HomeL’État du Cameroun face au nouveau paradigme de la sécurité

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L’État du Cameroun face au nouveau paradigme de la sécurité

Une analyse des politiques publiques de sécurité humaine

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Published on Monday, May 02, 2022

Abstract

La sécurité humaine prévaut depuis le début des années 1990 et met en cause les paradigmes sécuritaires réalistes établis. Son origine remonte à une série de contestations, car dans leur entreprise de définition, de redéfinition, de contestation et d’affinement des termes du concept de sécurité, les sécuritaires critiques souhaitaient accoucher d’un paradigme qui aille au-delà d’une pensée sur la sécurité qui, à leurs yeux, a trop longtemps été dominée par le millénaire de Westphalie ou la primauté des États-nations. L’objectif de la présente recherche est d’étudier le comportement de l’État du Cameroun face au nouveau paradigme sécuritaire, au travers de l’analyse des politiques publiques mises en œuvre pour promouvoir la sécurité humaine.

Announcement

Argumentaire

La sécurité humaine ou le dépassement du stato-centrisme sécuritaire

Les questions de sécurité ont été dominées pendant tout le XXe siècle par la pensée réaliste selon laquelle la sécurité consistait en « l’organisation de la défense de l’État, compris comme entité administrative, territoriale, symbolique et humaine (un espace, une législation, une identité historique et des hommes), contre les visées prédatrices d’autres États » (Gros et al., 2008 : 5). Cette conception de la sécurité était tributaire de la vision selon laquelle les États étaient dans « un état de guerre définitif, structuré par une politique de menaces graduelles, d’alliances provisoires et de calcul froid d’intérêts » (Gros et al., 2008 : 5). Mais, après la Guerre froide, plusieurs théoriciens (Krause et William, 1997 ; Krause, 2001) vont juger nécessaire de revoir ce concept en transcendant les frontières sécuritaires qui étaient délimitées par les domaines militaire et stratégique (Rioux, 2001 ; Axworthy, 1999 ; Alègre et Mathieu, 2009 : 2).

Cette pensée critique va complètement bouleverser la nature de la sécurité et donner naissance au concept de sécurité humaine, qui s’imposera comme un « principe directeur des relations internationales » (Heinbecker, 2000 : 15-16). Richard Ullman proposait dans ce sens d’aller au-delà de la sécurité nationale et des menaces militaires pour déboucher sur une redéfinition de la sécurité qui l’élargisse à de nouvelles menaces plus dangereuses et plus nocives (Ullman, 1983 : 134-135). Dans le même ordre d’idées, au sein de l’école de Copenhague, Barry Buzan, Ole Waever et Jaap de Wilde estimaient qu’avec le changement survenu dans le système international, la nature des conflits a aussi changé et engendre de nouvelle menaces, telles que la pauvreté, la famine, la détérioration de l’environnement, les mouvements des populations, les conflits intra-étatiques, etc. (Buzan, Waever et De Wilde, 1998). Ainsi, les individus peuvent être confrontés à diverses menaces même à l’intérieur de l’État, car celui-ci est souvent incapable de respecter les droits fondamentaux de la personne ou d’assurer les ressources alimentaires de base, les soins de santé adéquats ou la liberté individuelle (Viau, 2000 : 68-69).

Contrairement aux sécuritaires classiques qui estiment que l’État demeure l’objet et l’acteur incontournable de la sécurité, les auteurs critiques portent ainsi leur attention sur l’émancipation des personnes et sur la sécurité sociétale, et voient l’État comme une source potentielle de menaces (David, 2013 : 40 et 42). Ce courant critique fera désormais de l’être humain, plutôt que l’État ou même la société, le référent ultime de la sécurité et redéfinira la sécurité comme « émancipation », c’est-à-dire absence de menaces. D’où la nécessité de placer l’être humain au centre de la sécurité, de faire de lui la fin de la sécurité et non l’État (Booth, 1991 : 319-320). Ainsi, l'école de Copenhague a proposé un élargissement du concept de sécurité à plusieurs secteurs, car la sécurité militaire n’est qu’une dimension parmi d’autres. Cette école procède ainsi à une sectorialisation de la sécurité qui a abouti à parler de la sécurité politique (stabilité institutionnelle des États, leurs systèmes de gouvernement et la légitimité de leurs idéologies), de la sécurité économique (accès aux ressources, marchés et finances nécessaires pour maintenir de façon durable des niveaux acceptables de bien-être et de pouvoir étatique), de la sécurité environnementale (sauvegarde de la biosphère locale et planétaire comme support en dernier ressort de toute activité humaine) et de la sécurité sociétale (permanence à l'intérieur de conditions acceptables d'évolution, des schémas traditionnels de langage et de culture ainsi que de l'identité et des pratiques nationales et religieuses) (Battistella, 2012 : 542). Barry Buzan précise que ces différents secteurs ne peuvent opérer de manière isolée, car chacun exprime un point précis avec la problématique de la sécurité et tous sont intimement liés (Buzan, 1991 : 433).

