur environnement urbain et des villes donnent leurs noms à des romans. Les villes ne constituent plus seulement une inspiration géographique ou un simple cadre ; c’est une véritable esthétique de la ville qui se met en place.

Selon Christina Horvath, l’écriture urbaine s’est même constituée en genre littéraire à part entière en France et le « roman urbain » doit être regardé comme « un récit de fiction se déroulant dans une ville contemporaine » (Horvath, 2007 : 32). Il « décrit la ville comme une structure urbaine et en fait son point focal, voire son véritable protagoniste ». (2007 : 245). Ce qui vaut pour la France, vaut-il pour la littérature francophone ? Peut-on là aussi parler de roman urbain ?

La ville n’est ni le lieu ni le paysage, M. Collot l’a montré (2011 : 58) : le paysage suppose un face à face et de la distance alors que la ville est un espace dépourvu d’horizon. La ville engloutit l’homme, il est dedans, pris dans son labyrinthe. Aspiré par le tourbillon d’un univers urbain très complexe, l’homme se trouve intégré dans la ville (Collot, 2011 : 69). De ce point de vue, M. de Certeau distingue « la ville-panorama », ce « simulacre théorique », et « la ville habitée » comme un « espace pratiqué » et vécu par ses habitants (1990 : 141). C’est cet aspect de la ville comme pratique et comme vécu, dans sa complexité, sa pluralité et sa profondeur, que nous proposons comme objet de réflexion et de débat.

La ville a  constitué un motif littéraire de prédilection chez les écrivains colonisés.  Ses représentations  sont  liées à l’opposition  ville-campagne, le personnage  principal étant souvent  un jeune   écolier   qui   aspire  à  changer  son   destin de  villageois en intégrant  le  système d’instruction  de  l’autre  dans  une  confrontation  de  deux  milieux culturels et urbains très différents.

Dans les textes les plus récents, la ville  est toujours présente  mais s’ouvre sur d’autres   perspectives. Elle est parfois contemplée, rêvée fantasmée,  mais souvent, honnie et présentée comme impure, insalubre et menaçante. De leurs pays d’exil, certains  chantent la nostalgie de la terre  d’origine, de la ville d’enfance ; d’autres rendent la ville responsable de leurs peines et malheurs, ville prison,  grand cimetière où finissent enterrés les espoirs et  les rêves.   La ville c’est le pays, « le bled », on maudit la ville pour le pays, on cherche  à la fuir. Entre deux villes : ville natale et ville d’accueil, le bonheur tant attendu et espéré se trouve suspendu.

Dans les textes, surgissent souvent les fragments d’une mémoire malheureuse et brisée, entre cité, quartier, rue, immeuble ou logement. S’y dessine, en morceaux, le destin souvent cruel d’hommes et de femmes. S’y raconte, avec la ville, le quotidien des citadins dans le langage de la ville, car la ville a aussi son langage, sa musique et ses chansons :« Ma ville est silencieuse, elle tue ceux qui dénoncent. Crie et meurs dans ta cage, dans le silence et le mépris, Ye lmekninne ezzine.[1] »

Les récits captent des moments et « des fragments de l’ambiance urbaine » (Cherubini, 95: 82). Défilent alors des  images  à  la  manière de  cartes postales  où  se  cristallise  un  sourire  ou  un regard : le paysage de la ville et de la mémoire. Dans les textes, le passé vient alors peser de tout son poids sur la conscience pour ressusciter des souvenirs dans ces espaces où il faisait autrefois, bon  vivre.  La  ville,  entre  hier  et  aujourd’hui, a-t-elle vraiment changé ?

La ville est là, présente, envahissante,  on se méfie de l’excès de la ville ; les personnages suffoquent, elle les domine et les écrase. Les auteurs en font un personnage avec une voix et un visage, une mémoire et une histoire. C’est une femme, tantôt belle, tantôt laide, elle raconte ses épopées, ses contes et ses légendes. C’est une mère, on la vénère, on finit par revenir toujours vers elle. La ville, parait-il, pervertit les hommes ; elle en fait des monstres ou des fantômes.

