HomeDésir(s)

HomeDésir(s)

*  *  *

Published on Tuesday, March 15, 2022

Abstract

Le numéro 04 de la revue Méditations littéraires propose aux contributeurs de sonder les champs du désir. Les axes de recherche suivants sont présentés, à titre indicatif (liste non exhaustive) : désir(s) dans la littérature et les œuvres d’art (peinture, sculpture, cinéma …), désir(s) dans les écrits philosophiques, visages de la concupiscence dans les mythes, représentations du désir dans les textes sacrés, psychanalyse et logiques du désir, sociétés, corps et désir(s)...

Announcement

Argumentaire

Dans Le Banquet, Socrate explique à Agathon que l’homme « désire ce dont il ne dispose pas et ce qui n’est pas présent ; ce qu'il n'a pas, ce qu'il n'est pas lui-même, ce dont il manque […] » (Platon, 1992, 67). Tout désir découle donc de la prise de conscience d’une privation. La Lettre à Ménécée d’Épicure expose une classification tripartite des désirs : naturels et nécessaires, naturels et non nécessaires et, finalement, ceux qui sont vains, voire dissolus, et qu’il s’agit d’éviter. En effet, les rênes du désir débridé (Himéros) risquent de fourvoyer le sujet en quête de félicité. Le dépérissement sidéral, suggéré par l’étymon desiderare, renvoie au regret langoureux de l’absent (Pothos), à l’origine de l’inspiration orphique. Les affres du désir inassouvi confinent l’être dans la dessiccation. Le Déshérité déplore la mort de « [s]a seule étoile » (Nerval, 1856, 291), tandis que l’amante altérée laisse sourdre sa déréliction : « Ô longs desirs ! Ô esperances vaines. » (Labé, 1910, 67).

Nombreuses sont les théories du désir qui tentent de cerner cette inclination jugée, de prime abord, ataxique et selon lesquelles le désir serait œdipien, narcissique, mimétique, nodal … Aux yeux de Schopenhauer, l’homme ploie sous le faix des désirs, s’aliénant au vouloir-vivre, véritable roue d’Ixion. La vie de convoitises ressemble alors à un pendule oscillant d’un mal (la souffrance) à l’autre (l’ennui). De fait, défini comme une tendance corrosive dont l’objet est obscur (cf. Luis Buñuel, 1977), le désir s’achoppe continûment à des chimères. Le récit platonicien de l’attelage ailé, les dévoiements des personnages mythiques pris d’hybris – à l’instar de Narcisse, Œdipe, Icare ou Psyché –, l’image du tonneau sans fond que les Danaïdes se trouvent condamnées à remplir d’eau in aeternam font le procès du désir insatiable et illusoire. Les religions monothéistes, de leur côté, réprouvent les concupiscences, classées selon la doctrine augustinienne en trois catégories : libido dominandi (la domination), libido sciendi (la connaissance) et libido sentiendi (les appétences). Face aux exigences d’un surmoi envahissant, l’individu se voit appelé à refouler ses "mauvais" désirs.

En revanche, la psychanalyse jungienne porte un regard différent sur l’énergie libidineuse : l’Ombre, a priori effrayante et primitive, constitue, a posteriori, un foyer fécond. Elle ne doit donc pas être éliminée, mais conscientisée. D’ailleurs, c’est bien l’élan d’introspection vital, inhérent à l’homme, qui l’incite à embrasser la part ténébreuse en lui, afin de parvenir à la coïncidence des opposés. Dès lors, perçu comme un vecteur de plénitude, le désir d’individuation dynamise le voyage initiatique, en vue de la conversion (métanoïa). En ce sens, Spinoza assimile le Désir à une force « qui naît de la raison » (1861, 237) et qui permet à l’homme de « persévérer dans son être » (1861, 119), pour atteindre l’eudémonisme. Dans ses pérégrinations, le sujet désirant recherche les contrées oniriques, l’exotisme (l’Orient, l’Eldorado…), l’Idéal, voire la transcendance ... Bien plus, la quête de spiritualité donne voix au désir mystique, qui imprègne, par exemple, Le Château intérieur de Sainte Thérèse d’Avila, le Chant d’amour de Hallâj, Les Quatrains d’Omar Khayyâm, Sœur Béatrice de Maurice Maeterlinck.

