HomePerspectives comparées sur l’emploi et les services de « care » à domicile en temps de pandémie

HomePerspectives comparées sur l’emploi et les services de « care » à domicile en temps de pandémie

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Published on Wednesday, May 04, 2022 by Céline Guilleux

Summary

Ce numéro thématique de la Revue des politiques sociales et familiales a pour ambition de comparer, dans des segments du care à domicile, dans des contextes institutionnels nationaux, territoriaux et sociaux différents, la façon dont la crise a impacté les travailleuses du care partageant le fait d’avoir comme lieu de travail le domicile. Le regard comparatif est essentiel pour étudier les variables en jeu, comme par exemple les effets des régulations nationales et locales. Il l’est également pour analyser les congruences dans les situations qu’affrontent travailleuses et employeurs ou bénéficiaires, ou les similarités des revendications, des répertoires d’action dans différents pays. La variété des expériences des relations d’emploi du careà domicile en période pandémique dans les pays du Nord, du Sud ainsi qu’à l’intérieur des différents continents et pays pourra également être considérée.

Announcement

Coordination 

  • Virginie Guiraudon (CNRS / CEE- Sciences Po Paris),
  • Clémence Ledoux (FRIAS- Université de Freiburg/ DCS),
  • Lorena Poblete (Europa-Universität Viadrina Frankfurt (Oder) / CONICET)

Présentation du numéro thématique

Inédite et inattendue, la pandémie de Covid-19 a conduit les gouvernements du monde entier à prendre des mesures radicales aux conséquences massives (Béland et al., 2021 ; Bergeron et al., 2020). Alors que les pays du Nord ont mis en place des dispositifs de salaire de remplacement pour les employées en arrêt de travail et ont pu compter sur des systèmes de santé structurés, les pays du Sud ont plus rarement adopté de telles politiques et ont dû davantage s’appuyer sur des politiques de distanciation sociale afin de freiner la diffusion du virus (ibid). Si beaucoup de politiques publiques ont pu être décidées par les gouvernements et les administrations centrales, d’autres organisations, à différents niveaux (partenaires sociaux, collectivités territoriales, ONG, organisations prestataires, etc.), les employeurs de même que les travailleurs, les ont mises en œuvre. À l’échelle individuelle, les politiques de lutte contre la pandémie ont souvent conduit à un repli dans les foyers, mais de façon différenciée selon les catégories sociales et les territoires concernés (Craig, 2020 ; Ramos, Martin et Bonvalet, 2021 ; Barbier et al., 2021).

Au sein d’un même pays, les dispositions prises n’ont pas touché de la même façon les différents groupes sociaux et les secteurs d’activité. L’augmentation du nombre de malades a parfois permis de prendre conscience collectivement de l’importance des activités de care, celui-ci étant défini ici comme une  « activité générique qui comprend tout ce que nous faisons pour maintenir, perpétrer et réparer notre‘monde’, de sorte que nous puissions y vivre aussi bien que possible » (Tronto, 2009, p. 143). Diverses enquêtes en sciences sociales ont en particulier souligné la transformation des activités de soin à autrui induites par la crise sanitaire, et le rôle des celles et ceux ayant permis de maintenir la vie pendant cette période particulière (Bahn, Cohen, et van der Meulen, 2020 ; Rubery et Tavora, 2020).

Si les personnels de santé ont été applaudis dans nombre de pays, dans certains cas, les travailleurs du careont également fait l’objet de l’attention du public, des médias voire même des gouvernements. Cependant, les segments des métiers du caren’ont pas été systématiquement considérés et traités de la même façon. Ces travailleurs sont en très grande majorité des femmes, travailleuses pauvres (Avril et Cartier, 2014 ; Devetter, Dussuet et Puissant, 2017; Pulignano, 2019)[1]. Parmi elles, les femmes issues de l’immigration ou racisées sont surreprésentées, en particulier dans les grandes métropoles (Kofman et al., 2005 ; Parreñas, 2001 ; Falquet et al., 2010 ; Lutz, 2011 ; Marchetti, 2014 ; Avril, 2014). Leurs conditions de vie, de travail et d’emploi sont très différentes selon leur propre situation familiale, le cadre d’activité -en institution ou à domicile-, selon les bassins d’emploi et les pays concernés  (Avril, 2014 ; Van Hooren, Apitzsch et Ledoux, 2019). Au domicile, les statuts diffèrent : emploi déclaré ou non déclaré ; emploi de gré à gré, par un prestataire ou auto-entreprenariat ; prestataires publics, associatifs ou commerciaux ; live-in work (habitat chez la personne aidée) ou travail ponctuel (Ramos et Belen Munoz, 2020). Ces différents statuts peuvent également donner lieu à des formes de ségrégation selon les caractéristiques sociales et les capacités à se mobiliser des travailleuses et de leurs employeurs ou bénéficiaires, variables d’un segment professionnel à l’autre (Hooren, 2021 ; Apitzsch et Shire, 2021).