 En temps de guerre et de sinistre, on pleure les morts, on pleure la ville en ruines. Les yeux hagards, on fuit la mort, la ville n’est plus, mais il reste ces liens qui unissent les hommes que la littérature tend à re-tisser. Les  écrits  de  l’évènement  extrême,  qu’il  soit  de  cause  humaine  ou  naturelle, prolifèrent ; ils répondent au besoin de témoigner et de mettre en fiction la catastrophe en milieu urbain. Une réflexion  est  souvent  engagée sur le vivre-ensemble et la recréation  collective  de  la  ville : « Le  temps  humain  venait  de  se  glisser  dans  les soixante secondes qu'ont duré les premières violentes secousses sismiques.[2] »

 La ville, c’est aussi la rue, un lieu de vie et de mouvement.  On y décrit l’ambiance urbaine,  le  vacarme,  la  tension  et  la  discorde.  C’est  un  lieu  de  paradoxes  et d’effervescence sociale. On y trouve « l’âme collective » (Gustave le Bon 2002 :12), le peuple et le public sollicités lors des conflits et des affrontements pour le pouvoir. Mais la rue est pernicieuse car c’est là que se constitue « l’âme de la foule » (Gustave le Bon 2002 :12).  La  foule,  un  phénomène  du  milieu  urbain,  intrigue  surtout  depuis  les printemps arabes. On prend la foule ou c’est elle qui nous prend, c’est le « monstre aux millions de têtes » (Hippolyte Taine, 1986 : 295) : « La foule appelle la foule, la haine, la curiosité, la peur, l’oisiveté, la conviction, l’erreur, l’attente, la vengeance…[3]» 

La ville exhibe ses signes et ses enseignes, ses textes et ses images. Elle subit aussi la colère et la révolte de ces « marcheurs » qui la dégradent et la violentent, ils inscrivent sur ses murs leur émoi et désarroi, on y lit et on y déchiffre mille illusions et désillusions. Selon de Certeau, « les marcheurs » sont ceux qui pratiquent la ville, la transforment, « la distordent, fragmentent et détournent de son ordre » ( 2011 : p.139- 142), ils écrivent la ville mais ne peuvent la lire ou la saisir dans sa totalité ; par opposition aux « voyeurs » qui, d’un point élevé (le haut d’un immeuble), échappent à l’emprise de la ville » et arrivent à la lire, mais dont ils se sentent exclus. (2011 : p.139-142).

La ville est ainsi un objet complexe et fuyant situé au carrefour de plusieurs disciplines : géographie,  sociologie,  sociolinguistique  urbaine, anthropologie,  musicologie,  etc. L’objectif de ce colloque est de comprendre le regain d’intérêt actuel pour la ville en interrogeant ses manifestations et ses représentations dans la littérature francophone. La réflexion reste ouverte à d’autres champs pour questionner, dans le cadre d’une approche transdisciplinaire, le rapport de la ville à l’identité, à la culture, à la langue, etc.

Axes de réflexion proposés

  • L’imaginaire de la ville
  • La quotidienneté citadine
  • Les figures de l’urbanité
  • La ville : l’identité ou la différence ?
  • Le roman urbain
  • La ville "au miroir de la catastrophe"
  • Les mémoires de la ville
  • La ville et l’exil 
  • Les musiques urbaines
  • Ambiance urbaine
  • La grande ville : la métropole
  • Les pratiques de la ville
  • Les écritures dans la ville : slogans, graffitis, tags, etc.
  • La ville et ses parlers
  • La photographie dans l’écriture de la ville

Notes

[1]Samir Toumi, Alger, le cris, barzakh, 2013, p.113.

[2]Dany Lafferière, Tout bouge autour de moi, Paris, Grasset & Fasquelle, 2011, p. 89.

[3]Riyad Girod, Les Yeux de Mansour, barzakh, 2018, p.18.

Modalités de participation

Les propositions de communication en français ou en anglais ne dépassant pas les 300 mots et accompagnées d’une courte bio-bibliographie sont à adresser aux deux adresses électroniques suivantes :

  • maissaleila@hotmail.com
  • chadli-djqouida@yahoo.fr

Calendrier 

  • Date butoir de soumission des propositions : 30 juillet 2022

  • Notification de l’acceptation des propositions : 30 août 2022
  • Le colloque se tiendra les 15 et 16 octobre 2022

Publication des actes

Les actes de ce colloque paraîtront dans la revue Didactiques du Laboratoire de Didactique de la Langue et des Textes (LDLT) de l'Université de Médéa.