Le Programme des Nations Unies pour le développement humain (PNUD) entreprendra, à la suite de l’école critique, la conceptualisation de la sécurité dans son Rapport mondial sur le développement humain (1994). Il affirmera la nécessité de la sécurité humaine et enseignera que « c’est du développement et non des armes que peut naître la sécurité humaine » (PNUD, 1994 : 1). Il faut donc mettre sur pied un nouveau paradigme du développement qui doit être axé sur les gens (PNUD, 1994 : 4). Le PNUD développe ainsi ce qu’il appelle les « nouvelles dimensions de la sécurité humaine » en mettant en lumière les sept composantes de la sécurité humaine, à savoir : la sécurité économique, la sécurité alimentaire, la sécurité sanitaire, la sécurité de l’environnement, la sécurité personnelle, la sécurité de la communauté et la sécurité politique. Ces différentes composantes de la sécurité humaine signifient clairement le déclassement de l’État comme objet premier de la sécurité (Ramel, 2003 : 87).

Même si ce concept de sécurité humaine est loin de faire l’unanimité, il reste pertinent comme nouvelle donne en relations internationales et des politiques publiques nationales (Kaldor et Marcoux : 2006 ; Paris, 2001). Pour l’UNESCO, ce concept peut être considéré comme un nouveau paradigme qui vise à adopter une vue d’ensemble de toutes les menaces qui pèsent sur la survie et la dignité de la personne, en s’attachant tout spécialement à promouvoir les droits de l’homme, le développement social et un développement durable et rationnel du point de vue environnemental, ainsi qu’à éliminer la violence, les dissensions sociales, le terrorisme, les atrocités d’État, le génocide et les discriminations de toutes sortes. Il englobe tout ce qui est de nature à contribuer à l’ « autonomisation » des personnes, c’est-à-dire les droits de l’homme, y compris les droits économiques, sociaux et culturels, l’accès à l’éducation et aux soins de santé, l’égalité des chances, la bonne gouvernance, etc. (UNESCO, 2099 : 4).

Du côté de l’Afrique, le document de Kampala laissait déjà entendre que le concept de sécurité doit englober tous les aspects de la société, y compris les dimensions économiques, politiques, sociales et environnementales de la vie de l’individu, de la famille et de la communauté aux plans local et national. La sécurité d’une nation doit être fondée sur la sécurité du citoyen qui doit vivre dans la paix et satisfaire ses besoins fondamentaux tout en participant pleinement à la vie de la société et en jouissant des libertés et des droits fondamentaux de l’homme (OUA, 1991). Dans le même sens, le Pacte de non-agression et de défense commune de l’Union Africaine a entendu et intégré la notion de sécurité humaine comme la sécurité de l’individu, eu égard à la satisfaction de ses besoins fondamentaux : la création des conditions sociales, économiques, politiques, environnementales et culturelles nécessaires à la survie et à la dignité de l’individu, y compris la protection et le respect des droits humains, la bonne gouvernance et la garantie à chaque individu des opportunités et des choix pour son plein épanouissement (Union Africaine, 2005).

Finalement, le concept de sécurité humaine met « l’être humain est au centre de tout. Le concept même de souveraineté nationale a été conçu pour protéger l’individu, qui est la raison d’être de l’État, et non l’inverse » (Basty-Hamini, 2008 : 55). Cette approche ne vise pas à supplanter la sécurité de l’État, mais à la compléter, car les deux sont d’ailleurs complémentaires, puisque « sans sécurité humaine, la sécurité de l’État ne peut être assurée et vice versa » (Fonds des Nations-Unies pour la sécurité humaine, 2009 : 9).

Objectifs et principaux axes de la recherche

L’objectif de la recherche est de faire la « science de l’État en action » ou la « science de l’action publique » (Muller, 2011 : 3) de l’État du Cameroun face au nouveau paradigme de la sécurité. En effet, malgré le changement de paradigme sécuritaire et les bonnes intentions affichées, les gouvernements africains dans leur majorité continuent de considérer la sécurité uniquement en termes traditionnels de protection des États, de ses institutions et ses frontières, de stabilité du régime et de défense militaire, contrairement aux aspirations des populations (Hussein, Gnisci et Wanjiru, 2004). Au Cameroun précisément, l’ordre sécuritaire oscille entre sécurité intérieure et défense du territoire national (Akono Atangane, 2019 : 48). Ainsi, ni la doctrine de sécurité nationale élaborée au fil de l’histoire, ni même les perspectives de refondation (Akono Atangane, 2019 : 95-96) ne prennent en compte le nouveau paradigme sécuritaire désormais centré sur le concept de sécurité humaine, entendue comme approche sectorielle et globale de la sécurité.

