HomeMusique et rock psychédélique : lorsque le LSD s’invite dans la création musicale

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Published on Thursday, March 24, 2022

Abstract

Le terme « psychédélique » est un savant mélange entre deux mots d’origine grecque (psychedelos) qui signifierait littéralement « la conscience claire », au sens d’un esprit purifié. Cet esprit « purifié » nous permettrait alors de voir le monde différemment, c’est-à-dire dans toute sa splendeur et toute sa dimension métaphysique — haute réalité qui nous est d’ordinaire occultée. Cependant, vers le milieu des années soixante, le vocable « psychédélique » s’extirpe du champ pharmaceutique pour s’introduire là où personne ne l’attendait : dans le domaine musical. Dans le cadre d’une publication scientifique estimée au premier semestre 2023, nous recherchons un texte portant sur le psychédélique d’un point de vue musical.

Announcement

Appel à contribution pour un ouvrage collectif sur le psychédélisme.

Présentation

Le terme « psychédélique » est un savant mélange entre deux mots d’origine grecque (psychedelos) qui signifierait littéralement « la conscience claire », au sens d’un esprit purifié. Cet esprit « purifié » nous permettrait alors de voir le monde différemment, c’est-à-dire dans toute sa splendeur et toute sa dimension métaphysique — Haute Réalité qui nous est d’ordinaire occultée. Il nous ouvrirait les « portes de la perception » vers un périple aux confins de l’extase au cours duquel les choses apparaîtraient à l’homme telles qu’elles sont, infinies.

Néologisme inventé par le psychiatre Humphry Osmond en 1957 suite à une expérimentation au LSD25, cet adjectif n’avait pour destinée que le milieu médical. Le fameux acide lysergique synthétisé par le chimiste Albert Hofmann était à l’époque commercialisé sous forme de Delysid, un médicament délivré par les laboratoires Sandoz pour pallier entre autres, à certaines addictions, hémorragies et prévenir des migraines grâce à ses bienfaits vasodilatateurs. Utilisé en psychiatrie, on parlait d’ailleurs de thérapies psychédéliques au LSD pour soigner certains traumatismes et maladies psychiques graves.

Cependant, vers le milieu des années soixante, le vocable « psychédélique » s’extirpe du champ pharmaceutique pour s’introduire là où personne ne l’attendait : dans le domaine musical. Dorénavant, le psychédélisme ne désigne plus seulement une substance chimique vouée à guérir le corps et l’âme, mais il s’identifie à un genre de musique qui prendra forme sous un nouveau style : le rock psychédélique (parfois appelé « acid rock »).

De nombreux groupes voient le jour dont on ne saurait citer la liste tant ils sont pléthoriques et surtout éclectiques. Certaines formations déjà connues de la scène artistique délaissent progressivement leurs sonorités folk pour se tourner davantage vers une électrification instillée par les effets sismiques du LSD, effets qui ne seront pas sans répercussions sur leur mode de production, laquelle se verra complètement bouleversé, ainsi remanié à coups d’expérimentations en tout genre, les plus audacieuses les unes des autres.

The 13th Floor Elevators, groupe de garage rock texan, sera le premier à faire référence au psychédélisme en termes de « sonorités » et de musicalité, avec le titre sans équivoque de leur album The Psychedelic Sounds of the 13th Floor Elevators sorti en 1966. En 1967, Country Joe and The Fish sort également un album au titre implicitement dédié aux vertus enivrantes et « curatives » du LSD : Electric Music for the Mind and Body.

Si dans le jargon scientifique : est psychédélique, toute substance qui permettrait de rendre l’esprit purifié (on parle même de « conscience élargie », ou d’état de conscience modifié), alors, au vu de ces dernières considérations : en quoi, et comment un terme propre à l’industrie pharmaceutique a-t-il pu devenir un adjectif désignant un style musical ? Si l’on prend l’appellation mot à mot, le rock psychédélique serait donc le « rock de la conscience claire ». Permet-il d’ouvrir notre psyché pour que l’on atteigne l’extase, auquel cas, le rock remanié à l’acid, deviendrait un substitut de LSD ? Ou Bien, est-il le résultat d’une ouverture de la conscience expérimentée au préalable par la plupart des musiciens des années soixante, leur ayant permis de concevoir leur création musicale sous une autre approche ?

À travers cette étude sur le rock psychédélique ou la musique psychédélique à plus vaste mesure, il pourrait être intéressant de soulever plusieurs axes relatifs à l’identité et à l’essence du « son » psychédélique.

Plusieurs hypothèses seraient à approfondir à travers des analyses musicologiques prenant en compte ces postulats :

- Serait psychédélique, tout style de musique rock dont les paroles des chansons évoquent de manière plus ou moins explicite l’expérience du LSD ou autres substances hallucinogènes.