Avec l’arrivée de la Covid 19, les questions que se sont posés les divers actrices et acteurs concernés ont parfois été les mêmes :comment assurer la protection de la santé des travailleuses du careet des personnes dont elles s’occupent ?  Certaines tâches nécessitent une forte proximité physique. Les lieux de travail à domicile sont multiples et obligent souvent ces travailleuses à utiliser les transports en commun, y compris pour effectuer le ravitaillement. Comment assurer le maintien du niveau de vie des travailleuses face au risque d’une activité diminuée ? Comment désigner et reconnaitre le travail réalisé dans cette période particulière ? La crise a elle-même été ponctuée par des séquences parfois superposées, à l’existence et la temporalité propres, variables selon les contextes : la séquence de la pénurie des masques et des matériels de protection, celles des confinements, celles des vagues de vaccination, celles de hausse des absences avec les mesures d’arrêt du travail des cas contacts, ou encore celles des débats autour des primes et ou des revalorisations salariales, etc. Dans quelle mesure la pandémie a-t-elle été le révélateur de dysfonctionnements bien plus anciens ? A-t-elle introduit des changements à plus long terme ? Certains articles pourront ainsi remettre la crise pandémique dans une perspective de moyen ou long terme, en montrant le changement introduit ou non par ce nouveau contexte et pourquoi.

À domicile, les acteurs publics contrôlent beaucoup moins facilement les conditions de travail et d’emploi et les travailleuses peuvent être beaucoup plus vulnérables face aux décisions de leur employeur (Blackett, 2019). Par ailleurs, l’emploi informel est bien plus développé à domicile qu’en institution, même si des différences existent selon les pays. Dans le premier cas, les outils de contrôle de la relation de travail et du droit, a fortiorides normes et des consignes spécifiques en temps de crise sont rares voire inexistants. Les contraintes légales n’ont pas été les mêmes dans les établissements et les domiciles : les interdictions de visite des familles dans nombre d’établissements pour personnes âgées en Europe en 2020, l’obligation vaccinale en 2021, n’ont par exemple pas ou peu été transposées dans le cadre du domicile, surtout dans des relations de gré à gré, où la négociation des règles sanitaires a été laissée au couple asymétrique employeur-employée.

Au vu de ces éléments, ce numéro thématique a pour ambition de comparer, dans des segments du careà domicile, dans des contextes institutionnels nationaux, territoriaux et sociaux différents, la façon dont la crise a impacté les travailleuses du care partageant le fait d’avoir comme lieu de travail le domicile. Le regard comparatif est essentiel pour étudier les variables en jeu, comme par exemple les effets des régulations nationales et locales. Il l’est également pour analyser les congruences dans les situations qu’affrontent travailleuses et employeurs ou bénéficiaires, ou les similarités des revendications, des répertoires d’action dans différents pays. La variété des expériences des relations d’emploi du careà domicile en période pandémique dans les pays du Nord, du Sud ainsi qu’à l’intérieur des différents continents et pays pourra également être considérée.

