AccueilLa santé des populations précaires en temps de covid

AccueilLa santé des populations précaires en temps de covid

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Publié le mercredi 30 mars 2022

Résumé

Cette journée d’étude vise à approfondir les analyses et les réflexions menées sur les inégalités de santé en période de pandémie, en s’intéressant spécifiquement aux populations en situation de précarité en France. Malgré l’amplitude de la définition de la précarité et l’hétérogénéité de son contenu (les profils sociologiques et les personnes qu’on peut considérer comme étant précaires) elle recouvre cette perte ou absence de protections et de droits fondamentaux (au logement, à la santé, à l’éducation, etc.) chez des personnes occupant des positions dominées dans les rapports sociaux de genre, de classe, de nationalité ou de race. Des personnes situées au bas de la hiérarchie sociale, qui cumulent contraintes et limitations de leurs possibles. Ainsi, les analyses prendront en compte le fait que ces différentes situations de vulnérabilité face à la pandémie existaient aussi avant et qu’elles ont été reproduites, refaçonnées, reconstruites.

Annonce

La journée d'étude s'inscrit dans le programme de recherche EGALITES-COVID porté par l'IFERISS et financé par l'ANR (ANR-21-COVR-0007-0).

Argumentaire

La crise du COVID-19 a un impact social et sanitaire en France, s'ajoutant aux effets des crises économiques successives et de la croissance soutenue des inégalités (Delpierre et al. 2021 ; Lambert et Cayouette-Remblière, 2021). Cet impact n'est pas égal pour tou·te·s. Rapidement, les groupes vulnérables ont été désigné selon des critères cliniques et épidémiologiques, avec la mise en exergue de risques individuels liés à l'âge ou à certaines maladies chroniques. Certains de ces critères de risques, comme le diabète, sont inégalement distribuées socialement, le covid renforçant ainsi des inégalités sociales de santé préexistantes. Au-delà de cette inégale vulnérabilité clinique, les données disponibles, qu’elles soient quantitatives ou qualitatives (Bajos et al., 2020 ; Pollak et al. 2021 ; entre autres), montrent l’impact particulier de la pandémie dans des contextes de précarité de vie matérielle, de l'emploi et du logement, en somme de vulnérabilité sociale (Castel, 2003).

Au-delà d’un continuum d’inégalités sociales de santé en forme de gradient, c’est au bas de l’échelle sociale, là où les inégalités sociales se cumulent en matière de conditions de travail, de vie et de santé, que la crise sanitaire est venue creuser les écarts, en surexposant certaines populations au virus (les classes populaires dont les femmes et les personnes racisées qui occupent une grande partie des métiers subalternes) (Mariette et Pitti, 2020 ; Lambert et Cayouette-Remblière, 2021 ; Melchior et al. 2021). De même, les mesures sanitaires mises en place par le gouvernement (quarantaines, confinements, télétravail, couvre-feux, etc.) ont eu des répercussions fortement différentiées, selon les ressources matérielles, économiques et symboliques des personnes (Collectif des ConfInS, 2020). Ces inégalités en matière de santé se traduisent aussi, de manière inégale, sur les corps (Mennesson et al., 2021) et leurs effets en temps de Covid s’avèrent préoccupants lorsque l’on considère les dépistages tardifs, les difficultés d’accès et de recours aux soins pendant la période, autant pour les personnes ayant le Covid que pour celles ayant d’autres pathologies, dont la dégradation de la prise en charge a été démontré (DRESS, 2020). Ainsi, les inégalités de santé en période de pandémie se consignent dans des rapports sociaux de domination qui traversent le champ de la santé et le monde social en général (Gelly et al., 2021). Les écarts qui se creusent entre les groupes sociaux en matière de santé peuvent être appréhender à différentes échelles : dispositionnelle, interactionnelle et institutionnelle (Boltanski, 1971 ; Lahire, 2019 ; Darmon, 2021). Ils donnent à voir les logiques de domination et les mécanismes de discrimination (de genre, de race, de statut administratif et de classe) qui se réactualisent en temps de Covid et qui contribuent aux iniquités dans l’accès aux soins et à la santé (Azria et al. 2020).