Il s’agit de s’interroger sur la réception et la mise en œuvre du nouveau paradigme sécuritaire au Cameroun, de faire une sorte de bilan et d’émettre des perspectives pour améliorer les politiques publiques. Les principaux axes de la recherche peuvent être les suivants :

Axe 1. L’État du Cameroun entre construction et déconstruction de la sécurité humaine 

Ici, l’étude peut être faite de manière sectorielle, c’est-à-dire à partir de chacune des 7 dimensions de la sécurité humaine définies par le PNUD :

  1. État du Cameroun et construction/déconstruction de la sécurité économique : bilan des politiques publiques de sécuritééconomique au Cameroun
  2. État du Cameroun et construction/déconstruction de la sécurité alimentaire : bilan des politiques publiques de sécuritéalimentaire au Cameroun
  3. État du Cameroun et construction/déconstruction de la sécurité sanitaire : bilan des politiques publiques de sécuritésanitaire au Cameroun
  4. État du Cameroun et construction/déconstruction de la sécurité environnementale : bilan des politiques publiques de sécuritéenvironnementale au Cameroun
  5. État du Cameroun et construction/déconstruction de la sécurité personnelle : bilan des politiques publiques de sécuritépersonnelle au Cameroun
  6. État du Cameroun et construction/déconstruction de la sécurité communautaire et sociétale : bilan des politiques publiques de sécuritécommunautaire et sociale au Cameroun
  7. État du Cameroun et construction/déconstruction de la sécurité politique : bilan des politiques publiques de sécuritépolitique au Cameroun

Axe 2. Communauté internationale, ONG et sécurité humaine au Cameroun

Il est question ici de voir comment la communauté internationale (États et organisations internationales) et les ONG contribuent à construire ou même à déconstruire la sécurité humaine au Cameroun : quelles sont leurs actions en faveur de la sécurité humaine au Cameroun ? Quelles en sont les motivations (stratégiques, instrumentales, etc.) et les contraintes ?

Axe 3. L’apport du concept de sécurité humaine dans la redéfinition de la stratégie de sécurité nationale et des politiques publiques sectorielles au Cameroun

Il est ici question de voir comment et pourquoi le concept de sécurité humaine pose l’urgence d’une refondation de la stratégie de sécurité nationale du Cameroun au regard des menaces qui changent sans cesse et des mutations géopolitiques. Aussi, ce nouveau paradigme sécuritaire s’avère être le socle de redéfinition des politiques publiques sectorielles au Cameroun. En effet, la sécurité humaine procède d’une « sectorisation » de la sécurité, car la nature de la menace varie à l’intérieur de chaque secteur et affecte la sécurité de l’acteur étatique d’une manière spécifique. Étant ainsi des « synopses » analytiques (Balzacq, 2003 : 42), ces secteurs et ces niveaux d’analyse peuvent être d’un grand apport dans la redéfinition de la stratégie de sécurité nationale et des politiques publiques sectorielles au Cameroun.

Modalités de soumission

Toute personne souhaitant soumettre un projet de contribution peut adresser un courrier électronique contenant sa proposition à l’une des adresses mail suivantes : icabformation2020@gmail.com, ou crepeac@gmail.com, selon les dispositions suivantes :

  • Formuler un titre clair et concis
  • Annoncer une problématique et montrer en quoi elle est pertinente au regard du sujet traité
  • Mentionner l’approche méthodologique choisie et le corpus utilisé
  • Développer en quelques lignes les grandes pistes de la recherche et esquisser le plan de la future contribution (500 mots environ).
  • Noter 4 ou 5 mots clés de la recherche
  • Joindre une fiche biographique (nom, titre, établissement de rattachement, domaine de recherche, etc.)

avant le 24 juin 2022.

Comité scientifique

  • Pr Cécile DUBERNET (Institut Catholique de Paris)
  • Pr Eloi SOUPGUI (Université de Yaoundé II)
  • Pr Etienne NSIE (Université OMAR BONGO)
  • Pr Grégoire JIOGUE (Université de Yaoundé II)
  • Pr Hervé LADO (Paris)
  • Pr Hilaire de Prince POKAM (Université de Dschang)
  • Pr Jean Claude JAMES (Université OMAR BONGO)
  • Pr Joseph FOMETEU (Université de Ngaoundéré)
  • Pr Moïse TIMTCHUEN (Université de Dschang)
  • Pr Pierre Etienne KENFACK (Université de Yaoundé II)
  • Pr Thérèse ATANGANA MALONGUE Université de Yaoundé II)
  • Pr Vivien MELI (Université de Dschang)