Aux antipodes de la tradition classique rétive et austère, le siècle des Lumières réhabilite le désir, gage de liberté et d’hédonisme. En littérature, l’esprit libertin s’affirme dans Le Sopha de Crébillon, Margot la Ravaudeuse de Fougeret de Monbron, Les Liaisons dangereuses de Laclos... Le style rocaille ou rococo met en exergue le corps érotisé. Des toiles telles Diane au bain de Watteau, Hercule et Omphale de Boucher ou Le Verrou de Fragonard, prônent la véhémence du désir, la volupté et le voyeurisme. En outre, dans les interstices du fantasme solaire qui nourrit l’imaginaire romantique du voyage en Orient, se lit un fantasme sexuel, se traduisant à travers la figure féminine (sultane, odalisque, danseuse, etc.) et l’espace du harem.

Par ailleurs, l’éros trouve son expression la plus achevée au sein du terreau littéraire et artistique, à l’image du phantasme de Pygmalion. Jean Starobinski explique qu’« il faut déchiffrer dans l’œuvre la nature spécifique d’un désir, d’un pouvoir (d’un génie) qui a cherché à s’atteindre lui-même et à s’attester en donnant naissance à l’œuvre » (1970, 24). Au XXe siècle, les surréalistes font l’apologie de l’érotisme, catalyseur d’une création révolutionnaire : « le désir, seul ressort du monde, seule rigueur que l’homme ait à connaître » (Breton, 1978, 129). Grâce à cette toute-puissance subversive, les artistes développent une esthétique de la beauté convulsive (Breton, 1970, 11), mais également une poétique du heurt et de la transgression, qu’atteste, entre autres, l’image sadique de l’œil crevé du Chien Andalou (1929), court-métrage de Luis Buñuel et Salvador Dali.

Ainsi, le numéro 04 de la revue Méditations Littéraires propose aux contributeurs de sonder les champs du désir. Les axes de recherche suivants sont présentés, à titre indicatif (liste non exhaustive) :

  • Désir(s) dans la littérature et les œuvres d’art (peinture, sculpture, cinéma …)
  • Désir(s) dans les écrits philosophiques
  • Visages de la concupiscence dans les mythes
  • Représentations du désir dans les textes sacrés
  • Psychanalyse et logiques du désir
  • Sociétés, corps et désir(s)

Modalités de soumision et de sélection

Pour ce numéro dont la publication est prévue en juin 2022, les soumissions – en français ou en anglais – devront contenir le titre de l’article, un résumé (Times New Roman ; 12 ; simple) n’excédant pas une demi-page et une brève notice biobibliographique de l’auteur. Elles sont à faire parvenir, au plus tard le 10 avril 2022, en un seul document Word, à l’adresse suivante : contact@meditationslitteraires.com

La rédaction communiquera les résultats de la sélection au plus tard le 15 avril 2022.

Les articles devront être remis avant le 12 juin 2022et seront soumis à une double expertise anonyme (double aveugle) après validation du comité de rédaction.

La date prévue pour la publication de ce numéro (électronique et papier) est la fin juin 2022.

Rédacteur en chef

Khalil BABA (Enseignant-chercheur, HDR, Maroc)

Comité de rédaction

  • Évelyne ACCAD (Professeur émérite, États-Unis d’Amérique)
  • Amel FAKHFAKH (Professeur de l’Enseignement Supérieur, Tunisie)
  • Carole MEDAWAR (Professeur Assistant, Liban)
  • Zsuzsa SIMONFFY (Maître de conférences HDR, Hongrie)
  • Catherine WEBSTER (Professeur de l’Enseignement supérieur, États-Unis d’Amérique)

Subjects

Places

  • Oujda, Kingdom of Morocco

Date(s)

  • Sunday, April 10, 2022

Keywords

  • désir, littérature, philosophie, art, religion

Contact(s)

  • Revue Méditations Littéraires
    courriel : contact [at] meditationslitteraires [dot] com

Information source

  • Khalil Baba
    courriel : prof [dot] khalilbaba [at] gmail [dot] com

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Désir(s) », Call for papers, Calenda, Published on Tuesday, March 15, 2022, https://doi.org/10.58079/18hb

Archive this announcement

  • Google Agenda
  • iCal
Search OpenEdition Search

You will be redirected to OpenEdition Search