Cette journée d’étude vise à approfondir les analyses et les réflexions menées sur les inégalités de santé en période de pandémie, en s’intéressant spécifiquement aux populations en situation de précarité en France. La précarité est ici saisie dans une acception large, allant au-delà de la pauvreté, même si elle l’englobe partiellement (Pierret, 2013). Elle fait référence plus largement à l’affaiblissement des différentes protections (sociales, juridiques, professionnelles, familiales, etc.) qui caractérisent des processus de « désaffiliation » (Castel, 1994). Elle concerne les situations où prévaut la sensation de ne pas avoir la maîtrise de son existence, notamment quand on parle de précarité aigue ou de « grande précarité ». Elle est donc multiforme et fortement liée aux problèmes de santé (Pascal et Lombrail, 2016). Malgré l’amplitude de la définition et l’hétérogénéité de son contenu (les profils sociologiques et les personnes qu’on peut considérer comme étant précaires) elle recouvre cette perte ou absence de protections et de droits fondamentaux (au logement, à la santé, à l’éducation, etc.) chez des personnes occupant des positions dominées dans les rapports sociaux de genre, de classe, de nationalité ou de race. Des personnes situées au bas de la hiérarchie sociale, qui cumulent contraintes et limitations de leurs possibles. Ainsi, les analyses prendront en compte le fait que ces différentes situations de vulnérabilité face à la pandémie existaient aussi avant et qu’elles ont été reproduites, refaçonnées, reconstruites. Il s’agira, dès lors, d’analyser ensemble comment se configurent et se reconfigurent ces inégalités de santé en temps de pandémie en prenant le prisme de la précarité et de l’appartenance à des groupes sociaux dominés.

La journée d’étude sera organisée en deux temps.

La matinée sera consacrée aux présentations d’enquêtes variées portant sur divers groupes précarisés. Elle permettra de mettre en discussion les savoirs concernant les effets sociaux et de santé de la pandémie chez des personnes précaires, leurs modes de gestion de celle-ci, les reproductions et reconfigurations dans le champ sanitaire et dans les pratiques de santé des personnes.

Les communications de l’après-midi s’intéresseront davantage aux dispositifs mis en œuvre auprès de ces populations, qu’ils soient institutionnels ou associatifs. Ces dispositifs ont dû se réadapter au cours de l’urgence sanitaire, les acteurs.rices de terrain ont été contraint.es de réinventer des méthodes d’action et d’organisation, d’agir dans des espaces ou sur domaines nouveaux, d’adapter leurs interventions. Souvent ces adaptations à l’urgence ont soulevé des questionnements et des enjeux axiologiques, suscitant parfois des conflits, qu’il importe de mettre en lumière.

Ainsi, au-delà d’une présentation de recherches scientifiques, nous souhaitons intégrer les professionnel·le·s, intervenant.e.s et militant.e.s, agissant dans ces lieux de la grande précarité, aux discussions et réflexions de cette journée. Lors d’une table ronde, nous échangerons sur les modalités d’intervention, de présence dans ces lieux en temps de pandémie, et nous discuterons des points de jonctions, les divergences et les questions partagées qui peuvent apparaitre entre leurs démarches et la démarche scientifique. En effet, plusieurs enjeux éthiques et politiques apparaissent dès lors que s’impose, tant aux intervenant.e.s de terrain qu’aux chercheur.e.s, une temporalité « de l’urgence » : des questionnements en termes des priorités des besoins, de l’utilité des actions, de la présence sur les lieux, des types de relations engagées, de l’engagement. De même, diverses tactiques collectives, stratégies et expérimentations sont apparues, de part et d’autre, lors de cette période. Nous espérons ainsi que cette journée d’étude permettra un échange enrichissant entre des enquêtes en sciences sociales et des retours sur des expériences ou expérimentations sociales et sanitaires au sein de dispositifs institutionnels, communautaires et associatifs ; cela dans une perspective de construction conjointe de connaissances « utiles » dans le domaine des inégalités sociales de santé.