- Serait psychédélique, tout morceau qui tente de « transposer » c’est-à-dire de recréer dans ses sonorités et sa structure les effets du LSD (ex : surexcitations sensorielles et vibratoires sollicitées par la saturation et les volumes sonores exacerbés, variations de rythmes suggérant le dislocation temporelle de l’expérience psychédélique, absence de linéarité structurelle du morceau imitant l’abrogation de toute logique temporelle du trip, embardée emphatique illustrant la montée puis la phase d’extase, collages sonores, boucles, disruption et césure abrupte... le tout, formant un morceau que l’on pourrait qualifier d’ « hallucinatoire » car aux antipodes des repères habituels pour l’auditeur).

  • Serait psychédélique, tout album, tout morceau de rock, créé sous LSD.
  • Serait psychédélique, tout album, tout morceau de rock créé après avoir pris du LSD - dont l’inspiration majeure provient de l’expérience psychédélique éprouvée par les musiciens (sous influence créatrice générée a posteriori par le LSD).
  • Serait psychédélique, tout morceau de rock qui imite les effets du LSD ET qui fait obligatoirement référence dans les paroles de chansons aux substances psychédéliques et hallucinogènes (ici fond et forme sont en accord).
  • Serait psychédélique, tout morceau procurant l’effet d’un trip de LSD sur la personne qui l’écoute, sans prendre de LSD, c’est-à-dire, un morceau nous faisant partir en trip, nous induisant un état de transe, puis nous faisant atteindre la béatitude. Il s’agirait purement et simplement d’un morceau qui modifierait notre perception (notre état de conscience ordinaire) pour nous faire pénétrer les Paradis Métaphysiques.

On interrogera aussi le revival qu’a connu le rock psychédélique au début des années quatre-vingt, et, plus récemment, depuis les années 2010.

Depuis plusieurs années, nous assistons à une résurgence sans précédent. En matière de musique, le rock et le Stoner renouent avec les sonorités bien « oldschool » qui ont sustenté toute la bande originale d’une époque révolue : fuzz, distos, feedback, overdrive... tous les ingrédients sont de nouveau réunis pour nous replonger tout droit au cœur des Psychedelic Sixties. Les festivals psychédéliques sont de plus en plus nombreux et se voient programmés un peu partout dans le monde. L’un des plus connu reste le Psych Fest à Austin au Texas qui existe depuis 2008 et a été fondé par le groupe The Black Angels.

Toutefois, nous pouvons toujours questionner ce « mimétisme » sonore et sa légitimité en matière d’innovation. Hommage ou réappropriation ? Simple copier-coller ? Succédané sans saveur ou bien réelle révolution musicale en marche ? Est-ce peut-être tout simplement cette envie cyclique de défricher l’héritage de l’âge d’or du rock et le propulser de nouveau dans notre société actuelle ; société dans laquelle nous n’écoutons plus la musique à la manière dont nous respirons l’air et dont nous vibrons de tous nos sens exaltés, mais société dans laquelle on entend, tel un bruit de fond au quotidien, un « produit » calibré dont on ne peut contester l’efficacité commerciale et divertissante (anesthésiante ?). Il s’agirait de mettre en exergue cet engouement notable et d’en comprendre sa nature (davantage socioculturelle que musicale ?) et envisager son éventuelle plus-value en matière de son et de technique. Qu’est-ce qui différencierait le psychédélisme des années soixante ce néo-psychédélisme de l’ère ultra-contemporaine ?

Sous un autre aspect, le versant antagoniste du mouvement mériterait que l’on y prête attention et que l’on y consacre ainsi une étude Malgré les amalgames, l’anti-scène psychédélique n’a jamais été aussi bien illustrée que par le Velvet Underground et son Exploding Plastic Inevitable, sorte de light-show monté par Andy Warhol avec les Superstars de la Factory. Spectacle total, corrosif et « sur-amphétaminé » – ode anti-hippy, EPI et l’univers du Velvet ouvrent une brèche dans laquelle va s’immiscer la scène Glam et Punk new-yorkaise de la décennie suivante. Nous pourrions mettre en évidence l’articulation des divergences intrinsèques de la scène rock de l’Est et de l’Ouest des États-Unis, dont les facteurs géographiques et l’héritage culturel demeurent non dénués de sens quant à l’identité, l’esthétique et la prestation scénique de ces styles sous-jacents au rock.

En matière d’ouverture à d’autres styles, on dit que le rock psychédélique et (surtout l’acid rock) a frayé la voie au Hard Rock (dont le groupe Blue Cheers fait incontestablement figure de proue). Il semble néanmoins tout aussi notable d’interroger le lien avec le rock progressif, le Space Rock et surtout la musique électronique venue tout droit d’Allemagne au début des années soixante-dix que l’on connaît sous le nom de Krautrock : ce rock planant et cosmique mené par des groupes ou artistes emblématiques comme Tangerine Dream, Klaus Schulze, Kraftwerk, Can, Amon Düül, Ash Ra Tempel (dont l’album Seven Up a d’ailleurs été réalisé avec la collaboration de Timothy Leary, l’apôtre du LSD et grand défenseur de la cause hippie).