Le numéro thématique vise donc à rassembler des articles concernant des personnes engagées dans une relation d’emploi ou de services à domicile, payée, déclarée ou non, pour prendre soin des autres et en particulier de personnes considérées comme vulnérables (enfants, personnes âgées, personnes en situation de handicap, etc.) à leur propre domicile (assistantes maternelles, accueillants familiaux) ou à celui des personnes aidées (aides à domicile, aides ménagères, gardes d’enfants à domicile) en période pandémique. L’enjeu étant de rassembler des contributions relevant de contextes différents, nous espérons qu’il pourra donner lieu à des comparaisons, notamment internationales, autour d’une unité de lieu et d’activité : le domicile et les activités de services ou d’emploi de care. Les textes n’auront pas vocation à être eux-mêmes systématiquement tous comparatifs mais leur regroupement pourra éveiller le regard comparativiste. Comment rendre compte des différences dans les réponses apportées aux incertitudes liées aux relations de travail et d’emploi de careà domicile selon les pays, les territoires, les segments professionnels concernés, les caractéristiques sociales des protagonistes ? Comment se sont articulés facteurs institutionnels et dynamiques sociales ? Pour répondre à ces questions, différentes approches (anthropologie, sociologie, science politique, économie, droit) et différents niveaux d’analyse (macro, méso, micro), au niveau des institutions, des organisations, ou encore des relations interpersonnelles sont possibles. Plus précisément, nous proposons trois axes de réflexion complémentaires et non exclusifs.

Axe 1. Rétribution et reconnaissance du travail des care workers à domicile

La crise de la Covid-19 a posé une diversité de questions relatives à la rétribution et à la reconnaissance (Honneth, 2000) des travailleuses du careà domicile.

En premier lieu, dans certaines configurations, la crise sanitaire a conduit les travailleuses du careà domicile à augmenter leur temps de travail. Dans d’autres configurations, au contraire, elle les a menées à réduire ce temps ou même à cesser leur activité professionnelle, parce qu’elles étaient malades, qu’elles craignaient la contamination virale, parce qu’elles étaient dans l’impossibilité de se rendre chez la personne aidée ou parce que les personnes aidées ne souhaitaient pas poursuivre ou/et que leur famille désirait reprendre en charge les tâches de care. Dans ces cas d’interruption d’activité, les travailleuses du careà domicile ont-elles reçu des revenus et, si oui, lesquels et comment ? Il s’agira ici d’étudier la façon dont les différents segments du travail de careà domicile ont pu être ou non reconnus comme éligibles à une couverture face ce risque particulier de perte de revenus, comment ces dispositifs ont-ils été adoptés et mis en œuvre ? En l’absence de salaire de remplacement, comment ces travailleuses ont-elles fait face à leurs besoins ? Inversement, alors qu’elles sont souvent considérées comme disponibles pour autrui (Weber, Trabut et Billaud, 2014), dans le cas où l’intensité de travail a augmenté, comment les décisions ont-elles été prises ? Ont-elles été davantage rétribuées ? Si oui, sous quelle forme ? Il conviendra ici de s’interroger sur les formes de mesures du travail, de sa reconnaissance et de sa rétribution dans la période exceptionnelle de crise pandémique.

En deuxième lieu, avant la crise, nombre de travaux de sciences sociales ont insisté sur le caractère invisible et dévalorisé du travail de care(Paperman et Laugier, 2006 ; Tronto, 2009), faisant appel aux compétences féminisées (Daly et Rake, 2003 ; Dussuet, 2005 ; Avril, 2014) de travailleuses n’ayant pas forcément les ressources nécessaires pour décrire et obtenir une valorisation de leurs compétences(Hayes, 2017). Durant la crise, certaines d’entre elles ont été considérées comme des travailleuses de première ou de second ligne, objets d’une héroïsation, soulignant parfois les caractéristiques féminisées de leur travail, sans que cela ne conduise systématiquement à reconnaitre la nécessité d’une meilleure rémunération (Rubery et Tavora, 2020 ; Cullen, 2021).

Pourtant, dans plusieurs pays, les revalorisations prévues pour les personnels de santé ont aussi été étendues aux travailleuses du care, y compris à domicile, avec la mise en place de « primes » ou « bonus Corona » (en France, en Allemagne, Royaume-Uni, Belgique, etc.). Des primes spécifiques ont ainsi aussi pu concerner les travailleuses ducareà domicile. La forme de leurs contrats a parfois été révisée ou des revalorisations salariales adoptées.  Comment ces dispositifs ont-ils été débattus ? Quels acteurs se sont mobilisés autour de ces enjeux et comment ? Comment expliquer le succès ou l’échec de leurs mobilisations ? Qui finance les revalorisations ? À qui profitent-elles plus précisément ? Dans quelle mesure les contextes institutionnels, les configurations politiques ou sociales ont-ils pu influencer ces changements ?

