HomeEngagements : enjeux méthodologiques, esthétiques et pratiques

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Engagements : enjeux méthodologiques, esthétiques et pratiques

Journées d’études doctorales de l'école doctorale APESA / Institut ACTE

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Published on Friday, April 29, 2022

Abstract

Lors de ces journées doctorales seront questionner l’engagement, dans ses enjeux à la fois méthodologiques, esthétiques et pratiques, à la lumière des travaux de doctorant·e·s en cinéma, esthétique, arts plastiques et histoire de l’art.

Announcement

Présentation

Dans la continuité des journées d’études précédentes, consacrées à l’illustration (2016), à la description (2018), et à l’interprétation (2021), qui ont rassemblé des doctorant·e·s en cinéma, esthétique, arts plastiques et histoire de l’art, les doctorant·e·s de l’École Doctorale APESA (Arts Plastiques, Esthétique et Science de l’Art), souhaitent désormais questionner l’engagement, dans ses enjeux à la fois méthodologiques, esthétiques et pratiques, à la lumière de leurs travaux respectifs.

Lien d'inscription (obligatoire) : https://lite.framacalc.org/rfqr2li1hu-9u13

Argumentaire

Les attaques ministérielles contre l’« islamo-gauchisme » et le « wokisme » qui rongeraient l’Université sont venues réactiver un débat au sein de la recherche – des sciences exactes aux sciences humaines et sociales – sur la participation, l’implication, l’investissement des chercheur·se·s dans leur objet d’étude. Ainsi, Nathalie Heinich dénonce une « confusion des arènes », patente à ses yeux dans ce qu’elle appelle le « militantisme académique1. » Nous sommes convaincu·e·s que ces questions ne doivent pas être posées uniquement dans les médias ou sur les réseaux sociaux, mais que c’est au sein de l’Université, par l’organisation de véritables rencontres scientifiques et non de simulacres de colloques, que ce débat a sa place.

Que les cinéastes ou les artistes puissent être engagé·e·s, c’est-à-dire qu’ils·elles puissent se sentir au monde ou du monde au point de ne pas se contenter de le ressentir et de l’exprimer mais d’y participer, est un fait indiscutable dont nombre de films, d’œuvres plastiques ou de performances sont les preuves flagrantes. Pour les chercheur·se·s qui font de ces œuvres leur objet d’étude, il s’agit, par-delà leur engagement effectif – marxisme, féminisme, décolonialisme, … – de questionner leur propre posture face aux implications politiques, sociales ou encore éthiques de leur sujet de recherche.

Il y a là apparemment un piège dont la polysémie de la notion d’engagement elle-même permet de rendre compte. En effet, en entreprenant un travail de recherche, quel qu’en soit l’objet, on semble s’engager avant tout à faire œuvre scientifique et donc, précisément, à ne pas s’engager… Il semblerait, pour continuer à jouer sur le mot, que lorsqu’elle s’empare d’objets d’étude dits engagés, la recherche universitaire s’engage en terrain miné ou dans un passage fort délicat… Mais l’enjeu au fond n’est pas de se demander si les chercheur·se·s peuvent ou non faire l’apologie ou le procès des engagements des artistes, mais de questionner et d’affronter d’une part les formes que ces engagements prennent et assument, au cinéma et dans les autres arts, et d’autre part les méthodes avec lesquelles les chercheur·se·s sont amené·e·s à les aborder, ainsi que les difficultés, les limites et les pièges qu’ils·elles peuvent être amené·e·s à rencontrer.

Le monde de la recherche universitaire, tout comme celui de l’art, ne saurait prétendre sans illusion ou mauvaise foi être « hors sol », séparé du monde social et de ses enjeux politiques. Comme le rappelle Bruno Latour, s’il n’y a certes « pas de savoir assuré sans se retirer de l’agora, sans en passer par le laboratoire dont on aura fermé soigneusement les portes pour avoir le temps tout simplement de penser », en même temps, il est « impossible d’en rester au laboratoire. À peine entré dans le silence des enceintes, il faut en ressortir pour convaincre d’autres collègues, pour intéresser des financeurs, des industriels, pour enseigner les étudiants, satisfaire l’appétit de connaissance du public2. » Néanmoins, l’engagement ne saurait être seulement celui d’un savoir produit dans des lieux dédiés, situés hors de la cité avant d’être déversé sur cette dernière, mais bien le refus d'une objectivité fantasmée au profit d’une approche des savoirs par les pratiques et par les conditions matérielles de leur production. En art, ces questions que posent les luttes sociales aux œuvres et à leur fabrication imposent aux chercheur·se·s de s’interroger sur le point de vue qu’ils·elles adoptent relativement à leur objet, ou faudrait-il ajouter, à leur(s) sujet(s).

