HomeL’ethnographie organisationnelle du monde contemporain : faire, écrire et enseigner

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Published on Friday, April 22, 2022

Abstract

Aujourd’hui, le monde est particulièrement troublé par une série d’évènements qui bouleversent considérablement plusieurs dimensions de la société et de la biodiversité. Pensons seulement aux changements climatiques, à la pandémie de covid-19 ou aux mouvements sociaux. Ces événements modifient notre rapport au monde et dans le cadre de la réflexion que nous voulons initier ici, nous nous demandons comment enquêter et observer cette série d’événements qui bouleversent l’organisation du vivant dans son ensemble. L’appel invite à questionner les pratiques de l’ethnographie organisationnelle pour comprendre si elles correspondent aux processus à l’œuvre, aux changements nécessaires et aux événements imprévisibles.

Announcement

Argumentaire

Nous sommes bien loin d'une conception de l'ethnographie comme méthode anthropologique qui rend compte des pratiques culturelles d'un peuple « primitif » à travers la description de faits observés. Au XXe siècle, les sociologues de l'Ecole de Chicago, pionniers dans la redéfinition de l'ethnographie, s'intéressent au contexte social et culturel contemporain des communautés américaines. Dans les années 1980, les travaux de Van Maanen (l 988), font entrer l'ethnographie dans le champ du management et des études organisationnelles (Neyland, 2008), devenant alors l'étude de ce qu'il se passe quotidiennement dans des milieux « organisés » occidentaux : l'ethnographie organisationnelle naît. L'objectif de ce type d'ethnographie est de peindre les contours de la culture d'un groupe donné (issu de tous milieux et non plus seulement de ceux étrangers et lointains) (Van Maanen, 1988). Cette culture organisationnelle s'analyse à travers les gestes, les paroles et les référents symboliques des individus (e.g. rites, croyances, lois, normes sociales, arts). Le temps et la présence du chercheur sur le terrain deviennent les mesures primordiales pour produire une « bonne » ethnographie (Geertz, 1986) et des thick descriptions (Geertz, 1973), des récits décrivant finement les aspects ordinaires et extraordinaires de la vie dans les organisations (Ybema, Yanow, Wels et Kamsteeg, 2009).

Au cours des dernières décennies, l'ethnographie organisationnelle s'est dépliée en de multiples perspectives pour s'adapter à la diversité des contextes. Ces perspectives se distinguent selon la nature de la recherche, selon la discipline et selon la posture de l'ethnographe sur le terrain (e. g. observation participante vs participation observante [Moeran, 2009], at-home ethnography [Alvesson, 2009J, self ethnography[Eriksson, 2010], auto-ethnographie [Ellis et Bochner, 2003]). Elles ne s'intéressent plus seulement à la production des « voix », mais aussi aux « silences » (Yanow, 20)2), autant au visible qu'à l'invisible, et aux expériences processuelles et affectives (Brummans et Vézy, 2022). Ainsi, l'ethnographie organisationnelle a évolué en un processus réflexif d'enquête qualitative qui observe des microévènements(Van Maanen, 1988 ; Brummans et Vézy, 2022). Des techniques de collecte multiple ont été élaborées avec autant d'expressions pour les identifier : shadowing (Vâsquez, Brummans et Groleau, 2012), shadowing d'objet (Bruni, 2005), ethnographie multisites (Marcus, 1995), ethnographie virtuelle (Hine,2000) ou littéraire (Van De Poel-Knottnerus et Knottnerus, 1994), ethnographie textuelle (Frim, 2018), ethnographie multimodale (voir Dicks, Soyinka et Coffey, 2006), netnographie (Kozinets, 2015), « cocomposition » (Brummans et Vézy, 2022), etc.