Ces différentes formes de revalorisation, parfois dans la continuité de formes institutionnelles préexistantes (Van Hooren, 2018), ont pu s’avérer excluantes pour certaines catégories de travailleuses du careécartées des dispositifs de prime ou de revalorisation salariale. Comment expliquer ce phénomène ? Quels principes ont-ils été utilisés pour attribuer ces primes ou revalorisations salariales et quels effets ont-elles pu avoir ? Les auteurs pourront s’interroger sur le caractère inclusif ou non des dispositifs mis en place, dans les textes réglementaires et dans leur application, sur les mécanismes sociaux et politiques de ces formes d’exclusion (ibid.). En scrutant la mise en œuvre de ces changements, les autrices et auteurs pourront également se demander s’ils n’ont pas été sources de nouvelles formes de conflictualité.

Axe 2. Une relation d’emploi en contexte intime dans la pandémie

La pandémie de Covid-19, avec ses restrictions de circulation et les diverses mesures adoptées pour contenir la contagion, se présente comme un scénario critique dans lequel les tensions inhérentes à cette relation d’emploi deviennent plus problématiques. Comme la relation de careà domicile est en grande partie régulée par les employeurs (Blackett, 2019), la manière d’adapter la réalisation de cette activité pendant cette crise sanitaire a certainement été fortement liée aux besoins de ces derniers (Acciari, del Carmen Britez et del Carmen Morales Pérez, 2021; Pereyra et al., 2022). Dans l’intimité du foyer, la « loi étatique » est rarement présente, parce que les États n’ont pas les ressources légales ou institutionnelles pour gouverner cette relation de travail et/ou parce que cette loi est méconnue ou délibérément ignorée par les parties. Cette crise a-t-elle eu des effets sur ces modalités spécifiques d’organisation de la relation d’emploi et de travail de careà domicile ? Comment a-t-elle amené à transformer le contenu du travail, et notamment la répartition entre travail physique et émotionnel (Avril, 2014) ?

Les contributions pourront se pencher sur lesfacteurs de cette reconfiguration : les modalités dans lesquelles cette relation de travail se développe (à temps plein, à temps partiel, ou en habitant chez l’employeur), l’origine des travailleuses (issues de régions rurales du même pays, de pays limitrophes ou de pays lointains) constituent des facteurs cruciaux au moment de redéfinir les nouveaux modes d’organisation des services de care à domicile (ILO, 2021). Par ailleurs, la réorganisation des relations de careà domicile en période de Covid peut également dépendre des modalités de réaménagement du care en institution ou du travail des employeurs et/ou bénéficiaires du care. La fermeture des écoles, d’une part, et d’autre part, les réaménagements dans les maisons de retraite ou les établissements d’accueil de personnes en situation de handicap, ainsi que le télétravail ont été à l’origine de nouvelles formes de relations d’emploi ou de services de care à domicile, mises en place de manière temporaire au début de la pandémie en mars 2020, mais parfois devenues permanentes au cours de 2021, avec des différences selon les pays, les territoires et les catégories sociales concernées (ILO, 2020).

Dans ce contexte, cet axe s’interroge sur les changements dans la relation de travail suivant trois registres de questionnement :

  1. D’abord, les politiques publiques ont-elles contribué au réaménagement des relations de travail et d’emploi de careà domicile ? Est-ce que la mise en place de financements publics à destination des travailleuses et/ou des employeurs a modifié le rapport au travail ? Quelles ont été les effets de ces politiques sur l’expérience des travailleuses et de leurs employeurs et/ou des bénéficiaires du care? Comment les protocoles sanitaires nationaux et locaux (port du masque, vaccins, etc.) ont-ils été instaurés ? Qui a eu en charge la responsabilité des protocoles sanitaires ? Comment les enjeux de protection de la santé des unes et des autres ont-ils été négociés, compte tenu des doctrines et des politiques publiques sanitaires en vigueur mais aussi des configurations sociales et familiales des uns et des autres ?
  2. Ensuite, concernant le rapport entre le care en institutionet le care à domicile : l’incapacité des institutions à prendre en charge le care des enfants et des personnes âgées ou en situation de handicap a-t-elle modifié la structure du careprofessionnel à domicile ? Les politiques publiques adressées aux institutions de careont-elles eu un effet (direct ou indirect) sur la manière dont les foyers gèrent les services ou l’emploi de careà domicile ?
  3. Enfin, les travailleuses disposaient-elles de ressources pour négocier leurs nouvelles conditions de travail et celles-ci ont-elles changé avec la crise ? Y a-t-il eu des conflits résultant des nouveaux arrangements des relations d’emploi et de travail, et, si oui, comment ont-ils transformé les relations entre travailleuses et bénéficiaires et comment ont-ils été réglés ?