La pratique même de l’écriture des chercheur·se·s peut être liée à la question de l’engagement, comme le fait notamment Jacques Rancière : « Derrière la distinction écriture philosophique /écriture littéraire, il y a […] une opposition plus fondamentale entre deux manières d’utiliser la langue : la rhétorique qui cherche à provoquer la conviction ou le consentement, et la poétique qui cherche à produire une nouvelle manière de sentir. Très souvent, ce qu’on appelle “rigueur philosophique” n’est qu’un agencement rhétorique. Et la rhétorique tend toujours plus ou moins à vaincre un adversaire. Ce que je cherche, pour ma part, c’est à produire un mode de compréhension qui soit justement délivré de toute idée de supériorité acquise, une manière de partager et non de dominer3. »

Enfin, l’enjeu de l’engagement ne se réduit pas à la portée politique d’une œuvre d’art ou même à l’histoire des combats des artistes dans leur relation à la société, mais réside aussi dans une étude de l’œuvre qui en révèle la potentialité perturbatrice, « lézarde les chaînes de la détermination qui condamnent à l’arbitraire du consensus4. » Carlo Ginzburg, dans son enquête génétique de l’expédient formel qui sépare les chapitres V et VI de la troisième partie de L’Éducation sentimentale de Flaubert, identifie la position virulente du romancier français envers la IIIe République5. On peut penser, en cinéma, à la lecture de l’œuvre d’Abel Ferrara par Nicole Brenez, qui y perçoit une dimension critique forte, héritière en quelque sorte de Pasolini et Adorno6, notamment, ou plus récemment à la manière dont Anne E. Duggan renouvelle la vision de certains films de Jacques Demy, au double prisme des études littéraires sur les contes de fées et des queer studies7. Finalement, les récentes disséminations de l’écocritique littéraire vers le cinéma, les arts visuels et plastiques, invitent à renouveler nos outils d’analyse, les chercheur·se·s ne pouvant plus ignorer les modèles représentatifs de la nature déployés dans les œuvres, les techniques et médiums utilisés, et plus généralement, l’impact intellectuel, émotionnel, environnemental de l’art.

Notes

1 Nathalie Heinich, Ce que le militantisme fait à la recherche, Paris, Gallimard, collection « Tracts » (n° 29), mai 2021. 2 Bruno Latour, Cogitamus. Six lettres sur les humanités scientifiques, Paris, Éditions de la Découverte, 2010, p. 163. 3 Jacques Rancière, Les mots et les choses. Dialogue avec Javier Bassas, Paris, La fabrique éditions, 2021, p. 95-96 (nous soulignons).

4 Jean-Marc Lachaud, “Que peut l’art”, in Dominique Berthet, Art et engagement, « Recherches en esthétiques », n°19, p. 25-30.

5 Carlo Ginsburg, “Déchiffrer un espace blanc”, in Rapports de force, Histoire, rhétorique, preuve, Paris, Gallimard, p. 87-100.

6 Nicole Brenez, Abel Ferrara. Le mal mais sans fleurs, Paris, Cahiers du cinéma éditions, 2008.

7 Anne E. Duggan, Enchantements désenchantés. Les contes Queer de Jacques Demy (2013), traduction de Jean-François Cornu, Rennes, PUR, 2015.

Programme

Lundi 9 mai

9h00 - accueil

9h30 - Introduction

Interroger les images contemporaines 

Modération : José Moure

  • 09h45 – Tracer “l’île en anneau” : l’engagement écocritique à travers les films de Haruka Komori, Natsumi Seo et Ryusuke Hamaguchi - Aya Motegi (Cinéma, Université Sorbonne Paris Cité)
  • 10h15 – Le ralenti dans les blockbusters hollywoodiens contemporains au personnage principal féminin : un exemple d’articulation entre approches esthétique et gender - Anaëlle Liégeois-de Paz (Cinéma, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne)

10h45 - Discussion et pause

Modération : Sarah Leperchey

  • 11h30 – Lecture du ballet Casta Diva de Maurice Béjart, au prisme de la controverse autour de l'engagement et des “académo-militants” - Wakako Tanabe (Esthétique, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne)
  • 12h00 – “Ne soyez plus spectateur, devenez agitateur !” : l’art contemporain après Occupy Wall Street, origine zéro ? - Ingrid Luquet Gad (Arts et théorie des médias, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne)