Aujourd'hui, le monde est particulièrement troublé par une série d'évènements qui bouleversent considérablement plusieurs dimensions de la société et de la biodiversité. Pensons seulement aux changements climatiques, à la pandémie de covid-19 ou aux mouvements sociaux. Ces événements modifient notre rapport au monde et dans le cadre de la réflexion que nous voulons initier ici, nous nous demandons comment enquêter et observer cette série d'événements qui bouleversent l'organisation du vivant dans son ensemble La question que pose l'appel invite à questionner les pratiques de l'ethnographie organisationnelle pour comprendre si elles correspondent aux processus à l'œuvre, aux changements nécessaires et aux événements imprévisibles

Trois axes sont proposés (mais non limitatifs) :

Axe 1. Faire l'ethnographie

L'ethnographie organisationnelle est une démarche de recherche éclatée. Les méthodes de collectes de données, ses conceptions sur nos modes d'existence et sur la posture de la chercheuse et du chercheur sur des terrains autant « réels » que « virtuels », se multiplient. Ces méthodes sont-elles toujours adéquates pour ethnographier l'organisation de collectifs dans un monde complexe et imprévisible ? Comment rendre compte le plus justement possible des interactions en ligne devenues la norme ? Ces questions ne sont que des pistes de réflexion pour s'interroger sur la manière de faire de l'ethnographie organisationnelle dans des contextes complexes et hybrides qui engagent l'humain, mais aussi une myriade d'êtres à ontologie variable.

Axe 2. Ecrire l'ethnographie

Les défis pour rendre compte des études ethnographiques restent grands et il est légitime de se demander quelles formes d'écriture choisir pour rendre compte des données issues de l'ethnographie ? Les études performatives, partant souvent d'une posture auto-ethnographique -réflexive et critique (Ellis et Bochner,2003) -, ont amené à l'écriture performative (Pollock, 1998, 2007), au documentaire (Pidduck, 2009) ou encore à l'auto-ethnographie performative (Spry, 2011, 2016). Le tournant « affectif » (CIough, 2007 ;Massumi, 1995 ; Stewart, 2007), a fait naître l'ethnographie évocatrice qui consiste à aborder un « contexte d'affection » et de discuter des ressentis corporels et émotionnels (Ashcraft, 2020 ; Clough, 2007 ;Laszczkowski, 2019). Nous sommes intéressées par toutes contributions qui interrogent le processus d'écriture ethnographique. Cet axe peut être l'occasion d'expérimenter des formes d'écriture non conventionnelles comme la poésie, l'essai photographique, le manifeste, etc.

Axe 3. Enseigner l'ethnographie

En tant qu'universitaires, nous sommes confronté-e-s à des enjeux pédagogiques cruciaux. Ces défis s'appliquent aussi aux méthodes utilisées pour transmettre aux futur-e-s chercheuses et chercheurs les principes de la pratique ethnographique. Cet axe s'intéresse à la manière dont il est pertinent d'enseigner l'ethnographie\ un questionnement qui est très rarement abordé pour explorer la manière dont on engage l'apprentissage de ce type de recherche chronophage et qui nécessite du matériel et de l'organisation.

Modalités de candidature

Veuillez soumettre votre résumé de proposition (250 mots maximum) accompagné d’une brève notice bibliographique (10 références maximum) à Larevue@umoncton.ca

d’ici le 15 juin 2022.

Modalités d’évaluation : En double aveugle

Coordination

  • Sophie Del Fa, Université du Québec à Chicoutimi
  • Marie-Claude Plourde, Université du Québec à Montréal

Subjects


Date(s)

  • Wednesday, June 15, 2022

Keywords

  • ethnographie organisationnelle

Contact(s)

  • Marie-Claude Plourde
    courriel : plourde [dot] marie-claude [at] uqac [dot] ca
  • Sophie Del Fa
    courriel : sophie_delfa [at] uqac [dot] ca

Information source

  • Sophie Del Fa
    courriel : sophie_delfa [at] uqac [dot] ca

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« L’ethnographie organisationnelle du monde contemporain : faire, écrire et enseigner », Call for papers, Calenda, Published on Friday, April 22, 2022, https://doi.org/10.58079/18pw

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