Axe 3. Mobilisations et revendications

Dès le début de la pandémie et les premiers confinements, les assistantes maternelles, Tagesmütter, gardes d’enfants, home care workers, auxiliaires de vie, aides à domicile, Pflegehilfen, badanti, cuidadoras,alfahulp, femmes de ménage,trabajadoras del hogaret autres travailleuses du care à domicile ont dû faire face à de multiples défis et questionnements évoqués précédemment. Cet axe s’interrogera sur la façon dont les acteurs organisés du secteur ont su se mobiliser, répondre aux besoins, relayer leurs revendications, et/ou si des modes alternatifs comme des collectifs, groupes d’entraide ou encore manifestations ont émergé pendant la période. Les acteurs intermédiaires dans ce secteur sont souvent nombreux, reflétant l’histoire du développement du secteur et sa complexité (secteur privé, public ou associatif, gré à gré) : organisations patronales (Ledoux, Guiraudon et Encinas de Munagorri, 2021), syndicats, associations familiales, associations d’entraide pour les employées étrangères notamment (Ally, 2005). Tout en faisant l’hypothèse que le rôle des acteurs organisés a varié selon les contextes étudiés, un certain nombre de questions se posent :

  • Quels types de rôle les organisations ont-elles joué (aide et conseils à leurs publics -employées ou familles, lobbying auprès des autorités pour obtenir du matériel ou des compensations financières, traduction et diffusion des normes, actions en justice pour obtenir plus de droits) ?
  • Les acteurs ont-ils agi de façon concertée ? Quels types d’alliance ont-elles émergé ? Quelles tensions ou clivages sont-ils apparus ?
  • Quelles revendications ont-elles été portées auprès des pouvoirs publics, avec succès ou non ?
  • Y-a-t-il eu des mouvements spontanés hors des acteurs organisés ?

À moyen terme, nous pouvons également nous demander :

  • Si la pandémie et la reconnaissance du rôle de ces « premières lignes » ont changé le rapport de force entre employées, employeurs, organisations et pouvoirs publics de façon durable.
  • Si l’on observe, après la crise, un changement de mode de fonctionnement, des priorités ou stratégies des organisations impliquées dans le travail de careà domicile, une continuité ou un retour au statu quo.

Une situation de crise peut permettre de tester la capacité des acteurs collectifs à défendre de façon efficace les intérêts de ceux qu’ils représentent. Encore faut-il identifier les enjeux. Les organisations ont pu subir des décisions verticales des pouvoirs publics, être déconsidérées par rapport au careinstitutionnel sur l’accès aux protections, aux compensations financières et autres mesures. Quant aux employées, elles étaient déjà parmi les plus précaires avant la pandémie. Celles qui ont été les plus exposées au virus dans les transports ou en allant dans plusieurs domiciles se sont retrouvées dans des situations compliquées vis-à-vis de leurs propres familles ou des familles aidées. La question de l’accès aux soins comme de leur survie financière ou de leur retour dans leur propre famille s’est parfois posée pour celles qui étaient étrangères voire sans papiers ou non déclarées. Dans de nombreux pays, les travailleuses du carese sont auto-organisées en dehors des syndicats, en utilisant parfois des groupes WhatsApp en Argentine, Facebook en France et Lin au Japon pour revendiquer des droits. S’agit-il là d’une version virtuelle adaptée aux confinements des groupes de travailleuses du carequi avaient par exemple l’habitude de se retrouver en nombre leur jour de congé pour créer du collectif dans certains pays comme Hong Kong ?