12h30 Discussion 

13h - Déjeuner

Engagements/désengagements : la figure de l’artiste dans le monde, d’hier et d’aujourd’hui

Modération : Massimo Olivero

  • 15h00 – (Dés)engagements : la soustraction comme expression politique dans les premiers films de Vittorio De Seta - Alessandro Cariello (Cinéma, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne)
  • 15h30 – La carrière tardive de Juliette Binoche : vers un certain engagement (féministe, anti-âgiste, social) - Aurélien Gras (Cinéma, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne)
  • 16h00 – La peinture aujourd’hui : un art nécessairement réactionnaire ? - Chloé Persillet (Arts plastiques, Université Paul-Valéry Montpellier 3)

16h30 Discussion et pause

18h00 Apéritif dinatoire à la Grenouille bleue

20h30 Projection de Fragile (2021) de Emma Benestan au Chaplin Saint-Lambert. Séance animée par Salima Tenfiche, doctorante et auteure de Beurettes, un fantasme français (avec Sarah Diffalah, ed Point, 2021)

Mardi 10 mai

09h30 accueil

Défaire les querelles

Modération : Vincent Amiel

  • 10h00 – Autobiographie raisonnée d’une rencontre tardive avec trois critiques et chercheuses en cinéma : Michèle Firk (1937-1968), Geneviève Sellier (1949-) et Ginette Vincendeau (1948-) - Occitane Lacurie (Esthétique, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne)
  • 10h30 – De l’objectivité dans les études décoloniales, entre mise à distance et adhésion aux théories anticolonialistes - Marie Coquille-Chambel (Esthétique, Université Paris 8 Vincennes - Saint-Denis)11h00 Discussion et pause

Modération : Caroline San Martin

  • 11h30 – Surmonter l’approche synoptique : l’engagement dans la recherche à l’épreuve du contexte médiatico-politique - Wladislas Aulner (Cinéma, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne)
  • 12h00 – Engagement collectif : ARQ, études de genre et histoire de l’art - Marion Cazaux (Histoire de l’art, Université de Pau et des pays de l’Adour) et Quentin Petit Dit Duhal (Histoire de l’art, Université Paris-Nanterre)

12h30 Discussion et pause déjeuner 

Du témoin et de l’archive : formes et gestes des cinémas politiques

Modération : Camille Bui

  • 14h30 – Pratiques de l’autocritique : Godard, Marker, le cinéma direct et nous - Federico Lancialonga (Cinéma, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne)
  • 15h00 – Le cinéma d'archive comme engagement historique : de la biopolitique vers l'éclair photogénique dans le film 48 - Nicholas Andueza (Histoire, Université Fédérale de Rio de Janeiro - Université Paris 1 Panthéon Sorbonne)
  • 15h30 – Engagements pour l’Histoire, cinémas d’engagement : entre Rithy Panh et Wang Bing, quelle place pour le chercheur ? - Alexandra Szuyska (Cinéma, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne)

16h00 Discussion et pause

16h45 Conclusion – Hélène Fleckinger (MCF, Université Paris 8 Vincennes - Saint-Denis)

18h00 - Fin des journées

Comité scientifique et d’organisation

  • Wladislas Aulner,
  • Catarina Bassotti,
  • Camille Bui,
  • Alessandro Cariello,
  • Clément Dumas,
  • Barbara Fougère,
  • Cécile Gornet,
  • Aurélien Gras,
  • Hayk Paul Hambartsum,
  • Occitane Lacurie,
  • Federico Lancialonga,
  • Sarah Leperchey,
  • Anaëlle Liégeois-de Paz,
  • Massimo Olivero,
  • Caroline San Martin,
  • Joy Séror.

Places

  • salle 440 - Centre Saint-Charles 47, rue des bergers
    Paris, France (75015)

Event attendance modalities

Full on-site event


Date(s)

  • Monday, May 09, 2022
  • Tuesday, May 10, 2022

Keywords

  • Tthèse, esthétique, représentation, politique

Contact(s)

  • Clément Dumas
    courriel : clement [dot] dumas [at] ens-lyon [dot] fr

Information source

  • Clément Dumas
    courriel : clement [dot] dumas [at] ens-lyon [dot] fr

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Engagements : enjeux méthodologiques, esthétiques et pratiques », Study days, Calenda, Published on Friday, April 29, 2022, https://doi.org/10.58079/18tx

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