Dans ce franchissement des frontières américaines, vers d’autres contrées, il serait également concevable d’aborder des groupes psychédéliques plus « exotiques », sans doute moins connus, moins médiatisés, car provenant d’autres territoires plus discrets. Il est vrai qu’outre le pays de l’oncle Sam, l’Angleterre et la France, le rock psychédélique implanté dans d’autres nations semble beaucoup moins mis à l’honneur et il ne serait pas négligeable de ce fait, de le mettre en lumière à travers l’analyse et la présentation de certains groupes aux origines les plus variées.

Thèmes et axes de réflexions

- Les différents revivals de la musique psychédélique depuis la fin du mouvement hippy.

- Le « cas Velvet Underground », ou l’antithèse du psychédélisme hippy.

- Le rock psychédélique au-delà des frontières américaines et britanniques.

- L’héritage du jazz et de John Coltrane dans le rock psychédélique des années soixante.

- L’influence du compositeur Karlheinz Stockhausen chez les musiciens de rock psychédélique des années soixante.

- La scène Glam et Punk new-yorkaise des seventies comme réponse au rock des hippies.

- « East Coast VS West Coast » : enjeux esthétiques et socioculturels de deux scènes rock bien distinctes.

- Rock psychédélique anglais et rock psychédélique américain : analyse et comparaison des marqueurs identitaires respectifs.

- Analyse et approche du San Francisco Sound : quelles spécificités ? Quelle identité ?

- Rock psychédélique et acid rock : similitudes, nuances et distinctions.

- La France et le rock psychédélique.

- Les premiers usages du terme psychédélique en musique et appropriation du LSD dans la composition : expérimentations sonores, significations et impacts.

- Les racines du Garage Rock dans le rock psychédélique des années soixante.

- Caractéristiques du « psychedelic sound » du groupe The 13th Floor Elevators.

- Le « psychédélisme électronique » : l’ère du Krautrock allemand des années soixante-dix.

- Space rock, rock cosmique, rock planant et rock progressif : enfants du rock psyché ?

- Comment « définir » le rock psychédélique ? À partir de quel moment et selon quels critères peut-on affirmer qu’un morceau est psychédélique ?

- Le « Freak Out » comme manifeste représentatif de la musique psychédélique.

- L’usage des drogues dans la création et la conception musicale : nouvelle appréhension de la composition.

Modalités de soumission

Toute proposition de texte portant sur le psychédélique d’un point de vue musical est à envoyer à eleonorewillot@hotmail.fr, avant le 15 avril 2022 dernier délai (en vue d’une réponse fin avril 2022).

La.le candidat.e prendra soin de joindre à sa proposition de texte une brève biographie précisant son statut et son parcours dans la recherche scientifique.

Les propositions seront évaluées en double aveugle.

Le texte définitif sera corrigé et mis en page par les soins de l’auteur selon le cahier des charges prévu à cet effet. Il devra comprendre 40 000 signes maximum et devra être délivré au plus tard en novembre 2022.

La publication scientifique est estimée au premier semestre 2023.

Responsable

Eléonore Willot, docteure en Arts et Esthétique, LIR3S Laboratoire Interdisciplinaire de Recherche « Sociétés, Sensibilités, Soin » UMR7366 CNRS-Ub

Contact : mail : eleonorewillot@hotmail.fr

Comité scientifique

  • Eléonore WILLOT, Docteure en Arts et Esthétique, Chercheure associée au CNRS, LIR3S Laboratoire Interdisciplinaire de Recherche « Sociétés, Sensibilités, Soin » - UMR 7366 CNRS – Université de Bourgogne
  • Philippe Gonin, Maître de Conférences, Responsable du Master Musicologie, Directeur Adjoint des Editions Universitaires de Dijon, Directeur de la collection « musiques » des EUD. Compositeur – Arrangeur, Université de Bourgogne, LIR3S (Laboratoire Interdisciplinaire de Recherches "Sociétés, Sensibilités, Soin) UMR
  • Solveig Serre, Chargée de recherche HDR au CNRS, Professeure chargée de cours à l’École Polytechnique, Co-responsable, avec Luc Robène, du projet de recherche PIND Punk is not dead, une histoire de la scène punk en France (1976-2016)
  • Luc Robène, Historien / Professeur des Universités / Université de Bordeaux, UMR 7172 THALIM Chargé de cours / Sciences-Po Bordeaux / Ecole Polytechnique / Ecole nationale des Chartes

Date(s)

  • Friday, April 15, 2022

Keywords

  • psychédélisme, psychédélique, acid rock, rock, rock'n'roll, musique, LSD, sixties , contre-culture, mouvement hippy, création musicale, drogue

Contact(s)

  • Eléonore WILLOT
    courriel : eleonorewillot [at] hotmail [dot] fr

Information source

  • Eléonore WILLOT
    courriel : eleonorewillot [at] hotmail [dot] fr

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Musique et rock psychédélique : lorsque le LSD s’invite dans la création musicale », Call for papers, Calenda, Published on Thursday, March 24, 2022, https://doi.org/10.58079/18j5

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