Responsables

  • Leila Kerboubi
  • Djaouida Chadli

Comité d’organisation

  • Kheïra Bentenfif, Université de Médéa
  • Oum Elkheïr Gaada, Université de Médéa
  • Abdelazziz Abbas, Université de Médéa
  • Salima Hayed, Université de Médéa
  • Hadjer Lakhdar Ezzine, Université de Médéa
  • Sonya Hadidi, doctorante, Université Alger2
  • Ahmed Mouzgharit, doctorant, Université Alger2

Comité scientifique

Président du comité : Djamel Kadik, Universitéde Médéa

  • Catherine Brun, Université Sorbonne Nouvelle
  • Françoise Simonet-Tenant, Université Sorbonne
  • Guy Dugas, Université Paul Valery-Montpellier 3
  • Buata Malela, Université de Mayotte
  • Mustapha Trabelssi, Université de Sfax
  • Mohamed Zahir, Université de Fès
  • Abdelkrim Kaaboub, ENS Bouzereah, Alger
  • Assia Kacedali, Université d’Alger2
  • Djamel Zenati, Université Alger2
  • Ahmed Cheniki, Université d’Annaba
  • Abdelkrim Benslim, Université Aïn Témouchent
  • Mohamed Rafik Benaouda, Université de Médéa
  • Ludmiya Yaagoub, Université de Médéa
  • Ammi Chafia, Université de Médéa
  • Bachir Bouattou, Université de Médéa
  • Abdelkader Kermezli, Université de Médéa
  • Abdelkader Rassoul, Université de Médéa
  • Sid Ahmed Tassist, Université de Médéa
  • Belkacem Aissani, Université de Médéa
  • Fatima Benrobai, Université de Médéa
  • Sarah Kouider Rabah, Université de Blida2
  • Imène Ouahib, Université de Blida2

Publication des actes

Les actes de ce colloque paraîtront dans la revue Didactiques du Laboratoire de Didactique de la Langue et des Textes (LDLT) de l'Université de Médéa.

Bibliographie indicative

Bachelard G., La Poétique de l’espace, Paris, PUF, 1983.

Chemain R., La Ville dans le roman africain, Paris, L’Harmattan, 1981.

Chevaier M., La Littérature dans tous ses espaces, Paris, CNRS, 1992.

Calvet L.-J., Les Voies de la ville. Introduction à la sociolinguistique urbaine, Payot et Rivages Essais Payot, Paris, 1994.

Coussy D., La Littérature africaine moderne au sud du Sahara, Paris, Éd. Karthala, 2000.

Collot M., La Pensée-paysage, Philosophie, Art littérature, Arles/ Versailles : Actes Sud /ENSP, 2011.

Collot M., Pour une géographie littéraire, Paris, Corti, 2014.

Certeau M (de) [1980]., L’Invention du quotidien, 1 : art de faire, Paris, Gallimard, coll. « Folio Essais », 1990.

Certeau M (de) [1980]., L’Invention du quotidien 2 : habiter, cuisiner, Paris : Gallimard, coll. « Folio Essais », 1994.

Fonkoua R., Écriture des villes, Université de Cergy-Pontoise, 1995.

Horvath C., Le Roman urbain contemporain en France, Paris, Presses Sorbonne Nouvelle, 2007.

Kerbat M.-C., Leçon, littéraire sur la ville, Paris, PUF, 1995.

Lefebvre H., Le Droit à la ville suivi d’Espace et politique, Paris, Anthropos, 1972, (1ère éd. 1968).

Le Bon G., Psychologie des foules, Paris, Presses universitaires de France, 2002, (1ère éd. 1895).

Mondada L., Décrire la ville. La construction des savoirs urbains dans l´interaction et dans le texte, Paris, Anthropos, 2000.

Menelgado H., Les Imaginaires de la ville, entre littérature et arts, Rennes, PUR, 2007.

Roudaut J., Les Villes imaginaires dans la littérature française, Paris, Hatier, 1990.

Roncayolo M., La Ville et ses territoires, Paris, Gallimard, 1997.

Taine H., Les Origines de la France contemporaine. L’Ancien Régime, La Révolution : L’anarchie-La conquête jacobine, tome I, Paris, Robert Laffont, 1986, (1ère éd.1875).

Weber M., La Ville, Paris, Aubier Montaigne, 1982.

Westphal B., La Géocritique. Réel, fiction, espace, Paris, Minuit, 2007.

Places

  • Faculté des Lettres
    Médéa, Algeria (26000)

Event attendance modalities

Hybrid event (on site and online)


Date(s)

  • Saturday, July 30, 2022

Keywords

  • ville, pratique de la ville, écriture urbaine, littérature francophone

Contact(s)

  • Leila Kerboubi
    courriel : maissaleila [at] hotmail [dot] com

Reference Urls

Information source

  • Leila Kerboubi
    courriel : maissaleila [at] hotmail [dot] com

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Fragments de ville(s) dans la littérature francophone », Call for papers, Calenda, Published on Wednesday, March 16, 2022, https://doi.org/10.58079/18gg

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