Secrétariat technique

  • Dr BETGA AKEUDJI Ordy Philaine
  • Dr DJOUFAN FOTSING Georgette Arielle
  • Dr NGOUMGANG TAHADOUM Scholastique Bilaure
  • Dr SOFACK Noël
  • Dr TAMETONG NGUEMO TSIEDIE Steve
  • Dr TSEMO Florent

Bibliographie

- ALEGRE Marine et MATHIEU Xavier (2009), « La sécurité humaine : un concept pertinent en relations internationales ? », Dynamiques Internationales, p.1-13

- AXWORTHY Lloyd (1999), « La sécurité humaine : la sécurité des individus dans un monde en mutation », in Politique étrangère N°2, 64e année, p. 333-342

- BALZACQ, Thierry (2003), « Qu'est-ce que la sécurité nationale ? », Revue internationale et stratégique, n° 52, pp.33-50

- BASTY-HAMINI Florence (2008), « La sécurité humaine : Un renversement conceptuel pour les relations internationales », Raisons politiques, n° 32, p. 35-57

- BATTISTELLA Dario (2012), Théories des relations internationales, 4è édition, Paris, SciencesPo. Les Presses

- BOOTH Ken (1991), « Security and Emancipation », Review of International Studies, vol. 17, n°4, p.313-326

- BUZAN Barry (1991), « New Patterns of Global Security in the Twenty-first Century », International Affairs, Royal Institute of International Affairs, 67.3, pp.431-451

- BUZAN Barry, WAEVER Ole et De WILDE Jaap (1998), Security. A New Frame Work for Analysis, Lynne Rienner Publications, London

- DAVID Charles-Philippe (2013), La guerre et la paix. Approches et enjeux de la sécurité et de la stratégie, Sciences Po. Les Presses, 3ème édition

- Fonds des Nations unies pour la Sécurité Humaine (2009), « La sécurité humaine en théorie et en pratique. Application du concept de sécurité humaine et Fonds des Nations Unies pour la Sécurité Humaine », Nations Unies

- GROS Fréderic et al. (2008), « De la sécurité nationale à la sécurité humaine », Raisons politiques, n° 32, p.5-7

- HEINBECKER Paul (2000), « La sécurité humaine : enjeux inéluctables», Revue militaire canadienne, p. 11-16

- KALDOR Mary et MARCOUX Sonia (2006), « La sécurité humaine : un concept pertinent ?», Politique étrangère, p. 901-914

- KRAUSE Keith (2001), « Une approche critique de la sécurité humaine», in Jean-François RIOUX (Dir.), La sécurité humaine, une nouvelle conception des relations internationales, Collection Raoul-Dandurand, L'Harmattan, Paris, p. 73-98

- KRAUSE Keith et WILLIAM Michael C. (1997), « From Strategy to Security : Foundations of Critical Security Studies», in Critical Security Studies, Minneapolis, Borderlines, University of Minesota Press, p.33-60

- OUA (1991), « Vers une conférence sur la sécurité, la stabilité, le développement et la coopération en Afrique » [Disponible sur : http://www.afrimap.org/pdf ; consulté le 25 janvier 2015]

- PARIS Roland (2001), « Human Security: Paradigm Shift or Hot Air ? » International Security 26, p. 87-102

- PNUD (1994), « Rapport mondial sur le développement humain 1994 », Economica, Paris

- RAMEL Frédéric (2003), « La sécurité humaine : une valeur de rupture dans les cultures stratégiques au Nord ?», Études internationales, vol. 34, n° 1, p.79-104

- RIOUX Jean-François (Dir.) (2001), La sécurité humaine, une nouvelle conception des relations internationales, Collection Raoul-Dandurand, L'Harmattan, Paris

- ULLMAN Richard H. (1983), « Redefining Security», International Security, Vol. 8, No. 1, p. 129-153

- UNESCO (2009), « La sécurité humaine : approches et défis », Paris

- Union Africaine (2005), « Pacte de Non-agression et de Défense Commune de l’union Africaine », Abuja (Nigeria) [Disponible sur : http://www.afrimap.org/pdf; consulté le 25 janvier 2015]


Date(s)

  • Friday, June 24, 2022

Keywords

  • sécurité, sécurité humaine, politique publique, Cameroun

Contact(s)

  • Noel Sofack
    courriel : noelsofack [at] gmail [dot] com

Information source

  • Noel Sofack
    courriel : noelsofack [at] gmail [dot] com

License

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To cite this announcement

« L’État du Cameroun face au nouveau paradigme de la sécurité », Call for papers, Calenda, Published on Monday, May 02, 2022, https://doi.org/10.58079/18ub

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