Inscriptions

La journée d'étude est proposée en présentiel à Toulouse et en visioconférence.

Elle est ouverte sur inscription aux chercheur.euses de toutes disciplines, étudiant·es et professionnel·les intéressé·es par la thématique.

URL du formulaire d’inscription : https://framaforms.org/la-sante-des-populations-precaires-en-temps-de-covid-savoirs-et-pratiques-1646904921

Programme

Matinée

  • Marine Maurin, sociologue, chercheuse à l’ENSEIS, membre du Centre Max Weber (UMR 5283) et du CREMIS, « Des aides qui ne conviennent pas ? Expériences de personnes hébergées à la mise à l'abri hivernale pendant la pandémie ».
  • Meryl Srocynski et Jennifer Yeghicheyan, chercheuses en sciences sociales, CREAI-ORS Occitanie, « Conséquences du Covid-19 chez les Gitans de Perpignan. L'impact des déterminants sociaux de santé avant la culture »
  • Grégory Beltran, Odenore, Alfonsina Faya Robles BIOETHICS-CERPOP, et Sarah Nicaise, LaSSP ; chercheur.euses en sciences sociales, EGALITES-Covid, IFERISS, Université de Toulouse, « Penser les trajectoires de santé précarisées à travers la crise sanitaire : Le cas des personnes migrantes en squat »

Discutante : Christine Mennesson, professeure des universités en sociologie à l’IEP de Toulouse, chercheure au Laboratoire des Sciences Sociales du Politique

Après-midi

  • Gabriel Uribelarrea, sociologue, Chaire PUBLICS des politiques sociales / Odenore, Laboratoire Pacte (UMR 5194), Université Grenoble Alpes, « Des centres d'hébergement au centre de desserrement. Soigner les sans-abri au temps du confinement »
  • Alizé Cavé, doctorante allocataire en sciences politiques, LaSSP / IEP Toulouse, « L'aide alimentaire d'urgence du Secours populaire pendant le confinement : entre accueil inconditionnel et critères de sélection »
  • Lucine Endelstein, Chargée de recherche CNRS, LISST - UMR 5193, Université Toulouse II – Jean Jaurès, « Les recompositions des solidarités alimentaires en temps de crise. Retour sur une enquête dans le monde associatif et sur les initiatives solidaires toulousaines »
  • Grégory Beltran, Odenore, Alfonsina Faya Robles BIOETHICS-CERPOP, et Sarah Nicaise, LaSSP ; chercheur.euses en sciences sociales, EGALITES-Covid, IFERISS, Université de Toulouse, « Intervenir auprès des migrant.e.s de squats en temps de covid : entre urgences et permanences »

Discutante : Nadine Haschar-Noé, MCF, sociologue, membre du CreSCo, du LaSSP, de l’IFERISS, Université de Toulouse.

Lieux

  • Salle Jacques Pous (au fond de la cour) - faculté de médecine 37, allées Jules Guesde
    Toulouse, France (31)

Format de l'événement

Événement hybride sur site et en ligne


Dates

  • jeudi 14 avril 2022

Mots-clés

  • précarité, santé des populations, santé, covid-19, droits fondamentaux, France, vulnérabilité, pandémie

Contacts

  • Grégory Beltran
    courriel : egalitescovid [at] gmail [dot] com
  • Alfonsina Faya-Robles
    courriel : egalitescovid [at] gmail [dot] com
  • Sarah Nicaise
    courriel : egalitescovid [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Charlie Marquis
    courriel : charlie [dot] marquis [at] univ-tlse3 [dot] fr

Licence

CC0-1.0 Cette annonce est mise à disposition selon les termes de la Creative Commons CC0 1.0 Universel.

Pour citer cette annonce

« La santé des populations précaires en temps de covid », Journée d'étude, Calenda, Publié le mercredi 30 mars 2022, https://calenda.org/985383

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