Il serait important d’analyser si les employées ont pu s’organiser pendant la pandémie, où les enjeux étaient vitaux ainsi que dans l’après-crise, où la question des conditions de travail, de la rémunération et de la reconnaissance reste entière. Pour reprendre le triptyque d’A. Hirschman (1970), quelle voie d’expression les mécontentements et revendications ont-ils trouvé, entre « l’exit »- quitter le secteur -, la « loyauté » - renvoyant à l’attachement que l’on a pour les personnes dont on prend soin - et la « voice », avec l’expression publique ?

Ce numéro thématique regroupera des articles scientifiques, des articles de synthèse, d’études et de méthodes et des comptes rendus d’ouvrage et de colloques permettant d’éclairer ces questions sous différents angles. Des articles fondés sur des enquêtes empiriques réalisées en France ou dans d’autres pays, employant des méthodes quantitatives et/ou qualitatives sont attendus.

Processus éditorial

Les auteurs et autrices enverront un résumé (200 mots env.) et ses mots-clés en indiquant la rubrique pour lesquels l’article est proposé, ainsi qu’une brève note biographique

d’ici le 5 juillet 2022.

Si la proposition de résumé est acceptée, l’article est à envoyer pour le 1erfévrier 2023 au plus tard pour être expertisé (double évaluation) et discuté en Comité de rédaction.

Il n’y a donc pas de garantie de publication de l’article avant validation par les experts scientifiques et acceptation de l’article en Comité de rédaction au premier semestre 2023.

Les consignes aux auteurs et autrices de la revue (en français et en anglais), à respecter pour tous les articles soumis, sont sur le site de la revue.

Calendrier

  • 5 juillet 2022: date limite d’envoi des propositions de résumés

  • 1er février 2023 : envoi des V0 des articles aux coordinatrices, suivis d’échanges avec les auteurs et autrices
  • 1eravril 2023 : soumission des articles à la rédactrice en chef et envoi en expertise
  • Mai 2023 : Comité de rédaction
  • 10 juillet 2023 : soumission des V2
  • Juillet 2023 - Février 2024 : retours sur les articles, secrétariat de rédaction et maquettage
  • Mars 2024 : Parution du numéro

Rédactrice en chef

Anne Unterreiner (rpsf@cnaf.fr)

Membres du comité de rédaction

  • Valérie Becquet,
  • Catherine Bonvalet,
  • Christophe Capuano,
  • Coline Cardi,
  • Benoît Céroux,
  • Guillaume Chapelle,
  • Charlène Charles,
  • Anne-Claire Collier,
  • Jérôme Courduriès,
  • Marta Dominguez-Folgueras,
  • Cécile  Ensellem,
  • Emanuele Ferragina,
  • Bertrand Geay,
  • Virginie Gimbert,
  • Olivier Guillot,
  • Clémence Helfter,
  • Céline Jung Loriente,
  • Julie Landour,
  • Marie-Clémence Le Pape,
  • Clémence Ledoux,
  • Vincent Lignon,
  • Claire Magord,
  • Claude Martin,
  • Jérôme Minonzio,
  • Jeanne Moeneclaey,
  • Nadia Okbani,
  • Jean-Luc Outin,
  • Pierre Périer,
  • Ana Perrin-Heredia,
  • Jessica Pothet,
  • Elsa Ramos,
  • Arnaud Régnier-Loilier,
  • Svetlana Russkikh,
  • Anne Verjus,
  • Anne-Sophie Vozar

Références bibliographiques

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Note

[1]Pour cette raison, la suite de cet appel les désignera au féminin


Date(s)

  • Tuesday, July 05, 2022

Attached files

Keywords

  • covid, care, emploi, travail, domicile

Contact(s)

  • Lorena Poblete
    courriel : lorena [dot] poblete [at] conicet [dot] gov [dot] ar
  • Virginie Guiraudon
    courriel : virginie [dot] guiraudon [at] sciencespo [dot] fr
  • Clémence Ledoux
    courriel : clemence [dot] ledoux [at] univ-nantes [dot] fr

Information source

  • Lorena Poblete
    courriel : lorena [dot] poblete [at] conicet [dot] gov [dot] ar

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« Perspectives comparées sur l’emploi et les services de « care » à domicile en temps de pandémie », Call for papers, Calenda, Published on Wednesday, May 04, 2022, https://calenda.org/992758

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